
Après près d’un an de brouille diplomatique, l’Algérie et le Niger amorcent une normalisation de leurs relations, marquée par le retour simultané de leurs ambassadeurs le 12 février 2026. Ce rapprochement, fondé sur la coopération énergétique et sécuritaire, redonne de la crédibilité au projet de gazoduc transsaharien (TSGP) reliant le Nigeria à la Méditerranée via le Niger et l’Algérie. Un signal de stabilité pour l’ensemble du Sahel.
Un retour au dialogue fondé sur le pragmatisme et les intérêts communs
Le réchauffement diplomatique entre l’Algérie et le Niger marque une inflexion majeure dans le paysage sahélien. Le 12 février 2026, les deux pays ont acté le retour simultané de leurs ambassadeurs respectifs, l’ambassadeur nigérien Aminou Malam Manzo reprenant ses fonctions à Alger, tandis que le président Tebboune ordonnait le retour immédiat de l’ambassadeur d’Algérie à Niamey.
Ce geste synchronisé met fin à une crise ouverte en avril 2025, lorsque les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) avaient rappelé leurs ambassadeurs d’Alger à la suite de l’incident du drone malien abattu près de la frontière algérienne, dans la région de Tin Zaouatine.
Les premiers signes de dégel étaient apparus dès novembre 2025, avec un message de félicitations du président nigérien Abdourahamane Tiani à l’occasion de la Journée de la Révolution algérienne. Mais c’est la visite, le 26 janvier 2026, du ministre algérien de l’Énergie Mohamed Arkab à Niamey, à la tête d’une importante délégation incluant le PDG de Sonatrach, qui a véritablement relancé la dynamique. Reçu par le général Tiani et le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine, le ministre algérien a réaffirmé l’engagement d’Alger à approfondir la coopération dans le domaine des hydrocarbures, notamment sur le bloc pétrolier de Kafra et le projet de gazoduc transsaharien.
Pour l’Algérie, il s’agit de préserver un environnement régional apaisé à ses frontières sud et de maintenir des partenariats structurants. Pour le Niger, ce rapprochement offre une ouverture diplomatique et économique bienvenue, dans un contexte sahélien encore marqué par les incertitudes sécuritaires.
Le gazoduc transsaharien (TSGP), pilier d’une vision énergétique continentale
Au cœur de cette dynamique de rapprochement figure le gazoduc transsaharien (TSGP), destiné à acheminer le gaz du Nigeria vers les côtes méditerranéennes algériennes, via le Niger. Long de 4 200 km et d’une capacité de 30 milliards de mètres cubes par an, le projet est estimé à 13 milliards de dollars d’investissement.
Longtemps perçu comme trop ambitieux, le TSGP retrouve aujourd’hui une crédibilité renforcée. En février 2025, les trois pays avaient déjà signé à Alger trois accords pour en accélérer la réalisation : un contrat de mise à jour de l’étude de faisabilité, un contrat de compensation et un accord de non-divulgation entre Sonatrach, la SONIDEP (Niger) et la NNPC (Nigeria). Le cabinet britannique Penspen a été mandaté pour actualiser les études techniques. Selon les chiffres officiels, environ 60 % du tracé, soit quelque 2 400 km, seraient déjà réalisés, principalement en Algérie et au Nigeria. Ce qui explique la place centrale du Niger pour la progression du projet.
Le gazoduc transsaharien moins coûteux que le projet rival marocain
L’Algérie apporte à ce projet son expertise énergétique, ses infrastructures existantes et son accès direct aux marchés européens via les gazoducs Medgaz (vers l’Espagne) et Transmed (vers l’Italie). Le Niger, pays de transit stratégique, y voit un levier de désenclavement, une source de recettes futures et une opportunité de montée en compétences techniques.
Sur le terrain, les discussions entre les deux pays portent également sur l’exploration du bloc pétrolier de Kafra, dans le nord du Niger, supervisé par Sonatrach. Il s’agit d’un projet présenté comme un complément naturel au TSGP.
Désormais, le TSGP est envisagé comme un outil de co-développement régional, capable de structurer des coopérations durables dans un espace sahélo-saharien trop souvent marginalisé. Le Nigeria, premier producteur africain de pétrole, a réaffirmé à plusieurs reprises son engagement en faveur de l’option transsaharienne, jugée plus réaliste et moins coûteuse que le tracé concurrent via le Maroc et la côte atlantique.
Un impact stabilisateur pour le Sahel et la coopération régionale
Au-delà de l’énergie, le rapprochement algéro-nigérien s’inscrit dans une logique de sécurisation des échanges, de réouverture des axes commerciaux et de stabilisation progressive des zones frontalières. L’Algérie et le Niger partagent près de 950 km de frontière commune et coopèrent historiquement sur des projets structurants, comme la route transsaharienne reliant l’Algérie au Nigeria via le Niger et le Tchad.
Pour le Niger, enclavé et fortement dépendant de ses corridors régionaux, la coopération avec l’Algérie ouvre la voie à une diversification de ses partenariats. Mais aussi une réduction de sa dépendance vis-à-vis d’un environnement régional fragmenté.
À l’échelle du Sahel, cette dynamique contribue à redonner une perspective régionale à des États confrontés à la fragmentation économique et aux tensions sécuritaires. L’approche algérienne est volontairement mesurée, graduelle et fondée sur le respect mutuel. En plus, elle se distingue par sa constance : pas de promesses spectaculaires, mais une trajectoire crédible articulée autour de la souveraineté des États, de la coopération de long terme et de la diplomatie de l’énergie.
L’invitation adressée par le président Tebboune au général Tiani pour une visite officielle en Algérie pourrait marquer la prochaine étape de cette normalisation. Dans un contexte international instable, ce rapprochement illustre la capacité de l’Algérie à jouer un rôle de puissance stabilisatrice au Sahel. En outre, L’Algérie accompagnera le Niger dans la recherche de solutions durables pour son développement et son intégration régionale.



