
Avec Guellal Montréal, Sidi Bémol poursuit une aventure musicale commencée il y a près de trente ans entre rock, blues et traditions algériennes. Son nouvel album part du guellal et du melhoun pour chercher des résonances du côté des cultures autochtones du Québec.
Il fallait sans doute s’appeler Sidi Bémol pour imaginer faire voyager un instrument des musiques populaires de l’Ouest algérien jusqu’aux rives du Saint-Laurent. Avec Guellal Montréal, Hocine Boukella reprend l’une des obsessions qui traversent toute sa carrière : rapprocher des univers que la géographie semble éloigner mais auxquels il trouve des sensibilités communes.
Le disque, treizième album de l’auteur-compositeur, sort le 18 septembre 2026 en digital et CD chez CSB Productions / L’Autre Distribution, et sera présenté sur scène le 25 septembre au Cabaret Sauvage, à Paris. Il succède à Chouf !, paru en 2020, auquel Sidi Bémol avait dédié un rock électrique et volontiers contestataire.
Le guellal au centre du jeu
Le titre du disque donne la clé du projet. Le guellal, percussion en terre cuite particulièrement associée aux traditions musicales de l’Oranie, accompagne depuis des générations le melhoun, cette poésie populaire chantée qui a également irrigué l’histoire du raï.
Hocine Boukella raconte avoir été marqué très tôt par les grands interprètes de cette tradition, notamment Cheikh Hamada. Amateur de blues et de rock, il dit avoir perçu dans le melhoun la place centrale de la parole, une musique qui transforme les difficultés de l’existence en poésie, et une manière de faire passer l’émotion par une apparente simplicité rythmique.
Cette démarche n’est pas très éloignée de celle qui anime Sidi Bémol depuis ses débuts. Sa musique a été qualifiée de « gourbi rock », formule qui résume son refus des catégories : guitare électrique, chaâbi, rythmes kabyles, gnawa, blues et rock s’y rencontrent régulièrement. Guellal Montréal y ajoute une nouvelle destination.
Du melhoun à la poésie innue
C’est au fil de ses séjours au Québec que le musicien dit avoir été frappé par les cultures autochtones, et particulièrement par leur poésie. Deux noms apparaissent dans la genèse du disque, Joséphine Bacon et Natasha Kanapé Fontaine, deux grandes voix innues de la littérature québécoise contemporaine.
Boukella dit avoir retrouvé dans leurs textes une émotion proche de celle que lui procurait la poésie berbère : le rapport à la terre et à la nature, la mémoire, la transmission, et la manière dont une culture continue à vivre malgré les ruptures de l’Histoire. Les chansons de Guellal Montréal circulent entre arabe, kabyle, français et anglais, le disque compte douze titres, dont une seule piste en kabyle, « Yus-Ad ».

Joséphine Bacon ou Natasha Kanapé Fontaine sont des résonances que Sidi Bémol établit entre plusieurs traditions poétiques et musicales, selon une méthode qu’il expérimente depuis longtemps.
Pour donner un nouveau son au guellal, il a travaillé avec Tacfarinas Kichou, percussionniste et luthier québécois d’origine algérienne rencontré à Montréal, qui fabrique ses propres instruments et explore lui aussi différentes traditions rythmiques.
Une carrière construite sur les détours
Né à Alger en 1957 et élevé à Belcourt, Hocine Boukella n’était pas destiné à devenir musicien professionnel. Après des études de biologie à Bab Ezzouar, il rejoint Paris en 1985 pour un doctorat en génétique des populations. Mais il abandonne la science pour l’art et dessinateur autant que musicien, il participe ensuite à la création de L’Usine à Arcueil, qui devient à la fin des années 1990 un point de rencontre pour des artistes algériens installés en France. L’Orchestre National de Barbès, Gaâda Diwane de Béchar ou encore Thalweg figurent parmi les projets passés par ce laboratoire.
Depuis, Sidi Bémol a multiplié les détours, la rencontre avec les musiques celtiques dès Thalweg, Berbéro celtic en 2001, les chants marins adaptés en kabyle, les musiciens du Rajasthan sur Afya en 2014, la mythologie berbère avec L’Odyssée de Fulay en 2017, puis un retour au rock sur Chouf ! en 2020.
Trois titres ont préparé le terrain en 2026 : « Les Menottes », « Chicoutimiya » et « Trop de Boulot ». L’album est accompagné d’un livre réunissant paroles, traductions et partitions. Après le Cabaret Sauvage le 25 septembre, plusieurs dates sont annoncées en France et en Belgique, avant une tournée algérienne envisagée en février 2027, puis un retour au Canada à l’automne.




