30 avril 2016 / Mis à jour à 12:46 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Musique

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ACTU MUSIQUE
Jazz Oil : le jazz tunisien est né !
par Nadia Khouri-Dagher

C’est fou comme le lien entre liberté politique et créativité artistique se vérifie en tous lieux et en tous temps, à travers les siècles et les continents, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours…

Nous avons vécu en Tunisie avant la Révolution du Jasmin, à l’époque où les libertés politiques étaient bâillonnées, où personne n’osait parler en public du Président ou de politique, où les mouchards et indics étaient partout (repérables comme toujours les mouchards et indics !), et où la scène musicale tunisienne ressemblait à un désert, à quelques exceptions près, comme Anouar Brahem qui en était alors à ses débuts, encore inconnu du grand public…

Nous nous souvenons de concerts à Tunis, par exemple ceux du Libanais Marcel Khalifé dénonçant en chansons l’oppression sur les Palestiniens, où la salle, assombrie pour le concert, était brutalement éclairée à pleins feux, aux moments où la foule était le plus en délire, stratagème pour faire retomber l’ambiance et « calmer les esprits », face à une foule de jeunes s’identifiant à des paroles de révolte et de rébellion… Les autorités reconnaissaient ainsi, implicitement, l’énorme pouvoir que peut avoir la chanson, et la parole libre d’un artiste…

Bref, toute cette longue introduction pour vous dire ma joie de recevoir ce disque d’un tout jeune groupe de jazz venu de Tunisie, et excellent : Jazz Oil réunit des musiciens confirmés, autour de Nidhal Jaoua au qanounn (cithare) et Slim Abida à la basse. Leur musique parlera seule pour eux, et la preuve qu’ils sont bons est que notre regretté Rémy Kolpa Kopoul, disparu il y a un an, l’un des meilleures connaisseurs des musiques du monde que la planète ait produit, les avait invités aux concerts-découvertes qu’il organisait à Paris pour faire connaître de jeunes groupes excellents venus de tous pays…

https://www.youtube.com/watch?v=tQ2...

C’est, à notre connaissance, la première fois qu’un groupe de jazz se forme autour d’un qanoun comme instrument-clé : le qanoun qui est, avec le ‘oud, l’autre instrument-symbole de la musique arabe… Tout un symbole , et « pour moi ça veut dire beaucoup », comme chanterait France Gall…

Jazz Oil sera en concert le 14 avril au Studio de l’Ermitage à Paris, puis en Bretagne, et ensuite ailleurs : les suivre sur Facebook…

CD : JAZZ OIL, Lamma, Shouka/Quart de Lune, Distrib. Rue Stendhal

https://www.facebook.com/JAZZ-OIL-6...
 

VIDEO
Musique d’AFRIK : Algérie, quand Cheb Khaled chantait "Aïcha"
par Abubakr Diallo

Qui ne se rappelle pas de la chanson "Aïcha" de Cheb Khaled ? Sans doute ceux qui n’étaient pas encore nés à cette époque. Mais tous ceux qui ont vu passer l’année 1996 ont chanté, chantonné ou bougé sous les sonorités d’une musique à l’époque magique. Dans sa voix sublime, l’Algérien, avec son sourire magnifique, faisait planer les populations du monde ; jeunes, vieux et même les bébés qui, à force de voir leurs parents soit esquisser des pas de danse ou même un sourire au seul contact auditif de ce tube aux relents internationaux. Aïcha a, comme toute bonne musique, adoucit beaucoup de mœurs, mais aussi de cœurs. 20 ans après sa sortie en 1996, AFRIK revient sur cette chanson en vidéo avec les paroles.

A propos du titre Aïcha

Aïcha est le titre d’une chanson franco-algérienne écrite par Jean-Jacques Goldman pour le chanteur de raï algérien Khaled. Le nom Aïcha est un prénom féminin arabe. Le single original en français n’est jamais sorti en album, mais l’album Sahra de Khaled, paru en 1996, contient une version bilingue français/arabe de la chanson. Les paroles en arabe de la version bilingue ont été ajoutées par Khaled.

Les paroles

Comme si je n’existais pas, elle est passée à côté de moi. Sans un regard, reine de Saba, j’ai dit, Aïcha, prends, tout est pour toi.

Voici, les perles, les bijoux, aussi l’or autour de ton cou. Les fruits, biens mûrs au goût de miel, ma vie, Aicha si tu m’aimes !

J’irai où ton souffle nous mène, dans les pays d’ivoire et d’ébène. J’effacerais tes larmes, tes peines, rien n’est trop beau pour une si belle

Aïcha, Aïcha écoute-moi, Aïcha, Aïcha t’en vas pas, Aïcha, Aïcha regarde moi, Aïcha, Aïcha réponds-moi.

Je dirais le mots des poèmes, je jouerais les musiques du ciel, je prendrais les rayons du soleil, pour éclairer tes yeux de reine.

Oooh ! Aïcha, Aïcha écoute-moi, Aïcha, Aïcha t’en vas pas

Elle a dit : "Garde tes trésors, moi, je vaux mieux que tout ça. Des barreaux sont des barreaux même en or. Je veux les mêmes droits que toi, et du respect pour chaque jour, moi je ne veux que l’amour"

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INTERVIEW
D’Egypte aux Comores et à Zanzibar, les cousinages des musiques de l’Est de l’Afrique
par Nadia Khouri-Dagher

A Marseille,

De ces plongées au cœur des traditions musicales vivantes de la planète, la vidéaste-musicienne rapporte des films, des images et des sons, qu’elle mixe avec ses propres créations musicales. Cela donne des créations vidéos originales et pleines de vie, « de la musique mise en images » pour employer les termes de l’artiste, qui sont au croisement du reportage ethnographique, du cinéma, et de la création musicale. Ces créations vidéos commencent à leur tour à faire le tour de la planète, présentées dans des festivals et expositions dans divers pays, de la Belgique à l’Australie…

Comment définissez-vous votre projet ?

Le titre du projet est "Métissages artistiques et modernité, de la Méditerranée à l’Océan Indien". L’objectif est d’étudier les parentés et métissages entre les musiques de la côte Est de l’Afrique, depuis l’Egypte jusqu’à l’Afrique du Sud. Nous nous intéressons particulièrement aux musiques de transe, qui dans toute cette région constituent une part importante des musiques populaires et des musiques de fête, et qui ont une fonction sociale ou religieuse extrêmement importante.

Vos créations vidéos mêlent à la fois des images et des sons rapportés de vos captations de fêtes et danses, et vos propres créations musicales…

Oui en effet : à partir des images et des musiques que je rapporte de mes voyages, je crée des vidéos qui sont ce que j’appelle « de la musique en images » - images au pluriel car parfois je juxtapose deux ou trois écrans d’images en même temps. Et les musiques enregistrées au cours de ces voyages, je les utilise soit brutes, ou bien je m’en inspire pour créer mes propres créations musicales, qui sont très contemporaines, et qui viennent aussi accompagner les images.

Quels types de musiques de transe avez-vous enregistrés en Egypte ?

Nous avons filmé du "zâr", qui est une musique de guérison, et qui est interprétée uniquement par des femmes. C’est une musique qui mêle des chants et, comme instruments, uniquement des percussions. Il reste très peu de ces groupes de "zâr" en Egypte, et nous avons pu filmer le groupe Mazaher, qui est l’un des derniers à rester actif.

Aux Comores, vous vous êtes intéressée aux musiques soufies : comment avez-vous pu pénétrer ces cérémonies soufies, vous qui n’êtes pas musulmane ?

Nous avons eu la chance de rencontrer Mohamed Kassim, un grand maître soufi des Comores, et nous lui avons expliqué notre démarche. Je crois que, pour tout voyageur, le fait d’être accepté dépend beaucoup de votre approche, du contact que vous nouez avec les gens. Là, ce maître soufi a fait plus qu’accepter notre demande de filmer une cérémonie : il nous a carrément accueillis à bras ouverts, et grâce à lui nous avons pu filmer plusieurs fêtes. Bien sûr, à chaque fois je me couvrais le corps et la tête, comme les autres femmes musulmanes présentes, par respect. Je garde notamment un souvenir très fort d’une grande cérémonie qui s’est déroulée la nuit, dans une mosquée, au pied du volcan Karthala. La musique était très vive et énergique, les hommes et les femmes sautaient, avançaient, reculaient, recommençaient… C’était très hypnotique, comme toutes les cérémonies soufies…

A Zanzibar, à quelles cérémonies musicales avez-vous assisté ?

Nous avons filmé le nouvel an shirazi, qui est une grande fête collective. Les hommes se frappent le corps à coups de lianes, pour enterrer les malheurs de l’année et passer à l’année suivante, les femmes dansent en courant pour laisser tous les mauvais souvenirs derrière elles, et tout cela dans un grand chant collectif. Ça tourne, ça tourbillonne de partout, c’est enivrant… Et les musiques de Zanzibar sont passionnantes, parce que le métissage de l’île s’entend à l’oreille : ce sont vraiment des musiques multi-culturelles, où s’entendent les apports arabes, africains, indiens,…

Quels autres pays avez-vous parcourus pour ce projet ?

La Tanzanie et le Kenya. Dans ces deux pays, nous nous sommes intéressés aux musiques des Massaïs. Et là, nous avons eu de la chance : à Nairobi nous avons rencontré un danseur massaï qui nous a emmenés dans son village, Magadi, au pied du Kilimandjaro. C’était loin de tout, il n’y avait même pas de piste qui y menait. Nous avons été accueillis par sa famille, et nous avons pu filmer leurs chants et danses, qui sont extraordinaires : chez les Masaïs, il y a énormément d’effets de voix, tout à fait étonnants, et virtuoses. Chacun produit un son différent avec sa voix, par le timbre, la tonalité, ce sont de véritables orchestres vocaux. Et ils dansent en sautant en l’air en même temps : c’est donc très sportif aussi !

Votre prochaine étape ?

Mayotte durant ce mois de mars. Ce sera mon premier voyage dans cette île. Là, nous nous nous intéresserons aux orchestres de femmes, les Deba, qui sont très répandus dans l’île. Et la suite du projet devrait nous mener jusqu’en Afrique du Sud…

Depuis des années que vous travaillez sur ces traditions vivantes, les sentez-vous menacées par la modernité ?

Paradoxalement non. Partout, quelques spécialistes que nous rencontrons nous parlent de cultures menacées. Mais partout, nous rencontrons de la musique vivante, traditionnelle, même si ces traditions se métissent aujourd’hui de modernité, avec des instruments occidentaux comme le violon ou le piano, voire des instruments électriques comme la guitare ou la batterie…. La preuve que ces traditions restent vivantes : dans tous les pays que nous avons traversés, de l’Egypte à Zanzibar, partout on entend de la musique, et il suffit de taper sur n’importe quoi pour produire du rythme, et se mettre à chanter. Et on va encore souvent chercher des musiciens pour animer les fêtes de mariage. Et la modernité est de plus en plus souvent mise au service de la tradition, car se multiplient dans tous ces pays des centres de musique, qui font à la fois un travail de sauvegarde de ce patrimoine, en collectant et enregistrant, et qui enseignent aussi ces musiques et instruments traditionnels aux jeunes générations. Je pense notamment au travail remarquable que font le centre Makan en Egypte ou la Music Academy of Zanzibar. Et la preuve que la modernité peut servir la tradition : l’une des prochaines étapes de notre projet sera la création d’une plateforme collaborative sur le web, où nous partagerons tous ces éléments collectés, et mettrons en relation tous ces pays. Ce sera en quelque sorte un « Musée vivant de la musique », qui servira à la fois le public, les musiciens, les chercheurs, et les étudiants.

Le site de Christine Coulange : http://www.7portes.net Egypte : Egyptian Center for Music and Arts (Makan) : http://www.egyptmusic.org Zanzibar : Dhow Countries Music Academy : http://www.zanzibarmusic.org

Lien de la séquence avec les Masaïs https://vimeo.com/91907188

Teaser du projet : https://vimeo.com/74040077
 
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