
Avec sa silhouette longiligne et son visage émacié, ce supporter congolais cultive une ressemblance troublante avec Lumumba, le père de l’indépendance. Dans les tribunes marocaines, il est devenu un symbole immobile et solennel. Un rappel que politique et football sont toujours liés.
Il n’a jamais marqué le moindre but, n’a jamais effectué la moindre passe décisive. Pourtant, Michel Kuka Mboladinga est sans doute le visage le plus mémorable de cette Coupe d’Afrique des Nations 2025. Repéré dès le premier match des Léopards de la RDC dans les tribunes de Rabat et Tanger, ce quinquagénaire au charisme magnétique est devenu en quelques semaines une icône des réseaux sociaux.
Une ressemblance qui frappe les esprits
Ce qui saisit d’abord chez Michel Kuka Mboladinga, c’est cette similitude saisissante avec Patrice Émery Lumumba, héros de l’indépendance congolaise assassiné en 1961. Même silhouette élancée, même visage anguleux, mêmes lunettes à monture noire. Une ressemblance que l’intéressé cultive avec soin, arborant parfois la tenue caractéristique du Premier ministre martyr et adoptant une posture immobile, bras levé, rappelant la statue iconique de Lumumba à Kinshasa.
Dans les gradins, cette présence solennelle ne laisse personne indifférent. Pour les supporters congolais, croiser ce « Lumumba vivant » relève de l’expérience quasi mystique. Pour les autres, c’est la découverte d’une figure historique que beaucoup de jeunes Africains ne connaissent que par les livres d’histoire. Pour tous, c’est l’occasion de se replonger dans les discours de Lumumba. Des textes forts qui ont secoué le colonialisme.
Le football comme tribune politique
Michel Kuka Mboladinga ne cache pas la dimension militante de sa démarche. En incarnant Lumumba dans les stades, il entend rappeler au monde le combat inachevé du leader panafricaniste et les blessures toujours ouvertes de l’histoire congolaise. Chaque apparition devient un acte de mémoire, une protestation silencieuse contre l’oubli.
« Lumumba appartient à toute l’Afrique« , martèle-t-il entre deux chants de supporters. « Tant que je serai dans ces tribunes, son esprit sera avec nous. » Cette dimension politique résonne particulièrement dans un contexte où la RDC demeure secouée par les conflits à l’Est et où la question des ingérences étrangères reste brûlante. Le spectre de Lumumba, assassiné avec la complicité de puissances occidentales, fait écho aux débats actuels sur la souveraineté africaine.
Dans la lettre testament, Lumumba gardait toujours cet espoir : « Je sais et je sens au fond de moi-même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur »
Un phénomène viral aux résonances profondes
Vêtu de perruques tricolores ou sobrement comme son modèle, le visage parfois peint aux couleurs nationales, Michel Kuka Mboladinga ne passe jamais inaperçu. Son énergie inépuisable fascine : debout pendant l’intégralité des rencontres, immobile dans sa posture emblématique, il lance des chants repris par des milliers de supporters que les caméras de télévision ne peuvent s’empêcher de capturer.
AFCON fans are built different
DR Congo supporter Kuka Muladinga stands still like this during matches!
He’s paying tribute Patrice Lumumba, the country’s first Prime Minister #AFCON2025 #TotalEnergiesAFCON2025 pic.twitter.com/q9IzxwN4Px
— DW Sports (@dw_sports) December 31, 2025
Ses vidéos cumulent désormais des millions de vues sur TikTok et Instagram. Mais au-delà du buzz, c’est un cours d’histoire populaire qui se joue. Des milliers de jeunes Africains découvrent ou redécouvrent Lumumba à travers ce sosie captivant.
De Kinshasa aux écrans du monde entier
Originaire de Kinshasa, Michel Kuka Mboladinga n’en est pas à sa première CAN. Habitué des déplacements pour suivre la sélection nationale depuis 2013, il avait déjà été remarqué lors d’éditions précédentes. Mais le tournoi marocain lui a offert une exposition sans précédent, plusieurs médias internationaux lui consacrant même des reportages.
Pour les joueurs congolais eux-mêmes, sa présence est devenue un talisman. Plusieurs internationaux ont salué son engagement sur les réseaux sociaux, certains allant jusqu’à lui dédier leurs célébrations. Le prochain match, en huitième de finale contre l’Algérie, l’nu des seuls pays africains à avoir toujours pris la défense de Lumumba, sera une nouvelle occasion de comprendre l’histoire africaine.
Soixante-quatre ans après l’assassinat du Premier ministre congolais, son fantôme veille toujours dans les gradins et rappelle que pendant que les matchs se déroulent, la Gen Z marocaine reste emprisonnée pour avoir voulu plus d’égalité, de liberté et d’indépendance.




