
Un premier convoi de l’armée algérienne est arrivé à Arlit, dans le nord du Niger, avant de gagner Madama, destination fixée par le Parlement algérien. Déployée à la demande de Niamey pour protéger les intérêts énergétiques communs, l’ANP s’installe au cœur d’un espace où se jouent le pétrole de Kafra et le futur gazoduc transsaharien.
Le déploiement militaire algérien au Niger est désormais une réalité. Saisi par une notification du président Abdelmadjid Tebboune datée du 22 octobre, le Parlement a approuvé à l’unanimité, le 25 octobre, l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire (ANP), en réponse à une demande des autorités nigériennes. Selon Reuters, un premier convoi a atteint Arlit, dans le nord-ouest du pays.
L’événement est historique car jamais, depuis la guerre israélo-arabe de 1973, l’Algérie n’avait officiellement projeté de forces terrestres hors de ses frontières. Il consacre aussi la réconciliation avec Niamey, après la brouille née en avril 2025 de la destruction d’un drone malien et refermée par la visite du général Abdourahamane Tiani à Alger en février. Fin août, Alger avait déjà dépêché deux patrouilles d’avions de chasse au Niger, à la demande de Niamey.
Arlit, porte d’entrée naturelle
Située à environ 250 kilomètres au nord d’Agadez, Arlit est la capitale historique de l’uranium nigérien, avec les installations de la Somaïr, nationalisée par Niamey en juin 2025. Le passage du convoi s’explique toutefois d’abord par la géographie : une force venant d’Algérie par la route transsaharienne, via In Guezzam et Assamaka, rejoint naturellement le nord nigérien par cette ville. La mission annoncée porte sur les intérêts énergétiques communs, au premier rang desquels le pétrole et le gaz.
Madama, verrou du nord-est
La destination finale du dispositif, fixée par la résolution du Parlement, est Madama, près de la frontière libyenne. L’armée française y avait aménagé en 2014 une base avancée de l’opération Barkhane, avant de la quitter en 2023. Le site commande les passages entre le Niger, la Libye et le Tchad. C’est dans ce secteur qu’a frappé le 24 octobre, selon plusieurs comptes rendus, le drone d’Emiloulou, attribué par Niamey au Tchad, ce que N’Djamena dément. Avant l’arrivée du convoi, le chef d’état-major particulier du président nigérien avait déjà effectué une visite dans la région afin de préparer le futur dispositif.
Sur ce terrain, l’Algérie apporte des capacités qui manquent encore à Niamey. Son armée pratique depuis longtemps la surveillance du Sahara et connaît de près les réseaux actifs entre la Libye, le Mali et le Niger. Alger a toujours tenu la stabilité de la bande sahélo-saharienne pour une condition de sa propre sécurité, et celle-ci se joue désormais aussi dans le nord du Niger. Trois ans après le départ des soldats français, c’est une armée africaine voisine qui s’installe à Madama, avec l’accord des autorités nigériennes.
Kafra et le gazoduc, les intérêts à protéger
Le communiqué présidentiel définit la mission comme la protection des « intérêts énergétiques et économiques communs ». Le plus concret se trouve à Kafra, à quelque 500 kilomètres d’Arlit et à 85 kilomètres de la frontière algérienne. Sonatrach et sa filiale ENAFOR y ont lancé le 13 août le forage du puits Kafra Sud-Est 1, qui doit atteindre 3 900 mètres de profondeur, sur un bloc dont Niamey évalue les réserves à plus de 260 millions de barils. Un mémorandum signé le 24 mars à Niamey prévoit aussi la modernisation de la raffinerie de Soraz, à Zinder, et le développement du complexe pétrochimique de Dosso, ainsi que la sécurisation des chaînes d’approvisionnement.
S’y ajoute le gazoduc transsaharien, qui doit relier le Nigeria à l’Algérie via le Niger. Le tracé algérien suivra le corridor de la route transsaharienne jusqu’à la frontière. Au Niger, les 841 kilomètres annoncés correspondent à peu près à l’axe Zinder–Agadez–Arlit–Assamaka, même si le tracé définitif reste à fixer. Madama se trouve, elle, à plusieurs centaines de kilomètres de ce corridor. En passant par Arlit, l’ANP prend aussi position sur l’axe probable d’un ouvrage dont la viabilité dépend de la stabilité du territoire nigérien.
Une mission encadrée
Ni les effectifs ni la durée du mandat n’ont été rendus publics. Interrogé sur la forme du déploiement, le sénateur Belkacem Boulghiti a évoqué l’envoi d’un « détachement » pour une mission « limitée ». L’opération s’inscrit dans le protocole d’accord de coopération militaire signé entre les deux pays.
Le basculement n’en est pas moins réel et pour la première fois, l’armée algérienne sécurise depuis le Niger l’espace saharien dont dépendent les projets énergétiques des deux pays. Arlit n’est qu’une étape, et la forme que prendra cette présence se précisera une fois le détachement installé à Madama.









