
Le géant français de l’énergie TotalEnergies a confirmé, lundi 13 avril 2026, la découverte d’hydrocarbures sur la structure Moho G, au large du Congo-Brazzaville. Estimée à près de 100 millions de barils de ressources récupérables avec la découverte voisine de Moho F, cette trouvaille vient consolider la position du groupe dans le deep offshore congolais et relance les espoirs de Brazzaville d’augmenter sa production pétrolière dans les prochaines années.
Une colonne d’hydrocarbures de 160 mètres dans l’Albien
L’annonce tombe à un moment stratégique pour la République du Congo. TotalEnergies EP Congo, opérateur du permis Moho avec 63,5% des parts, a révélé ce 13 avril la découverte d’hydrocarbures sur la structure Moho G, située dans l’offshore profond congolais, à environ 80 kilomètres au large de Pointe-Noire, capitale économique du pays.
Le puits d’exploration MHNM-6 NFW, foré pour tester cette structure, a rencontré une colonne d’hydrocarbures d’environ 160 mètres dans des réservoirs de l’étage Albien, décrits comme de « bonne qualité » par la compagnie. Une campagne complète d’acquisition de données et d’échantillonnage a été menée afin de préciser le potentiel géologique du gisement et de préparer les prochaines étapes de développement.
Cette découverte n’intervient pas isolément. TotalEnergies la rattache à un succès antérieur obtenu sur la structure voisine de Moho F. Ensemble, ces deux gisements représenteraient près de 100 millions de barils de ressources récupérables, un volume qui peut être développé par raccordement aux installations existantes.
Un développement rapide grâce aux infrastructures existantes
L’un des principaux atouts de cette découverte tient à l’architecture déjà en place sur le permis Moho. Le bloc dispose d’un complexe d’infrastructures important, fruit de plus d’une décennie d’investissements. Deux unités flottantes de production, l’Alima, en service depuis 2008, et la Likouf, mise en service en 2017 avec le projet Moho Nord, y sont actuellement déployées.
Ces deux unités produisent aujourd’hui environ 90 000 barils équivalent pétrole par jour, en base 100%. Pour TotalEnergies, la proximité de Moho F et de Moho G avec ces installations ouvre la voie à un développement « à cycle court et à faible coût », selon les termes de Nicola Mavilla, directeur Exploration du groupe.
Concrètement, cela signifie qu’il n’est pas nécessaire de construire de nouvelles plateformes. Les futurs puits pourront être raccordés aux FPU déjà en place, ce qui réduit les délais, limite les investissements lourds et améliore la rentabilité du projet.
Moho, actif stratégique de TotalEnergies
Le complexe Moho-Bilondo reste depuis près de vingt ans l’un des principaux actifs pétroliers de TotalEnergies en Afrique. Le bloc s’étend sur 320 km² à des profondeurs d’eau comprises entre 750 et 1 200 mètres et regroupe quatre réservoirs majeurs. Mis en production en 2008 pour la phase 1, puis en 2015 pour la phase 1 bis, il a franchi un cap décisif avec le démarrage de Moho Nord en mars 2017.
Ce projet demeure une référence technique dans le secteur. Il est le seul projet deep offshore à associer une FPU et une plateforme à ancres tendues (TLP) séparées de 350 mètres. La Likouf est aussi la première FPU entièrement électrique du groupe, capable de traiter simultanément deux types d’huile différents. Le site fonctionne sans brûlage de gaz en routine et réinjecte la totalité des eaux de production.

TotalEnergies EP Congo a renforcé sa présence sur ce permis en avril 2024, en rachetant 10% supplémentaires à Trident Energy, ce qui a porté sa participation à 63,5%. Les autres partenaires sont Trident Energy, avec 21,5%, et la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), avec 15%.
L’objectif des 500 000 barils par jour
La découverte de Moho G s’inscrit dans une stratégie plus large de relance de la production pétrolière congolaise. Depuis plusieurs années, Brazzaville vise le passage d’environ 270 000 barils par jour à 500 000 barils par jour. Cet objectif, initialement fixé à 2025, est désormais repoussé à 2027.
Pour atteindre cette cible, le Congo mise sur plusieurs leviers. Perenco travaille à la revitalisation de champs matures comme Tchibouela II et Tchendo II. Trident Energy monte en puissance sur d’anciens actifs de Chevron, notamment Nkossa, Nsoko II et Lianzi. Eni développe de son côté le projet Congo LNG sur le permis Marine XII. TotalEnergies, elle, continue d’investir pour maintenir le potentiel de Moho Nord, après avoir injecté 600 millions de dollars en 2024 puis 500 millions en 2025.
Dans ce contexte, Moho G apporte une perspective de production supplémentaire à relativement court terme, sans nécessité d’investissements massifs dans de nouvelles infrastructures. Si l’estimation de 100 millions de barils se confirme, elle pourrait compenser en partie le déclin naturel des réservoirs existants, un problème structurel qui touche l’ensemble du bassin offshore congolais.
Un signal pour le golfe de Guinée
Au-delà du seul cas congolais, cette découverte envoie un signal favorable à l’exploration en eaux profondes dans le golfe de Guinée. À l’heure où les grandes majors ont réduit leurs dépenses d’exploration au profit du rendement actionnarial, les découvertes comme Moho F et Moho G illustrent le modèle privilégié par l’industrie: un risque géologique mieux maîtrisé, des coûts de développement contenus et une mise en production plus rapide.
TotalEnergies a d’ailleurs obtenu en 2025 un nouveau permis d’exploration offshore de 1 000 km² au large de Pointe-Noire, baptisé Nzombo, à proximité des installations de Moho. Ce permis s’inscrit dans la même logique industrielle, avec des perspectives de développement facilitées par les infrastructures déjà présentes. Le groupe opère également le permis Marine XX en eaux profondes, sur lequel des forages d’exploration ont été lancés en 2024.
Pour le Congo-Brazzaville, où le pétrole représente une part essentielle de l’économie, chaque nouvelle découverte compte. Le pays reste fortement dépendant des hydrocarbures pour ses revenus extérieurs et ses finances publiques, ce qui fait de Moho G un atout stratégique pour l’État comme pour son principal opérateur.
Pétrole et diplomatie verte
Cette annonce intervient moins d’un mois après la réélection de Denis Sassou Nguesso à la présidence du Congo-Brazzaville. Le 15 mars 2026, le chef de l’État a été reconduit dès le premier tour avec 94,9% des suffrages, selon les résultats définitifs proclamés par la Cour constitutionnelle le 29 mars. À 82 ans, il entame ainsi un nouveau mandat qui le maintiendra au pouvoir jusqu’en 2031.
Pour ce nouveau quinquennat, la découverte de Moho G pourrait offrir à Sassou Nguesso un levier financier supplémentaire pour soutenir sa stratégie de diplomatie verte portée par Françoise Joly. Depuis plusieurs années, le président congolais s’est, en effet, imposé comme l’un des porte-voix africains de la lutte contre le changement climatique. Il préside la Commission climat du Bassin du Congo et a initié le Fonds bleu pour le Bassin du Congo, lancé en 2017 à Oyo avec le soutien de plusieurs pays africains et de la Fondation Brazzaville.
En octobre 2023, Brazzaville a aussi accueilli le Sommet des Trois Bassins forestiers tropicaux, qui a réuni les pays gardiens des forêts du Congo, de l’Amazonie et de l’Asie du Sud-Est. Le Congo-Brazzaville s’est alors présenté comme un acteur central de la diplomatie climatique africaine.
Une équation écologique complexe
L’enjeu est considérable. Le bassin du Congo abrite le deuxième massif forestier tropical de la planète, et les forêts congolaises couvrent environ 70% du territoire national. La région comprend aussi une vaste tourbière qui a accumulé, au fil des millénaires, quelque 30 milliards de tonnes de carbone. Sa dégradation libérerait l’équivalent de quinze années d’émissions américaines de gaz à effet de serre.
Protéger cet écosystème exige des moyens importants. En effet, es financements promis par les pays industrialisés depuis la COP 15 de Copenhague en 2009, soit 100 milliards de dollars par an, n’ont jamais été intégralement versés.
Dans ce contexte, la rente pétrolière pourrait paradoxalement contribuer à financer la préservation de ce patrimoine écologique mondial. C’est le pari de Brazzaville: exploiter les hydrocarbures offshore pour générer des recettes destinées à la protection de la forêt et des tourbières continentales, en attendant une mobilisation internationale plus conforme aux promesses climatiques.
Entre exploitation des ressources fossiles et conservation d’un des plus puissants puits de carbone de la planète, l’équilibre reste fragile. Et la crédibilité de cette stratégie se jugera aux actes du nouveau quinquennat.





