CAN 2025 : Haute tension avant la finale Maroc-Sénégal, la fédération sénégalaise crie au scandale


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Fédération Sénégalaise de Football
Fédération Sénégalaise de Football

À la veille de la finale de la CAN 2025, la tension monte d’un cran. La Fédération Sénégalaise de Football dénonce de graves manquements sécuritaires et logistiques, parasitant la fête attendue entre le Maroc et le Sénégal.

Ce devait être l’apothéose de la fraternité africaine, c’est désormais une veille de match sous haute tension. À quelques heures du coup d’envoi de la finale au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) a jeté un pavé dans la mare en dénonçant une série de dysfonctionnements majeurs. Entre failles de sécurité, problèmes d’hébergement et imbroglio sur la billetterie, le choc Maroc-Sénégal se joue déjà, et de manière virulente, en coulisses.

La 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations dont la finale sera diffusée en France sur M6 devait s’achever dans la communion entre deux nations sœurs du football africain. Elle s’annonce désormais dans un climat électrique. Dans un communiqué au vitriol publié dans la nuit du vendredi 16 au samedi 17 janvier, la FSF pointe du doigt la CAF et le comité d’organisation local, listant des griefs jugés incompatibles avec le standing d’une finale continentale.

Une arrivée chaotique en gare de Rabat

Le premier point de friction concerne la sécurité lors du transfert de la délégation sénégalaise. Arrivés en train depuis Tanger, leur camp de base durant le tournoi, les Lions de la Teranga se sont retrouvés livrés à eux-mêmes sur le quai de la gare de Rabat. Face à une foule compacte de supporters et de journalistes, les images virales sur les réseaux sociaux montrent joueurs et staff progressant péniblement dans la cohue, sans escorte policière adéquate.

En conférence de presse ce samedi, le sélectionneur Pape Bouna Thiaw n’a pas masqué sa colère. Le technicien a souligné que ses joueurs avaient été exposés à des risques inacceptables, ternissant l’image du football africain. Si le journaliste marocain Ahmed Tallah (7TV) a tenté de défendre l’organisation en rappelant que la logistique relevait de la compétence de la CAF et non de la Fédération Royale Marocaine (FRMF), l’incident a provoqué une levée de boucliers au sein de la presse sénégalaise.

Hébergement et terrain : le bras de fer

Outre la sécurité, la FSF fustige les conditions d’hébergement. Il aura fallu une protestation officielle par courrier pour que les Lions soient finalement relogés à l’Amphitrite Palace, un établissement cinq étoiles, après une proposition initiale jugée indigne. Un recadrage tardif qui laisse un goût amer. L’objectif étant simplement d’avoir un lieu adapté pour que les joueurs puissent dormir correctement avant le match.

Le contentieux s’étend au terrain d’entraînement. La CAF avait désigné le Complexe Mohammed VI de Salé pour les dernières séances du Sénégal. Problème : cette infrastructure est le camp de base du Maroc depuis le début de la compétition. Invoquant un souci d’équité sportive manifeste, la FSF a catégoriquement refusé de s’y rendre. À la veille du match, le lieu d’entraînement des Lions de la Teranga restait encore flou selon le programme officiel.

Une billetterie jugée déséquilibrée

Le volet de la billetterie cristallise également les tensions. La FSF affirme n’avoir obtenu que deux tickets VVIP officiels et s’être vu refuser toute possibilité d’acheter des places en catégorie VIP, contrairement aux usages des demi-finales.

Au total, la fédération n’a pu acquérir que 2 850 billets pour ses supporters (dont seulement 300 en catégorie 1). Une allocation qualifiée d’insuffisante au regard de la capacité du stade (près de 70 000 places). Le déséquilibre avec le public marocain, porté par l’avantage du terrain, s’annonce considérable.

Les appels à l’apaisement

Face à cette escalade verbale, Walid Regragui, le sélectionneur marocain, a joué la carte de la conciliation lors de sa conférence de presse. Insistant sur les liens fraternels unissant les deux pays, il a appelé à ne pas laisser ces incidents « polluer la fête« , rappelant que l’amitié maroco-sénégalaise ne serait mise entre parenthèses que le temps des 90 minutes.

Du côté sénégalais, le défenseur Moussa Niakhaté a également tenté de tempérer la polémique, prônant le respect des valeurs sportives. Pape Bouna Thiaw lui-même a nuancé ses critiques en saluant « la qualité globale de l’organisation marocaine » tout au long du tournoi, qualifiée de référence mondiale.

Un enjeu historique

Au-delà des controverses, la finale de dimanche soir revêt une dimension historique. Le Maroc, demi-finaliste du Mondial 2022, cherche à briser la malédiction et remporter sa première CAN depuis 1976. Le Sénégal, titré en 2022, vise une deuxième étoile pour ce qui pourrait être la dernière apparition de Sadio Mané dans la compétition reine d’Afrique.

La Confédération Africaine de Football (CAF), directement visée par les critiques sénégalaises, n’avait pas encore réagi samedi en milieu de journée.

Dimanche 18 janvier 2026 – Finale de la CAN 2025 Maroc – Sénégal 20h00 | Stade Prince Moulay Abdellah, Rabat. Diffusion sur beIN Sports, M6 et M6+

Idriss K. Sow Illustration d'après photo
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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