Chercheurs algériens de France : le Haut Conseil d’Elias Zerhouni étend son réseau


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Facade de l'institut Pasteur
L’Institut Pasteur, à Paris, que dirige Yasmine Belkaid, membre du Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger

Le Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger a inauguré lundi son siège à Alger. Sa feuille de route cite la France en premier parmi les pays où il doit déployer son réseau d’experts d’ici le début de 2027. Pour les chercheurs algériens qui y travaillent, l’instance coordonnée par Elias Zerhouni ouvre une voie vers les projets nationaux, à condition de les mener avec des équipes basées en Algérie.

Le Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger dispose depuis lundi 2 novembre d’un siège à Ben Aknoun, à Alger. Le secrétaire général de la Présidence de la République, Abdallah Moundji, l’a inauguré aux côtés du coordinateur de l’instance, Elias Zerhouni, et du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari. Le même jour, sur la Chaîne III de la Radio algérienne, l’ancien directeur des National Institutes of Health américains a indiqué que le Conseil s’élargissait et qu’il allait rassembler les compétences de la diaspora dans un vivier mobilisable selon les priorités du pays.

Afrik.com suit cette instance depuis sa création. En juillet, nous décrivions sa logique qui est d’associer les chercheurs installés à l’étranger au développement national sans leur demander de rentrer. Début septembre, nous racontions sa première coopération concrète, entre le pôle scientifique de Sidi Abdellah et l’Université du Massachusetts. Reste le volet européen, dont la France est la première étape annoncée.

La France, premier pays cité par la feuille de route

Lors de la première session de l’Assemblée générale, le 27 septembre à Alger, le Conseil a présenté une feuille de route en deux temps. Une première phase de quatre mois doit servir à constituer le secrétariat général et à déployer le réseau d’experts « en France, en Europe et sur le continent américain ». Un cycle de douze mois doit ensuite faire fonctionner des groupes de travail thématiques, avant un premier bilan transmis au chef de l’État. Engagée fin septembre, la première phase doit donc s’achever au début de 2027.

Le Conseil, créé par le décret présidentiel n° 26-293 du 7 septembre, compte 39 membres : 30 scientifiques établis à l’étranger, six représentants ministériels et trois dirigeants d’entreprises algériennes implantées hors du pays. Ils sont nommés pour trois ans et ne sont pas rémunérés. Parmi les 27 scientifiques de la diaspora présents à la session de septembre, au moins six travaillent en France, selon nos vérifications.

Yasmine Belkaid
Yasmine Belkaid

L’immunologiste Yasmine Belkaid, née à Alger en 1968, dirige l’Institut Pasteur depuis janvier 2024, après une carrière aux NIH américains. Le chimiste Azzedine Bousseksou, né à Kouba, à Alger, est directeur de recherche au CNRS, au Laboratoire de chimie de coordination de Toulouse, et membre de l’Académie des sciences depuis 2013. Abdelaziz Hamzaoui enseigne à l’Université de Rennes, Karim Djouani, spécialiste de l’intelligence artificielle, à l’Université Paris-Est Créteil. Laoucine Kerbache, spécialiste de la logistique, est professeur émérite à HEC Paris. Mohammed Gagaoua, spécialiste de la production animale, est chercheur à l’INRAE.

Un vivier bien plus large que le Conseil

Les membres du Conseil ne représentent qu’une petite partie des compétences algériennes installées en France. Selon Campus France, 34 758 étudiants algériens étaient inscrits dans l’enseignement supérieur français en 2024-2025, ce qui en fait le deuxième contingent d’étudiants étrangers du pays. À ce chiffre s’ajoutent les doctorants, enseignants-chercheurs, médecins et ingénieurs passés par ces filières et restés en France. Elias Zerhouni a lui-même présenté les membres actuels comme un premier noyau, en évoquant des milliers de scientifiques algériens à travers le monde.

Pour ces chercheurs, le Conseil ne propose pas un retour mais une participation à distance. Il construit une base de données des compétences, un site Internet et des comptes sur les réseaux sociaux. Il pose aussi comme règle qu’il ne s’engagera dans aucun projet « auquel ne participe pas une partie algérienne établie dans le pays », a précisé Elias Zerhouni le 31 octobre, et tous les dossiers seront conduits par des équipes mixtes. Le coordinateur résume la méthode en quatre verbes, « comprendre, maîtriser, rattraper, dépasser », en commençant par un diagnostic de la situation établi avec les collègues restés au pays. Yasmine Belkaid avait formulé l’engagement des membres en septembre : « redonner à l’Algérie ce qu’elle leur a donné ».

Hydrocarbures, agriculture, environnement : les premiers dossiers

Le samedi 31 octobre, le Conseil a enchaîné des rencontres sectorielles à Alger. Avec l’Union nationale des entrepreneurs publics, il a recensé les besoins des entreprises publiques en modernisation technologique et en transformation numérique. Avec le ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, les discussions ont porté sur la recherche et développement, la réduction des émissions de méthane, le dessalement et la fabrication locale d’équipements. Enfin, avec le ministre de l’Agriculture, Sid Ali Khaldi, il a été question de semences locales, d’amélioration des races animales et d’adaptation au changement climatique.

La rencontre avec la ministre de l’Environnement, Kaouter Krikou, a débouché sur la création d’un groupe de travail associant des scientifiques de la diaspora, notamment sur la valorisation de la saumure des stations de dessalement et sur une plateforme destinée à recenser près de 27 000 espèces. Lundi, Elias Zerhouni a également plaidé pour le recours à l’intelligence artificielle dans l’enseignement virtuel, avec des solutions conçues en Algérie.

Une coopération scientifique qui a traversé les tensions

Le Haut Conseil est une instance algérienne, placée auprès du président de la République, sans lien institutionnel avec Paris. Son déploiement en France intervient toutefois dans un contexte diplomatique plus apaisé qu’il y a un an. Après la crise ouverte à l’été 2024, les deux pays ont repris leur dialogue en 2026 et le ministre français de l’Intérieur s’est rendu à Alger en février, et l’ambassadeur de France a regagné son poste en mai.

Les échanges scientifiques n’avaient pas attendu ce dégel. Le prix franco-algérien de mathématiques Maurice-Audin, porté du côté français par l’Académie des sciences, a ainsi continué d’être attribué pendant la crise. La Déclaration d’Alger, signée en août 2022 par les deux présidents, prévoyait déjà de faciliter la mobilité des étudiants et des universitaires, ainsi qu’une coopération entre l’Institut Pasteur et l’Institut Pasteur d’Algérie.

La liste des experts associés au réseau français et les premiers groupes de travail, attendus d’ici la fin de la phase de quatre mois, permettront de savoir combien de chercheurs installés en France le Conseil parviendra à mobiliser, et sur quels projets.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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