Tebboune tend la main à Goïta : l’Algérie reprend pied au Sahel


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Assimi Goïta et Abdelmadjid Tebboune
Assimi Goïta et Abdelmadjid Tebboune

Après plusieurs mois de tensions entre Alger et Bamako, Abdelmadjid Tebboune choisit de dissocier Assimi Goïta de son entourage et réaffirme la disponibilité de l’Algérie au dialogue. Un signal envoyé dans un contexte sécuritaire dégradé au Mali, alors qu’Alger a déjà relancé ses liens avec le Niger et le Burkina Faso. En toile de fond : un retour assumé sur la scène sahélienne.

Après des mois de crispations et de rupture progressive entre Alger et Bamako, la présidence algérienne change de ton. Lors de son entretien périodique avec la presse nationale, diffusé début mai 2026, Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé la position d’Alger : ne pas s’ingérer, mais rester disponible si les autorités maliennes souhaitent renouer le dialogue.

Un détail a toutefois retenu l’attention. Le chef de l’État algérien a pris soin d’épargner Assimi Goïta. Selon la presse algérienne, il a même souligné que le président de transition « n’a jamais insulté l’Algérie », renvoyant la responsabilité des tensions à certains membres de son entourage. Une nuance qui ouvre une porte sans obliger Alger à revenir sur ses désaccords avec Bamako.

Car la séquence récente a été particulièrement tendue. Le Mali a dénoncé l’Accord d’Alger de 2015, dont l’Algérie était un pilier, et pris ses distances avec plusieurs cadres régionaux de coopération sécuritaire. Dans le même temps, les autorités maliennes ont renforcé une ligne souverainiste, appuyée sur leur partenariat avec la Russie et sur l’Alliance des États du Sahel (AES), aux côtés du Niger et du Burkina Faso.

Une ouverture dans un moment critique

Ce geste d’apaisement intervient alors que la situation sécuritaire malienne reste extrêmement fragile. Dans le nord comme dans le centre, les groupes jihadistes conservent une forte capacité de nuisance. La stratégie axée sur la réponse militaire n’a pas permis de stabiliser durablement le pays, tandis que les tensions avec les mouvements du Nord persistent.

Dans ce contexte, Alger ne parle pas seulement diplomatie. Il y a aussi une réalité géographique difficile à contourner. Les deux pays partagent une longue frontière, et toute dégradation durable au Mali a des répercussions directes côté algérien.

La ligne d’Alger, elle, n’a pas changé : préserver l’unité territoriale du Mali, éviter une fragmentation de fait, contenir l’expansion jihadiste et maintenir une perspective politique. D’où l’attachement constant à l’Accord d’Alger. Ce cadre reste l’un des rares points d’équilibre entre souveraineté, réalités locales et stabilité régionale.

Tebboune ne demande pas explicitement un retour à cet accord. Mais il en rappelle l’utilité, en creux. Pour Bamako, la question devient plus pragmatique : jusqu’où pousser l’isolement diplomatique sans en payer le prix stratégique ?

Du Niger au Burkina, le retour d’Alger

La séquence malienne s’inscrit dans un mouvement plus large de repositionnement algérien au Sahel. Ces derniers mois, Alger a relancé ses relations avec deux autres membres de l’AES : le Niger et le Burkina Faso.

Avec Niamey, le rapprochement s’est concrétisé par un mémorandum d’entente dans les hydrocarbures et la relance de projets impliquant Sonatrach, notamment autour du champ de Kafra. Avec Ouagadougou, la coopération s’est structurée autour de secteurs clés : mines, énergie, produits raffinés, formation et électrification.

Le choix des trois pays est d’avancer par des projets concrets plutôt que par des déclarations politiques. Une méthode discrète, mais efficace pour reprendre pied dans la région.

Dans ce jeu, le Mali apparaît désormais très en retrait. Bamako n’a pas encore amorcé de rapprochement comparable. Mais la dynamique régionale évolue. Si Niamey et Ouagadougou rouvrent des canaux avec Alger, maintenir une position de rupture devient plus coûteux pour les autorités maliennes.

La main tendue de Tebboune vise ainsi l’ensemble de l’AES, tout en adressant un signal aux partenaires extérieurs : l’Algérie est un acteur incontournable dans la stabilisation du Sahel.

Reste l’équation politique côté malien. Un rapprochement avec Alger pourrait être perçu comme un infléchissement de la ligne actuelle. Mais il peut aussi offrir une marge de manœuvre dans un contexte où l’option strictement militaire et l’option de la Russie ont montré leurs limites.

Alger avance sans brusquer car des divergences existent encore. Mais l’Algérie se repositionne, patiemment, comme un passage clé dans toute tentative de sortie de crise au Sahel.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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