Du Mali au Niger, la disparition secrète devient-elle une méthode de gouvernement dans l’AES ?


Lecture 4 min.
Me Mountaga Tall
Me Mountaga Tall

Au Mali, l’opposant Mountaga Tall et son fils restent introuvables six mois après leur enlèvement. Au Niger, le pouvoir reconnaît détenir le journaliste Moussa Kaka, mais refuse toujours d’indiquer où et pourquoi. Dans les deux cas, les proches et les avocats ignorent où les trois hommes sont enfermés.

Six mois après son enlèvement à Bamako, nul ne sait officiellement où se trouve Mountaga Tall. Dans un communiqué publié ce 30 octobre, Human Rights Watch demande aux autorités maliennes de révéler le sort de cet ancien ministre devenu critique de la junte, ainsi que celui de son fils, Cheick Mamadou Tall.

Dans la soirée du 2 mai 2026, des hommes armés et cagoulés ont emmené l’avocat depuis son domicile du quartier de Faladié, à bord de véhicules sans plaques. Son fils a disparu le 16 mai, après avoir reçu un appel lui indiquant qu’il pouvait apporter des effets personnels à son père. Depuis, aucune autorité n’a reconnu les détenir, précisé les charges éventuellement retenues contre eux ou donné de nouvelles de leur état de santé.

L’ONU sans réponse de Bamako

Le Comité des disparitions forcées des Nations unies avait pourtant demandé à Bamako, en juillet, de « localiser et protéger » les deux hommes. Il réclamait également que leur famille et leurs avocats puissent les rencontrer et que Mountaga Tall reçoive les soins nécessités par son état de santé.

Plusieurs médias attribuent la détention de Mountaga Tall à la Sécurité d’État malienne et évoquent un site secret. Cette responsabilité n’a toutefois pas été reconnue officiellement ni établie par une procédure judiciaire. Les avocats, la famille et le comité onusien attendent toujours une réponse des autorités.

Cette opacité prive les deux hommes de toute protection juridique car faute de mandat connu et de contrôle judiciaire, ils n’ont accès à aucun avocat et ne peuvent pas contester leur détention.

Au Niger, un aveu qui ne met pas fin à la disparition

Directeur de Radio Télévision Saraounia et ancien correspondant de RFI, le journaliste Moussa Kaka a disparu le 31 août après avoir quitté son bureau à Niamey, deux jours après une tentative de coup d’État dans la capitale.

Pendant près d’un mois, sa famille n’a reçu aucune information. Puis, le 25 septembre, le ministre nigérien de la Justice, Alio Daouda, a reconnu devant les Nations unies que le journaliste était détenu pour une supposée « infraction » et qu’il devrait répondre devant les tribunaux.

Mais cet aveu n’a pas permis de savoir où Moussa Kaka est enfermé, sur quel fondement juridique ni s’il a accès à un avocat. Dans son communiqué du 28 octobre, Human Rights Watch estime donc que le journaliste demeure victime d’une disparition forcée.

À la différence de Bamako, qui n’a jamais reconnu détenir Mountaga Tall, Niamey admet retenir Moussa Kaka. Le lieu et le motif de sa détention restent pourtant secrets, et le journaliste demeure, comme l’opposant malien, hors de portée de ses proches et de ses avocats.

Une répression adaptée aux régimes militaires

Ces affaires interviennent alors que les autorités maliennes et nigériennes ont considérablement réduit l’espace politique depuis leur arrivée au pouvoir. Les partis politiques ont été dissous dans les deux pays, des médias étrangers suspendus et des journalistes poursuivis en vertu de lois sur la cybercriminalité. Au Niger, la junte a en outre provisoirement déchu de leur nationalité au moins vingt-cinq personnes, dont plusieurs opposants en exil.

Human Rights Watch réclame la libération de Mountaga Tall et de son fils, ainsi que celle de Moussa Kaka s’il n’a pas été inculpé d’une infraction avérée. Le cas du journaliste nigérien a été évoqué à la mi-octobre à Dakar devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, tandis que les avocats de la famille Tall avaient annoncé dès juin leur intention de saisir la Cour africaine des droits de l’homme.

Criss Bailly
LIRE LA BIO
Criss Bailly est un journaliste collaborant avec afrik.com, où il couvre une large palette de sujets allant de la politique à la culture, en passant par la santé et la société. Ses articles abordent des thématiques variées, telles que la responsabilité sociétale des entreprises en Afrique, la situation épidémiologique du Covid-19 au Gabon, ou encore des enquêtes sur des scandales internationaux impliquant des figures publiques. Il met également en lumière des figures marquantes du continent, comme l’écrivain Serge Bilé ou la chanteuse Dobet Gnahoré, à travers des interviews et des analyses approfondies. Son travail reflète un engagement à décrypter les dynamiques africaines contemporaines, tout en donnant une voix aux acteurs influents du continent.
Newsletter Source préférée