
Dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 mai 2026, des hommes armés et cagoulés ont fait irruption au domicile de Maître Mountaga Tall à Bamako. L’avocat et opposant politique, figure du CNID et ancien allié de la junte reconverti en critique, a été emporté vers une destination inconnue. Sa famille a porté plainte pour enlèvement. Depuis, plus aucune nouvelle.
Les faits sont survenus peu avant minuit. Selon un membre de la famille présent sur place et cité par l’AFP, deux hommes armés portant des cagoules ont pénétré au domicile de Me Tall. L’épouse de l’avocat s’est faite brutalisée et son téléphone confisqué. Les individus circulaient à bord de véhicules non immatriculés et n’ont invoqué ni présenté aucun mandat.
Dans un communiqué publié le 3 mai, la famille a exigé des éclaircissements immédiats sur les circonstances de la disparition et le lieu de détention de l’avocat. Elle a également saisi les organisations régionales et internationales.
Qui est Mountaga Tall ?
Leader du Congrès national pour l’Initiative démocratique (CNID), Me Mountaga Tall est l’une des figures historiques de la démocratisation malienne des années 1990. Membre du mouvement M5-RFP, il avait contribué à la mobilisation qui a conduit à la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta en 2020. D’abord proche des militaires portés au pouvoir par le coup d’État, il avait progressivement pris ses distances avec la junte.
Depuis, il s’est imposé comme l’un des rares avocats à défendre devant les juridictions maliennes des militaires arrêtés pour « tentative de déstabilisation des institutions », ainsi que des responsables politiques détenus arbitrairement. Il avait également contesté en justice la dissolution des partis politiques décrétée par les autorités de transition, et assuré la défense de l’ancien Premier ministre Moussa Mara.
L’enlèvement survient huit jours après les attaques coordonnées du 25 avril, les plus graves subies par le gouvernement depuis 2012. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et le Front de libération de l’Azawad ont revendiqué conjointement des assauts simultanés dans six villes du pays, dont Bamako et Kati.
Le 1er mai, le tribunal militaire de Bamako a annoncé l’ouverture d’une enquête sur ces attaques. Il évoque des « complicités internes » impliquant des militaires et des acteurs politiques. Plusieurs arrestations avaient déjà eu lieu, d’autres étant annoncées. C’est dans ce contexte que Me Tall a disparu.
Amnesty International met en cause l’ANSE
Ousmane Diallo, chercheur senior sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, a réagi rapidement : « Nous avons constaté une tendance aux enlèvements au Mali, perpétrés par des agents de l’Agence nationale de la Sécurité d’État (ANSE). » L’organisation exige que les autorités maliennes « révèlent ce qu’il est advenu de lui et où il se trouve, et le libèrent immédiatement ou respectent une procédure régulière s’il est accusé d’infractions ».
Amnesty rappelle que si cet enlèvement a été perpétré par des agents de l’État, ou avec leur soutien, il constitue une disparition forcée, exposant Me Tall « à un risque élevé de torture ou d’autres mauvais traitements ».
Le signal envoyé à l’opposition
À ce stade, les autorités maliennes n’ont fait aucune déclaration officielle sur la disparition de Me Tall. Bamako sous couvre-feu partiel, la junte resserre son contrôle politique au nom de la sécurité.



