29 juin 2015 / Mis à jour à 22:36 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Musique

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ACTU MUSIQUE
"Taziri", le clair de lune berbère de Titi Robin et Mehdi Nassouli au Maroc
par Nadia Khouri-Dagher

Car "Taziri" signifie « Clair de lune » en berbère marocain... Dans cet album, Titi Robin, qui voyage depuis plus de vingt ans sur les routes d’Orient, du Maghreb, de Turquie et d’Inde, et qui aime à chaque séjour dialoguer en musique avec des artistes des régions qu’il traverse, a choisi comme partenaire Mehdi Nassouli, musicien gnawa marocain, qui est aussi à la voix, et qui chante ici accompagné de la guitare saharienne guembri, ou bien du tambourin bendir.

Tous deux sont accompagnés ici des musiciens-complices de Titi, le Français Francis Varis à l’accordéon et le Brésilien Zé Luis Nascimento aux percussions, mais aussi du Marocain Foulane Bouhssine au violon ribab et des frères Saadna, gitans de Perpignan, aux frappes de mains « palmas », si importantes dans la musique gnawa. Ils nous offrent ainsi un disque où alternent les compositions mélancoliques et douces, nées de ces moments de douceur et de paix qu’offrent les soirs couchants ou les levers de soleil dans les sables du Sahara, mais aussi des pièces très énergiques et pulsées, parce que la fête est là aussi parfois, et la joie de vivre, comme sous toutes les latitudes, même les très chaudes de la planète !



Et Titi Robin, de la même manière qu’il se « fond » dans les musiques du Rajasthan lorsqu’il part en Inde, devient tout à fait Marocain ici, baignant comme s’il était chez lui dans cette musique gnawa, comme il était à l’aise parmi d’autres peuples nomades ou ruraux, qui accordent, comme tous ceux qui ne privilégient pas le matériel dans leur vie, une place centrale à la musique et à la spiritualité, souvent synonymes, dans leur vie quotidienne.



Titi Robin, avec Mehdi Nassouli, "Taziri", World Village/Harmonia Mundi
 

VIDEO
World Kora Trio, ou comment le jazz occidental a adopté l’instrument des griots africains
par Nadia Khouri-Dagher

Le violoncelliste américain Eric Longsworth est tombé amoureux de la kora et des musiques à la fois tranquilles, graves et légères, de la tradition mandingue. Et, bien que jouant sur un instrument créé à l’origine pour la musique classique, il est tombé amoureux du jazz aussi ! Il a donc formé, il y a quelques années, avec le joueur de kora malien Chérif Soumano et le percussionniste français, David Mirandon, le "World Kora Trio", des compositions où les sonorités du violoncelle classique, la douceur mandingue, et les rythmes syncopés et la totale liberté du jazz, se marient harmonieusement.

La kora était quasiment absente des formations jazz, il y a 20 ans, et s’impose aujourd’hui dans de nombreux duos ou trios : que l’on songe au Kora Jazz Trio, avec le pianiste Abdoulaye Diabaté, le joueur de kora Yakouba Sissokho et le percussionniste Moussa Sissokho, ou encore au duo Vincent Segal (violoncelle) et Ballaké Cissoko (kora). Sans compter les innombrables collaborations ponctuelles de joueurs de kora dans des formations jazz, ou accompagnant des chanteurs et chanteuses de jazz...

La kora était traditionnellement l’instrument des griots en Afrique de l’Ouest. Les griots étaient des castes de musiciens qui, dans ces cultures de tradition orale, racontaient en musique l’histoire de la région, mais aussi des familles nobles qui les employaient : un peu leurs « chargés de com » dirait-on aujourd’hui, qui chantaient leurs louanges et flattaient leur ego pour être d’autant mieux rémunérés, comme le renard dans la fable avec le corbeau. Ces musiciens animaient aussi, et animent toujours, les fêtes dans les familles -mariages, baptêmes, enterrements- comme les musiciens traditionnels partout dans le monde.

Avec la colonisation, les aristocraties locales ont été démantelées, et les griots, perdant ainsi une importante source de revenus, ont dû devenir de simples musiciens. Mais la tradition demeure : on est joueur de kora de père en fils, le plus souvent. Ainsi, parmi les artistes de kora célèbres aujourd’hui, Ballaké Sissoko est le fils du grand Djélimadi Sissoko, et Toumani Diabaté est le fils de Sidiki Diabaté. Les pères avaient enregistré un duo de koras dans les années 70, les fils ont fait de même en l’an 2000... Et Toumani Diabaté a sorti, il y a quelques mois, un disque avec son propre fils, joueur de kora en même temps qu’il est une star à la guitare d’un groupe de rock au Mali, prénommé Sidiki en l’honneur de son grand-père...

Mais la sérénité mandingue ne se décrit pas en mots : elle s’écoute. Et les dates des prochains concerts sont sur leur site (Cliquez sur le lien).

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INTERVIEW
Eliane Elias, jazzwoman brésilienne : "La musique, c’est de l’amour"
par Nadia Khouri-Dagher

Comment êtes-vous venue à la musique, et au jazz ?
- Ma mère jouait du piano classique, mais elle avait une importante collection de disques de jazz, donc j’ai grandi en écoutant à la fois de la musique brésilienne, de la musique classique et du jazz : Red Garland, Art Tatum, Bud Powell, Nat King Cole... Et je suis tombée amoureuse du jazz quand j’ai eu 10 ans. J’écoutais des disques, et je transcrivais la musique au piano : parce que j’avais ce talent de pouvoir transcrire au piano la musique que j’entendais. Et déjà je faisais des développements et de l’improvisation sur ces thèmes, c’est-à-dire que je pratiquais le langage du jazz. Quand j’étais petite, puis plus tard adolescente, je ne faisais pas du tout ce que font les autres filles, et je passais tout mon temps à faire de la musique. Par exemple en été, tout le monde allait à la plage, et moi je passais mes journées à jouer du piano. Ça rendait fous mes parents ! Je détestais rester des heures à me bronzer et à ne rien faire à la plage - et je déteste toujours ça !

Donc vous avez pris des leçons de piano, toute petite ?
Oui : j’ai commencé le piano à l’âge de 7 ans, j’ai eu de merveilleux professeurs de piano, et j’ai étudié dans l’une des meilleures écoles de musique du pays : le CLAM - Centro Livre de Aprendizagem Musical (http://clamescolademusica.com.br/ ).

Vous étiez donc une sorte d’enfant prodige ?
Oui. J’ai commencé par le classique, bien sûr, et l’un de mes premiers disques fut un enregistrement de pièces de Ravel, de Chopin, et de Villa-Lobos.



Et à quel moment avez-vous décidé de faire de la musique votre profession ?
En fait, je n’ai pas vraiment choisi la musique : c’est la musique qui m’a choisie. Dès l’âge de 13 ans, et même à 10 ans, je savais que c’est ce que je voulais faire. A 13 ans, j’étais déjà invitée à des programmes télévisés, à la radio, ou à jouer devant un public, et à 15 ans j’enseignais au CLAM, en improvisation au piano, et je donnais des master-classes. Puis à 17 ans j’ai été invitée par Vinicius de Moraes, Toquinho et Tom Jobim, à les accompagner sur scène (au piano), et j’ai passé trois ans sur la route avec eux : nous avons parcouru toute l’Amérique Latine, et depuis, ça n’a pas cessé : je continue à passer ma vie sur la route !

Qu’avez-vous appris au contact de ces géants de la musique brésilienne ?
Enormément de choses. D’abord, apprendre la bossa-nova auprès des compositeurs eux-mêmes. Et puis, étudier toute la poésie des mots de Vinicius de Moraes, qui a influencé ma manière d’écrire, maintenant que j’écris aussi les paroles de mes chansons. Ces artistes étaient beaucoup plus âgés que moi, ils avaient une approche de la vie différente des gens ordinaires : ils avaient une sensibilité particulière, qu’ils m’ont communiquée. Et puis aussi, à leurs côtés j’ai appris tout l’art de la scène : nous avions de merveilleux concerts, de magnifiques productions et mises en scène, avec projections d’images sur grand écran, etc. Il nous arrivait d’être programmés un mois entier dans la même salle de spectacles, à Buenos Aires ou Caracas. Avec eux, j’ai donc appris l’art de la scène et du spectacle.

Vous avez aussi formé votre propre trio, "Eliane Elias Trio", où vous jouiez du piano, sans chanter encore...
Oui, après être partie m’installer aux Etats-Unis, en 1981, pour faire du jazz. Et j’ai eu la chance d’avoir été très bien acceptée par les grands musiciens de jazz là-bas. J’ai choisi de vivre à New York parce que cette ville abritait les grands musiciens avec lesquels je voulais jouer, de nombreuses maisons de disques et des clubs : New York est un peu la capitale mondiale du jazz. Au Brésil je n’aurais pas pu mener cette carrière de jazzwoman. J’ai tout quitté pour la musique : ma famille, mon pays, mes amis...



Quelle forme de bonheur avez-vous trouvé avec la musique ?
J’aime les gens. La musique que je fais, c’est pour les gens. Et je suis heureuse de jouer pour les gens. Un jour après un concert, un homme est venu me voir, il m’a dit : « Vous êtes ma meilleure amie, j’écoute vos disques tous les jours ». Il m’a raconté son histoire : il était en dépression depuis des semaines, et un jour il a mis un de mes disques, et il est allé mieux. Quand il est retourné voir son médecin, celui-ci lui a dit : « très bien, remettez le même disque tous les jours ». Il est allé de mieux en mieux, et a été guéri, il s’est remis à vivre. La musique, c’est de l’amour, c’est de la guérison. Elle apporte de l’espoir, de l’amour, de la joie. C’est fou tout ce qu’elle peut apporter aux gens.

Vous vivez à New York depuis 1981, mais vous jouez et chantez la bossa-nova et le Brésil...
Le Brésil, c’est mon ADN. Ce sont mes racines. Ça ne pourra jamais me quitter : c’est une partie de moi.

Le Brésil produit des musiques très joyeuses, et pourtant le peuple vit dans d’énormes difficultés matérielles : comment expliquez-vous cela ?
Le peuple brésilien a une grande sensibilité du cœur. Et ceux qui sont comme cela, un rien peut les rendre heureux. Par exemple, là vous voyez, je regarde ces orchidées (Elle montre la superbe composition d’orchidées qui orne le hall de l’Hôtel Intercontinental, où nous nous trouvons), et je me dis : « c’est beau... ». Le Brésil est un très beau pays, béni des dieux. La beauté est partout, et le peuple brésilien porte en lui cette extraordinaire faculté à s’émerveiller et à se réjouir de tout.

Eliane Elias sera en concert le 11 mai au Café de la Danse à Paris. Toutes les dates de sa tournée sur son site :
http://elianeelias.com/
 
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