
Dans les tribunes de Rabat et dans les rues qui entourent les stades, un refrain revient en boucle depuis le début de la CAN 2025 : « khawa khawa ». Malgré des années de tensions diplomatiques entre Alger et Rabat, les supporters algériens racontent un Maroc accueillant, curieux, souvent chaleureux, au point de voir des Marocains chanter pour les Verts. Une scène impensable sur le papier, devenue presque banale dans la fête du football.
Alors que les deux sélections se sont qualifiées pour les huitièmes de finale et rêvent d’une finale historique entre Lions et Fennecs, la fraternité populaire s’affiche comme le vrai vainqueur de ce tournoi.
« Khawa khawa » dans les rues, football dans le cœur
Il suffit de suivre le flot vert et blanc à la sortie des stations de tram, de longer les cafés bondés les soirs de match, ou de s’arrêter à l’entrée d’un stade : l’ambiance dit autre chose que la crispation diplomatique. À Rabat, où l’Algérie a validé sa qualification en battant le Burkina Faso (1-0) grâce à un penalty de Riyad Mahrez puis a dominé la Guinée équatoriale (3-1), beaucoup de supporters algériens décrivent une impression simple : être traités comme des invités attendus.
Ce qui frappe, ce n’est pas l’absence d’hostilité, mais la multiplication des gestes amicaux : indications données spontanément, discussions sur les places, selfies partagés, invitations à « venir manger après ». La CAN, dans cette version marocaine, ressemble parfois à un grand hall de gare où l’on se croise, où l’on se chambre, où l’on se respecte, et où la rivalité s’arrête au coup de sifflet final.
Quand des Marocains poussent pour l’Algérie
Le symbole le plus commenté, cette année, c’est ce soutien venu des tribunes marocaines elles-mêmes. Ici et là, des chants repris, des applaudissements sur une action, des « Algeria ! Algeria ! » lancés par des groupes mêlés. Rien d’un mouvement organisé, plutôt une dynamique d’instant : l’envie de saluer un beau jeu, de célébrer un voisin, et peut-être aussi d’envoyer un message. Celui d’un Maghreb que les gens ordinaires continuent de rêver proche.
Dans les conversations, on entend souvent la même nuance : « On n’oublie pas les problèmes, mais on peut choisir le respect. » Ce décalage entre le froid du sommet et la chaleur du trottoir, la CAN le met en pleine lumière. À rebours des caricatures, le tournoi rappelle que la fraternité n’est pas un slogan : c’est une pratique, faite de petits gestes et de grandes soirées.
Halima Mahrez, l’autre star

Cette fraternité trouve une incarnation inattendue dans la figure de Riyad Mahrez lui-même. Le capitaine des Fennecs, dont la mère Halima possède des racines marocaines du côté maternel, est devenu malgré lui un symbole de cette proximité entre les deux peuples. Présente dans les tribunes de Rabat pour encourager son fils, Halima Mahrez est suivie avec affection par les médias et les supporters marocains. Certains persistant à la croire marocaine malgré le rappel régulier de ses origines tlemcéniennes.
Interrogé en conférence de presse sur cette double appartenance, le capitaine algérien a préféré en rire avec élégance pour le pays hôte : « Que mon père soit Algérien et ma mère Marocaine, c’est quelque chose à part », a-t-il répondu en riant, refusant de réduire la question des relations entre les deux nations à son cas personnel. Une manière de rappeler que sur le terrain comme dans les tribunes, c’est le football et non les passeports, qui réunit.
Deux qualifications, un même rêve de finale
Côté sportif, les deux nations ont validé leur billet pour les huitièmes de finale dans des styles différents. L’Algérie a terminé première du groupe E avec trois victoires, 7 buts marqués et 1 encaissés (3-0 contre le Soudan, 1-0 face au Burkina Faso, 3-1 devant la Guinée équatoriale), portée par un Riyad Mahrez meilleur buteur du tournoi à ce stade. Les Fennecs affronteront la RD Congo le lundi 6 janvier à 17h au stade Moulay El Hassan de Rabat, dans un duel qui s’annonce explosif. Les supporters congolais ont déjà chauffé l’ambiance devant l’hôtel des Verts, mais l’Algérie sait que le stade sera quand même derrière ses joueurs.
De son côté, le Maroc, pays hôte, a fini en tête du groupe A avec deux victoires (2-0 contre les Comores, 3-0 face à la Zambie) et un match nul contre le Mali (1-1). Les Lions de l’Atlas héritent d’un huitième très abordable contre la Tanzanie, le dimanche 4 janvier à 17h au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat. Une équipe tanzanienne qui réalise une CAN historique en se qualifiant pour la première fois de son histoire pour une phase à élimination directe.
Le rêve d’un Maroc-Algérie en demi-finale
La confrontation possible entre les deux voisins maghrébins serait donc une demi-finale le 14 janvier au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat. Mais le chemin est semé d’embûches pour les deux sélections. Pour le Maroc, après la Tanzanie, un quart de finale se profile potentiellement contre l’Afrique du Sud ou le Cameroun. L’Algérie, elle, si elle écarte une RD Congo galvanisée par sa qualification, devra affronter le Nigeria ou le Mozambique en quarts.
Malgré ces obstacles, l’idée d’un Maroc-Algérie continue de courir dans les cafés et sur les réseaux. Ce rendez-vous en demi-finale relève encore du fantasme sportif, mais il a une puissance particulière. Parce qu’il raconterait deux peuples qui se reconnaissent, deux drapeaux qui se répondent, une rivalité enfin contenue dans le cadre du jeu, et un stade où l’on pourrait entendre les mêmes mots, des deux côtés : « On est frères. »



