Nigeria : Trump déploie 200 militaires américains pour renforcer la lutte antiterroriste


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Trump menace le Nigeria
Trump menace le Nigeria

Les États-Unis vont déployer environ 200 instructeurs militaires au Nigeria dans les prochaines semaines afin de renforcer les capacités de l’armée nigériane face aux groupes djihadistes. Annoncée par des responsables américains et nigérians, cette coopération sécuritaire intervient dans un contexte sensible, marqué par des frappes américaines récentes et des tensions diplomatiques autour des violences religieuses dans le pays le plus peuplé d’Afrique.

Une mission de formation et d’appui technique, pas de combat direct

Washington a décidé de déployer environ 200 instructeurs militaires au Nigeria. Selon les autorités des deux pays, les militaires américains envoyés au Nigeria n’auront pas vocation à participer directement aux opérations de combat. Leur mission portera principalement sur la formation, le conseil stratégique et le soutien technique aux forces armées nigérianes. L’objectif est d’améliorer la coordination des opérations, notamment celles combinant frappes aériennes, renseignements et interventions terrestres.

Le renforcement des capacités en matière de planification, de commandement et de logistique figure également parmi les priorités. Ce déploiement s’inscrit dans le cadre de discussions engagées fin 2025 entre le Président nigérian Bola Tinubu et des responsables américains. Le chef du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (Africom), le général Dagvin R. M. Anderson, s’est récemment rendu à Abuja pour rencontrer les autorités sécuritaires nigérianes et visiter une cellule conjointe de renseignement.

Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest toujours actifs

Le Nigeria reste confronté à une insécurité persistante, en particulier dans le nord-est et le nord-ouest du pays. Depuis 2009, l’insurrection de Boko Haram et de sa branche dissidente affiliée à l’organisation État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) a fait des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de deux millions de personnes, selon les estimations des agences humanitaires.

Si l’armée nigériane a repris plusieurs bastions historiques des groupes djihadistes, ces derniers conservent une capacité de nuisance importante, multipliant attaques contre les civils, embuscades contre les forces de sécurité et enlèvements. Washington estime que le renforcement des capacités locales est essentiel pour éviter une résurgence régionale de la menace terroriste, dans un contexte où le Sahel connaît une instabilité croissante.

Des frappes américaines controversées fin 2025

L’annonce du déploiement intervient après des frappes aériennes menées en décembre 2025 dans l’État de Sokoto, dans le nord-ouest du Nigeria. Ces opérations, autorisées par le président américain Donald Trump, visaient des cibles présentées comme liées à des groupes djihadistes. Si Washington a défendu ces frappes comme des actions ciblées contre le terrorisme, elles ont suscité des interrogations sur l’évolution du rôle militaire américain en Afrique de l’Ouest.

Le Pentagone n’a pas exclu d’autres interventions ponctuelles si la situation sécuritaire l’exigeait, tout en affirmant privilégier une approche fondée sur le partenariat et le renforcement des capacités locales. En parallèle du volet militaire, les relations entre les deux pays ont été tendues par la question des violences religieuses. Les États-Unis ont classé le Nigeria parmi les « pays particulièrement préoccupants » en matière de liberté religieuse.

Middle Belt : un conflit aux causes multiples

Donald Trump a accusé Abuja de ne pas protéger suffisamment les chrétiens face à des attaques attribuées à des « terroristes islamistes ». Des responsables américains ont évoqué des milliers de victimes chrétiennes ces dernières années. Le gouvernement nigérian rejette catégoriquement cette lecture, affirmant que les violences touchent aussi bien les communautés musulmanes que chrétiennes.

Abuja souligne la complexité des conflits, notamment dans la région dite de la Middle Belt, où les affrontements mêlent facteurs religieux, ethniques, fonciers et climatiques. La zone centrale du Nigeria constitue un point de friction historique entre éleveurs peuls, majoritairement musulmans, et agriculteurs sédentaires, souvent chrétiens. Les tensions liées à l’accès à la terre et à l’eau, aggravées par la désertification et la pression démographique, alimentent des cycles de représailles.

Le Nigeria, un partenaire clé des USA en Afrique

Les experts insistent sur le fait que réduire ces violences à une simple confrontation religieuse serait simplificateur. Pauvreté, criminalité organisée, circulation d’armes et faiblesse de l’État dans certaines zones rurales jouent également un rôle déterminant. Pour Washington, le Nigeria représente un partenaire clé en Afrique. Avec plus de 220 millions d’habitants et la première économie du continent en termes de PIB, le pays joue un rôle central dans la stabilité régionale.

Le renforcement de la coopération militaire s’inscrit dans une stratégie visant à contenir l’expansion des groupes djihadistes dans le golfe de Guinée, alors que plusieurs pays du Sahel ont récemment réduit leur coopération sécuritaire avec les puissances occidentales. Du côté nigérian, les autorités insistent sur le fait que les solutions doivent rester « nigérianes », même si un appui technique extérieur est jugé nécessaire. Pour l’heure, le déploiement des 200 militaires américains au Nigeria reste officiellement limité à un rôle de formation et d’assistance.

Etienne Dione
Très attaché à l’Afrique Centrale que je suis avec une grande attention. L’Afrique Australe ne me laisse pas indifférent et j’y fais d’ailleurs quelques incursions
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