
Des attaques coordonnées ont visé ce samedi 25 avril 2026, plusieurs positions militaires au Mali, dont Kati, Bamako, l’aéroport international Modibo-Keïta/Sénou, Gao, Kidal, Sévaré et Mopti. Si l’armée malienne affirme avoir repris le contrôle de la situation, cette offensive d’ampleur révèle la vulnérabilité du pouvoir d’Assimi Goïta et remet en cause le discours d’une reconquête sécuritaire portée par Bamako et ses alliés russes.
Une attaque au cœur du dispositif sécuritaire malien
L’attaque menée ce samedi 25 avril contre le camp militaire de Kati et les installations proches de l’aéroport de Bamako est un mauvais signal pour le pouvoir malien. En effet, Kati n’est pas une cible ordinaire : cette ville-garnison, située aux portes de Bamako, abrite la principale base militaire du pays et demeure un lieu hautement symbolique du pouvoir issu des coups d’État de 2020 et 2021. Le général Assimi Goïta y réside, ce qui donne à l’offensive une portée politique autant que militaire.
Selon plusieurs témoignages sur place, deux fortes explosions et des tirs nourris ont été entendus peu avant 6 heures du matin près de la base de Kati, tandis que d’autres attaques étaient signalées dans plusieurs localités du pays. Des témoins affirment également que la résidence du ministre de la Défense, Sadio Camara, à Kati, aurait été touchée. L’armée malienne a annoncé en fin de matinée que la situation était « sous contrôle », tout en précisant que des opérations de ratissage se poursuivaient.
Cette séquence est d’autant plus préoccupante qu’elle ne ressemble pas à une attaque isolée. Les informations disponibles évoquent une offensive coordonnée visant à la fois le centre politique, les infrastructures militaires et plusieurs villes stratégiques du Nord et du Centre. L’aéroport international de Bamako, adjacent à une base aérienne utilisée par l’armée malienne, a également été concerné par les alertes sécuritaires.
Le spectre de 2012 ressurgit
La dégradation sécuritaire actuelle s’inscrit dans une crise ouverte depuis 2012, lorsque la rébellion touarègue et les groupes djihadistes avaient pris le contrôle de vastes portions du Nord malien. Plus de dix ans plus tard, le risque qui hante Bamako est celui d’une recomposition de ce front entre groupes séparatistes et organisations djihadistes.
À ce stade, aucune revendication complète et vérifiée ne permet d’attribuer l’ensemble des attaques à un seul acteur. Mais plusieurs sources sécuritaires évoquent l’implication du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, le JNIM ou GSIM, affilié à Al-Qaïda, avec une possible coordination avec le Front de libération de l’Azawad, coalition dominée par des groupes touaregs. Le FLA affirme de son côté avoir pris des positions à Gao et dans un camp militaire à Kidal, sans que ces revendications aient pu être vérifiées de manière.
En 2023, la reprise de Kidal par l’armée malienne et ses alliés russes avait été présentée comme une victoire historique de Bamako. Voir cette ville à nouveau contestée, voire partiellement reprise selon les séparatistes, constitue donc un choc symbolique pour la junte. L’enjeu n’est plus seulement militaire : il touche directement au récit politique d’un pouvoir qui a bâti sa légitimité sur la promesse de restaurer la souveraineté nationale.
Le pari russe sous pression
Depuis le départ des forces françaises de Barkhane et la fin de la MINUSMA, Bamako a choisi de s’appuyer massivement sur la Russie pour reconstruire son appareil sécuritaire. La mission de l’ONU au Mali a officiellement fermé le 31 décembre 2023, après une décision du Conseil de sécurité prise à la demande des autorités maliennes.
Mais ce basculement n’a pas empêché l’expansion des groupes armés. Le dispositif russe lui-même a évolué : Wagner a officiellement quitté le Mali en juin 2025, remplacé par Africa Corps, une structure plus directement contrôlée par le ministère russe de la Défense. Cette transition n’a pas réglé la question de fond : malgré l’appui russe, l’armée malienne peine toujours à empêcher des attaques complexes et simultanées, y compris à proximité immédiate de la capitale.
L’offensive du 25 avril met donc à nu une contradiction majeure. Bamako affirme avoir retrouvé sa souveraineté stratégique en rompant avec Paris, la MINUSMA et une partie de ses anciens partenaires occidentaux. Mais cette souveraineté proclamée se heurte à une réalité opérationnelle : les groupes armés conservent une capacité d’initiative, de mobilité et de coordination qui dépasse largement le simple harcèlement rural.
Un isolement régional qui complique la riposte
La crise malienne se joue aussi dans un environnement diplomatique fragmenté. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont formellement quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025, consolidant leur Alliance des États du Sahel. Cette rupture a affaibli les mécanismes régionaux de coopération, même si la CEDEAO maintient pour l’instant certaines facilités de circulation et d’échanges avec les trois pays.
Pour Bamako, l’attaque intervient donc dans un moment délicat. Le pouvoir accuse régulièrement des acteurs extérieurs de soutenir ou de tolérer les groupes armés, tandis que les pays voisins et les partenaires internationaux redoutent une contagion sécuritaire dans toute la région. Si les attaques se multiplient autour de Bamako, Gao, Kidal ou Sévaré, c’est tout l’équilibre sahélien qui risque de basculer davantage.
L’impact économique pourrait être lourd. L’insécurité perturbe les axes de transport, renchérit les produits importés et pèse sur l’approvisionnement de Bamako. En 2025, le JNIM avait déjà annoncé un blocus sur les importations de carburant et multiplié les attaques contre des convois de citernes, paralysant parfois la capitale et montrant sa capacité à frapper l’économie autant que l’armée.
Le secteur minier, pilier des finances maliennes, est également exposé. L’or représente de très loin la principale exportation du pays. Dans ce contexte, toute dégradation durable de la sécurité peut peser sur les investissements, les transports, les assurances et la capacité de l’État à tirer profit de ses ressources.
Pour la population, cette offensive renforce surtout un sentiment d’angoisse. Les check-points, les patrouilles et la militarisation de l’espace public ne suffisent plus à rassurer lorsque des tirs éclatent près de l’aéroport ou dans une ville-garnison aussi sensible que Kati. Le conflit, longtemps perçu comme concentré dans le Nord et le Centre, donne désormais l’impression de se rapprocher du cœur du pouvoir.



