Sahel : l’Algérie revient en force, du Burkina au Niger, pendant que Meloni adoube Tebboune


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Rapprochement Algérie Sahel
Rapprochement Algérie Sahel

Après des mois de tensions avec l’Alliance des États du Sahel, l’Algérie d’Abdelmadjid Tebboune reprend pied dans la région. Le retour passe d’abord par le concret : hydrocarbures, forages, coopération énergétique, missions ministérielles et relance de liens politiques avec le Niger et le Burkina Faso. Le Mali, lui, reste plus prudentmais des signes d’apaisement sont visibles. Au même moment, Giorgia Meloni est venue rappeler à Alger que l’Europe continue de voir dans l’Algérie un partenaire stratégique majeur.

Pendant une bonne partie de 2025, le récit dominant était celui d’une Algérie fragilisée dans son propre voisinage sahélien. La crise ouverte avec le Mali après l’affaire du drone abattu près de la frontière, puis l’embrasement diplomatique avec les pays de l’AES, avaient donné le sentiment d’un décrochage d’Alger. Reuters rappelait alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger avaient rappelé leurs ambassadeurs, avant que l’Algérie ne rappelle à son tour ses ambassadeurs au Mali et au Niger et ne reporte l’entrée en fonctions de son nouvel ambassadeur au Burkina Faso.

Mais depuis le début de 2026, le mouvement s’est inversé. L’Institut d’Etude de Sécurité résume clairement la nouvelle séquence : le Niger et le Burkina Faso sont engagés dans un réchauffement avec Alger, tandis que le Mali réfléchit. C’est toute la logique du retour algérien : avancer là où les portes se rouvrent, sans attendre que tout le Sahel se réaligne en même temps.

Le Niger est redevenu le pivot de cette offensive diplomatique. Le 24 mars 2026, Alger et Niamey ont signé un mémorandum d’entente dans les hydrocarbures pour développer des projets conjoints. Le même jour, Sonatrach a annoncé le lancement début avril du forage de puits au champ de Kafra, au Niger. Ces annonces donnent un contenu très concret au rapprochement : l’Algérie revient avec des projets énergétiques, des équipes techniques et une logique d’intégration régionale.

Le Burkina Faso constitue l’autre front de ce redéploiement. Le 20 février 2026, le ministère burkinabè de l’Énergie, des Mines et des Carrières a détaillé la visite d’une délégation algérienne conduite par Mohamed Arkab et Mourad Adjal. Les travaux ont abouti à des accords de coopération dans les mines, l’énergie, les hydrocarbures et le contenu local. Le pouvoir burkinabè insiste aussi sur la formation, le transfert de compétences, la réhabilitation des centrales, l’électrification rurale et le rapprochement entre Sonatrach et la SONABHY pour l’approvisionnement en produits raffinés. On retrouve ici la méthode algérienne : proposer un partenariat utile, technique et visible.

Le cas malien, lui, reste plus délicat. Il existe bien des signaux de décrispation, mais pas encore de normalisation pleine et entière. L’ISS notait encore le 16 mars 2026 que Bamako demeurait prudent et n’avait pas suivi au même rythme que Niamey et Ouagadougou. Dans le débat public malien, quelques ouvertures ont toutefois émergé. Le 18 janvier 2026, AFRIK rapportait que Choguel Maïga, depuis sa cellule, appelait au dégel avec Alger et donnait raison à la “main tendue” de Tebboune. Cela reste un indice politique, pas encore un basculement diplomatique officiel.

Ce retour algérien au Sahel se produit au moment où l’Europe redonne aussi du poids à Alger. Le 25 mars 2026, en visite en Algérie, Giorgia Meloni a qualifié le pays de partenaire d’“importance stratégique majeure” pour l’Italie. Meloni a aussi reconnu le rôle essentiel de l’Algérie dans la gestion sécuritaire du Sahel, saluant ainsi les rapprochements avec le Niger et le Burkina. Dans la même séquence, Alger et Rome ont salué les progrès de leur coopération bilatérale et la convergence de leurs positions sur plusieurs dossiers régionaux et internationaux. Pour Abdelmadjid Tebboune, cette reconnaissance venue d’Italie compte double : elle renforce le statut énergétique de l’Algérie en Méditerranée et crédibilise son retour comme acteur régional que l’on ne contourne pas facilement.

Au fond, le retour algérien au Sahel ne ressemble pas à une démonstration de force classique. C’est une reconquête par les actes : un mémorandum ici, un forage là, une mission ministérielle, un transfert de savoir-faire, une relance bilatérale ciblée. Le Niger et le Burkina Faso ont déjà rouvert la porte. Le Mali, lui, hésite encore. Mais l’essentiel est déjà visible : Alger recommence à avancer.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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