Histoire et développement de Pointe-Noire

Pointe-Noire Par Mouélé Kibaya

J’ai choisi de vous entretenir sur la genèse de la ville congolaise de Pointe-Noire, avant d’aborder l’analyse de l’évolution des ses espaces urbains et faire d’éventuelles propositions pour l’avenir.

Il sied de donner quelques repères géographiques pour le lecteur non-congolais.

En effet la ville de Pointe-Noire est située sur la cote atlantique de l’Afrique centrale à l’extrémité Sud-Ouest du Congo et a pour coordonnées géographiques la longitude11°54 au Nord et 4°49 au Sud, pour une superficie initiale d’environ 15.000 hectares repartie sur un rayon de 15 kilomètres.

La ville de Pointe-Noire possède l’un des grands ports d’Afrique et est actuellement la deuxième ville du Congo avec près de 20% de la population totale du Congo.

L’histoire de Pointe-Noire sera scindée en trois parties c’est-à-dire de :

1 de la colonisation à 1959;

2 de 1959 à 1992

3 de 1992 à nos jours

la colonisation francaise de 1800 a 1959

La colonisation au Congo sera exclusivement française pour cette partie Sud de son territoire.

Elle débute dans la dernière partie des années 1800, c’est-à-dire à partir des années 1880, par la signature d’un traité entre le roi Makoko et le colonisateur français Savorgnan de Brazza, à Mfoa sur les rives du fleuve Congo.

Celui-ci (Savorgnan de Brazza), va dépêcher des émissaires sur la côte atlantique pour la conquête de nouvelles terres, il faut faire vite, ces émissaires n’arriveront à leur mission que trois années après.

C’est ainsi que le 23 mars 1883, que le lieutenant de vaisseau commandant le « sagittaire », signe un traité similaire avec le roi Maloango, ce qui montre très bien que le royaume de Loango n’était vassal d’aucun royaume à cette époque.

A partir de cette date, la colonisation française se mets finalement en place, c’est-à-dire de la rive droite du fleuve Congo, jusqu’aux confins du Gabon.

Le royaume de ma Ngoyo et celui du Kongo étaient déjà en relation étroite avec les Portugais. On peut déjà, sans risque de vouloir remettre l’histoire en cause, que le royaume du Kongo n’avait rien à voir avec la colonisation française, et la formation du Congo actuel, sinon qu’une origine dans le peuplement actuel de ces populations.

En 1885, à la conférence de Berlin, les fameux traités évoqués ci-dessus vont être légitimés par les puissances entre elles, et font entrer ces territoires sous le joug colonial de la France. Jusqu’à ces dates, la ville de Pointe-Noire n’existe pas encore seuls quelques petits villages de pécheurs existent comme les villages de M’bou mvou-mvou en l’emplacement actuel de l’hotel Novotel et M’boukou actuel quartier Mouyondzi. Certains quartiers périphériques de Pointe-Noire actuel étaient des villages ( Loandjili, Siafoumou, Ndaka nsusu, Tchimbamba, Mpita, Tchimani…)

L’idée de bâtir une ville n’est pas encore à l’ordre du jour chez les colons même si à partir de 1903, le Congo Français va devenir territoire du Moyen-Congo, pour intégrer à partir de 1908 – 1910 l’ensemble de colonies du gouvernement général de l’Afrique Equatoriale Française (A.E.F.), les autres territoires sont l’Oubangui, actuelle Centrafrique, le Gabon, et le Chari (actuel Tchad). Le siège du gouverneur général est fixé à Brazzaville.

A partir de ces années le territoire du Moyen-Congo, est livré aux compagnies concessionnaires.

Ces compagnies auront carte blanche dans leur concession respective. A elles de « développer » les concessions en leur possession, c’est la période du travail forcé et des humiliations les plus abominables, qui va susciter un grand émoi et obliger à la constitution d’une commission d’enquête sur les conditions de travail dans les colonies. Les compagnies concessionnaires qui étaient à l’origine de cette exploitation sont pour les plus importantes:

S.C.K.N :

Société concessionnaire du Kouilou-Niari.

CCSO:

Compagnie Concessionnaire de la Sangha-Oubangui

CFAO :

Comptoirs Français de l’Afrique Occidentale

SHO-Congo :

Société de Haut-Ogoué du Congo

En 1911 une première mission hydrographique à partir du Gabon, dirigée par le lieutenant de vaisseau Audoin, est lancée, pour le tracé d’un chemin de fer en Afrique centrale, de Brazzaville et qui arriverait à Libreville et non à Pointe-Noire.

Ce chemin devra permettre l’évacuation des matières premières des territoires de l’A.E.F. sans trop de difficultés. Une autre possibilité de tracé fut évoquée par les détracteurs de l’arrivée à Libreville, deux arguments à leur avantage, tracé long, et manque d’eaux profondes à Libreville. Par contre le tracé au sud du territoire offrait la possibilité de deux baies en eaux profondes et d’être le plus court possible.

Il ne restait qu’à choisir entre PUNTA NEGRA et Pointe indienne.

C’est ce qui fut fait le 13 juillet 1914, le décret autorisant la construction du chemin de fer et de ses deux ports Brazzaville sur le fleuve et PUNTA NEGRA sur la mer, est signé à Paris.

Le site de Punta Negra est choisi pour le port en mer, pour des raisons évoquées ci-haut et pour d’autres raisons dont nous reviendrons plus tard au cours de nos prochains propos.

En 1921, est donné le premier coup de pioche des travaux de la construction du chemin de fer et de son port par le gouverneur général Victor Augagneur.

En 1922, compte tenu du choix du site de Punta Negra, de la nature des transports et des considérations de conquêtes coloniales, le décret créant la ville de Pointe-Noire est finalement signé le 22 mai. Ce décret signait la mort lente de la capitale des Loangos : Loango, qui à partir de cette date va perdre son influence politique, culturelle et économique. Sans économie, Loango n’avait aucune chance de résister plus tard à la croissance démographique et économiquo-culturelle de la future ville de Pointe-Noire.

Pointe-Noire verra son rôle confirmer en 1924 par la publication d’un premier plan directeur sur une base démographique de 5000 habitants et surtout par la construction du Wharf en 1926, Loango perdant définitivement son rôle de point maritime qu’elle avait exercé depuis les années de la rencontre avec les Portugais et de l’esclavage.

Le wharf va permettre d’accélérer le débarquement du matériel pour les travaux du chemin de fer qui tardaient à se terminer.

Une deuxième infrastructure c’est la construction de l’aérogare en ce moment Pointe-Noire est devenue une ville avec ses quartiers européens dit du Losange et ses villages africains peuplés des travailleurs du wharf et du chemin de fer.

L’inauguration du chemin de fer Congo-Océan (CFCO) en 1934 va achever le statut de ville de Pointe-Noire, c’est ainsi qu’elle devient une commune mixte en 1936 plus exactement à la date du 28 décembre.

En 1937 l’administration décide de l’électrification de la ville, celle-ci est confiée à Unelco sous forme de contrat de concession qui devait se terminer au 1er janvier 1985.

Le premier paquebot qui accoste à Pointe-Noire le fera en 1942

A partir des années 1950, avec l’installation de l’évêché, Pointe-Noire devient une ville à part entière et ce jusqu’en 1959.

Pointe-Noire devient capitale du Moyen-Congo, en abritant le siège du gouverneur, du chef du territoire et de l’assemblée territoriale et des services administratifs.

Le gouverneur du Moyen-Congo habite à partir de cette année jusqu’à l’indépendance la ville de Pointe-Noire. Brazzaville n’ayant que le statut de capitale de l’AEF.

En 1954, le lycée Victor Augagneur ouvre ses portes.

En 1956, avec la loi cadre Pointe-Noire devient une commune de plein exercice, avec plus d’autonomie administrative pour le maire.

En 1958, précisément en novembre 1958, à la suite de la loi cadre de Gaston Deffere de 1956, le territoire du Moyen-Congo devient la république autonome du Congo, et non indépendante.

En 1959, le 21 novembre, ont lieues les premières élections législatives, à la suite d’événements que l’on peut qualifier de rocambolesques et de dramatiques en même temps, l’abbé Fulbert Youlou est élu Premier ministre de la république du Congo, battant de ce fait, Monsieur Jean-Felix Tchicaya, le premier et unique député congolais à l’assemblée française dès 1946.

Suite aux incidents ayant émaillés les élections législatives, les députés de l’UDDIA, étant restés seuls dans la salle décident du vote de l’acte constitutionnel, dans la même nuit, transfèrent sans débat et consultation la capitale du Congo à Brazzaville, lieu plus rassurant pour les fameux vainqueurs de ces élections.

Pointe-Noire cessant de ce fait d’être la capitale du Congo.

par Mouélé Kibaya