Nawell Madani : L’humour à l’épreuve des tensions Alger-Rabat


Lecture 3 min.
Nawell Madani
Nawell Madani

L’humoriste belgo-algérienne Nawell Madani maintient ses représentations à Marrakech, Casablanca et Rabat entre fin mars et début avril. Une tournée maintenue malgré une virulente campagne de boycott sur les réseaux sociaux, alimentée par des griefs passés et des tensions diplomatiques régionales.

La scène humoristique maghrébine n’avait pas connu une telle effervescence depuis longtemps. Nawell Madani, 46 ans, figure de proue du stand-up francophone, s’apprête à présenter son spectacle « Nawell tout court » au public marocain. Prévue dès le 25 mars à Marrakech, puis à Casablanca et au Théâtre Mohammed V de Rabat le 1er avril, la tournée affiche déjà complet sur plusieurs dates. Pourtant, ce succès commercial masque une hostilité numérique grandissante.

Des archives exhumées sur fond de colère actuelle

Depuis l’annonce de sa venue, les réseaux sociaux marocains s’enflamment. En cause : la circulation de vidéos d’archives où l’humoriste tient des propos perçus comme dégradants envers les femmes marocaines, les associant maladroitement à des clichés sur la sorcellerie.

À ces vieux démons s’ajoutent les critiques persistantes liées à sa série Netflix Jusqu’ici tout va bien (2023). À l’époque, l’œuvre avait été accusée de renforcer les stéréotypes sur la banlieue et la communauté maghrébine. Nawell Madani s’en était alors défendue avec émotion, notamment sur le plateau de Clique, invoquant sa volonté de dépeindre des « femmes fortes » issues des quartiers populaires.

Une polémique sur fond de géopolitique

Cette fois, la controverse franchit les frontières de l’artistique pour s’inviter sur le terrain politique. Dans un contexte de rupture diplomatique entre Alger et Rabat depuis août 2021, l’origine algérienne de l’artiste devient, pour certains comptes influents, un levier de contestation.

  • Appels au boycott : Plusieurs collectifs demandent l’annulation pure et simple des spectacles.
  • Interpellations officielles : Des internautes sollicitent les autorités locales pour interdire l’accès aux scènes nationales.
  • Rhétorique de « normalisation » : Certains détracteurs voient dans cet accueil culturel une contradiction avec les tensions actuelles entre les deux voisins.

Le public vs les algorithmes

Malgré ce tumulte virtuel, le monde réel semble suivre une logique différente. À ce jour, aucune annulation n’est à l’ordre du jour. Bien au contraire : la demande est telle que la presse locale évoque l’ajout d’une date supplémentaire à Casablanca pour satisfaire les retardataires. Ce décalage se retrouvait aussi lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations. Alors que les réseaux s’enflammaient sur la rivalité entre les deux voisins, les supporters algériens décrivaient un  acceuil chaleureux, disant se sentir comme à la maison.

Cette situation confirme que la viralité des indignations numériques et la réalité du marché culturel sont bien éloignés. Si une partie de l’opinion s’insurge derrière ses écrans, une autre partie du public marocain vote avec son portefeuille, confirmant l’attrait intact de l’artiste.

Pour Nawell Madani, cette tournée marocaine s’annonce comme un test majeur. Reste à voir si l’humour saura dissiper les tensions une fois le rideau levé.

Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News