
Au lendemain d’une finale de CAN 2025 transformée en crise diplomatique, Ousmane Sonko tente d’apaiser les tensions entre Dakar et Rabat. Le Premier ministre sénégalais appelle à la retenue et veut ramener un psychodrame sportif à sa juste dimension pour préserver une relation bilatérale stratégique.
La finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, remportée dimanche 18 janvier par le Sénégal face au Maroc (1-0), a laissé des traces qui dépassent largement les limites du rectangle vert. Face à la montée des tensions diplomatiques et aux invectives sur les réseaux sociaux, le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a pris la parole ce mercredi 21 janvier pour ramener le calme. Dans un message empreint de solennité, le chef du gouvernement a appelé à « dépassionner » un épisode qu’il souhaite cantonner au seul domaine sportif, afin de préserver l’axe Dakar-Rabat.
Une finale marquée par un psychodrame sportif
Le sacre des Lions de la Teranga à Rabat restera gravé dans les mémoires autant pour le titre que pour le scénario électrique de la rencontre. L’indignation a atteint son paroxysme lorsqu’un penalty a été accordé au Marocain Brahim Diaz en fin de match, ce qui a poussé le sélectionneur Pape Thiaw à ordonner à ses joueurs de quitter la pelouse.
Après vingt minutes d’interruption et une médiation de Sadio Mané, le jeu a repris pour aboutir à la victoire sénégalaise en prolongations. Depuis, les deux fédérations se renvoient la balle : Dakar dénonce des failles de sécurité et un accès restreint pour ses supporters, tandis que Rabat fustige une violation des règles de conduite sportive.
Une offensive diplomatique pour éteindre l’incendie
Conscient des risques d’altération des relations bilatérales, Ousmane Sonko a révélé s’être longuement entretenu au téléphone avec son homologue marocain, Aziz Akhannouch. Cet échange direct visait à réaffirmer la solidité des liens séculaires entre les deux nations, sous les directives des chefs d’État respectifs, le président Bassirou Diomaye Faye et le roi Mohammed VI.
Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de faire preuve de sérénité et de détente, annonçant par la même occasion la tenue, lundi prochain, de la 15ème commission mixte entre les deux pays, un rendez-vous diplomatique majeur qui n’avait plus eu lieu depuis 2013.
La question sensible des supporters interpellés
L’un des points de friction les plus brûlants concerne le sort de dix-huit supporters sénégalais, actuellement placés en garde à vue par la police marocaine pour des soupçons de hooliganisme. Cette situation alimente une vive polémique sur Internet, où la désinformation complique la tâche des autorités.
Ousmane Sonko a assuré que l’État sénégalais suivait ce dossier « attentivement », tout en mettant en garde ses compatriotes contre les flux d’informations non vérifiées. Cet appel à la retenue a été relayé, dans un élan de fraternité, par les communautés d’étudiants et de médecins marocains résidant au Sénégal.
Des récompenses nationales malgré la rigueur budgétaire
Pendant que la diplomatie s’active pour apaiser les esprits, le Sénégal célèbre ses héros. Le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé des primes significatives pour les 28 membres de la délégation nationale : 75 millions de francs CFA par joueur et des terrains de 1 500 m² sur la Petite Côte. Bien que ces mesures interviennent dans un contexte économique difficile, avec une dette publique dépassant les 130 % du PIB, elles sont perçues à Dakar comme un investissement nécessaire dans l’unité nationale et la fierté d’un pays qui vient de décrocher sa deuxième étoile africaine.




