
Le Maroc devait gagner cette Coupe d’Afrique. Pas seulement pour le football : pour le Gouvernement qui voulait répondre à une jeunesse qui conteste les priorités du royaume (« des stades, mais où sont les hôpitaux ?« ), pour justifier des infrastructures pharaoniques, pour incarner la puissance d’un pays qui accueillera le Mondial 2030. Mais Mohammed VI, affaibli, n’a pas pu assister à « sa » compétition. Et son équipe a perdu en finale contre le Sénégal (0-1 a.p.), dans un chaos qui dépasse le sport. Récit d’un échec que le pouvoir marocain ne pouvait pas se permettre.
Une finale où tout bascule… sauf le score
Sportivement, l’écart était infime. Le Sénégal s’impose 1-0 après prolongation, mais le match aurait pu basculer à la dernière minute du temps réglementaire : VAR, penalty pour le Maroc, interminable attente… puis occasion manquée de Brahim Diaz, pourtant héro des matchs précédents. Le Maroc envisage désormais un recours, au moins symbolique, auprès des instances. Le soutien d’Infantino, prêt à toutes les compromissions pour plaire aux puissants, pourraient aider.
Il faut le dire : quitter le terrain puis revenir, comme l’ont fait les Sénégalais pour protester contre la décision arbitrale, c’est jeter de l’huile sur un match déjà incandescent. La CAF et la FIFA ont condamné ce « walk-off« , et des procédures disciplinaires sont annoncées.
Mais le football n’est pas un tribunal. Le Sénégal a su rester dans son match, tenir mentalement, frapper quand il le fallait. Il mérite son titre. Et c’est précisément parce que les deux équipes étaient si proches que cette finale a été vécue comme une fracture nationale plutôt que comme une simple défaite.
Avant le coup d’envoi : la guerre des nerfs
La crispation ne commence pas au moment du penalty, elle s’installe avant. La délégation sénégalaise a dénoncé des conditions d’arrivée jugées dangereuses (foule non maîtrisée, bousculades) et un hébergement qu’elle a considéré inadapté à l’ampleur d’une finale.
Dans ce climat, tout devient instrument de pression : circulation, billets, entraînements, rumeurs. On n’est plus dans l’hospitalité sportive ; on bascule dans la suspicion permanente. Et quand la suspicion s’invite, elle contamine tout : les tribunes, les bancs, les couloirs, la zone mixte.
La serviette de Mendy : folklore ou sabotage ?
Le symbole le plus fou de cette finale : la « serviette d’Édouard Mendy ». Selon les images, des ramasseurs de balles et des membres du camp marocain auraient tenté à répétition de s’en emparer, au point qu’un gardien remplaçant sénégalais (Yehvann Diouf) a dû la protéger physiquement dans des scènes surréalistes !
Édouard Mendy visé par des vols répétés de sa serviette tout au long du match. Joueurs, ramasseurs de balle, sécurité… Le gardien sénégalais a été constamment harcelé ! ❌
Une attitude indigne d’une finale, qui a obligé Yehvann Diouf à devenir le « garde du corps » de la… pic.twitter.com/qq7QtZNYRS
— Foot Mercato (@footmercato) January 19, 2026
Officiellement, certains parlent de « folklore » : dans l’imaginaire du football africain, l’objet peut devenir un « gris-gris« , donc une cible. Mais quelle que soit l’interprétation, le résultat est le même : on crée du chaos derrière la cage, on tente de faire sortir un gardien de son match. Mendy a tenu et le staff marocain à l’origine de cette tentative de vol n’en sort pas grandi.
Après-match : le dérapage généralisé
La conférence de presse d’après-match du sélectionneur sénégalais a dégénéré : huées, tensions, altercations entre journalistes, interruption. Les journalistes marocains ont eux aussi cédé sous la pression. Ils devaient raconter la victoire, ils n’ont pas supporté le changement de scénario et la conférence a dû être annulée pour protéger Pape Thiaw, le sléctionneur sénégalais. Quand ceux censés raconter le football se comportent comme des virages ultras, on comprend qua la pression était trop forte.
Puis vient l’affaire Omar Sy : l’acteur, présent en tribune, exulte et lâche une phrase de supporter – ce qu’il est – (« justice de Dieu« ) aussitôt aspirée dans une polémique. On peut juger la formule maladroite. Mais transformer un moment de joie en crime moral, c’est révélateur d’un climat où l’on cherche des boucs émissaires plutôt que des responsabilités.
Le vrai match : Mohammed VI absent, la jeunesse en colère
Le Maroc arrive à cette CAN avec une tension sociale très commentée. Le mouvement « Gen Z 212 » dénonce le sous-financement des services publics face aux investissements sportifs. Dans ce contexte, la compétition devient un test de légitimité : gagner à domicile n’est plus souhaitable, c’est impératif.
Et au sommet, un vide. Mohammed VI, dont les problèmes de santé alimentent les spéculations depuis des mois, n’a assisté à aucun match. C’est le prince héritier qui l’a remplacé pour la cérémonie d’ouverture. Pour un pays habitué à la présence royale dans les moments de communion nationale, l’absence pèse. Elle prive le Maroc d’un arbitre symbolique, d’un recours en cas de crise et, finalement, d’un récit de victoire à offrir au roi.
Ce que cette défaite va coûter
Sur le terrain, le Maroc n’a pas démérité : du jeu, des joueurs, une force collective, une ambiance de stade extraordinaire. Les deux équipes étaient au coude-à-coude ; la finale pouvait basculer dans les dernières secondes.
Mais hors du terrain, les dérapages, accueil chaotique, tentatives de déstabilisation, conférence sabotée, lynchage d’Omar Sy, ont sali ce que le Maroc avait par ailleurs magnifié.
Et surtout : cette défaite intervient au pire moment. Mohammed VI absent, légitimité contestée par une partie de la jeunesse, Mondial 2030 en ligne de mire… Le Maroc avait besoin d’une victoire pour faire taire les critiques. Il récolte un échec qui les amplifie.
Le Sénégal, lui, rentre avec le trophée. Et avec une leçon : dans le chaos, c’est celui qui garde la tête froide qui gagne.




