Mali : l’armée malienne et l’Africa Corps mis en cause dans la mort de sept civils à la frontière mauritanienne


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Vue aérienne d'un village malien
Vue aérienne d'un village malien

Alors que le Sahel s’enfonce dans une spirale de violence, de nouvelles accusations pèsent sur les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs alliés de l’Africa Corps. Des exécutions sommaires de civils, dont plusieurs commerçants mauritaniens, ont été signalées à la frontière entre le Mali et la Mauritanie. Entre peur des mines et exode vers les pays voisins, les populations locales se retrouvent prises en étau dans une guerre asymétrique où le silence des autorités de Bamako alimente un sentiment d’impunité croissant.

La situation sécuritaire au Sahel connaît une nouvelle montée des tensions dans la région frontalière reliant le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. Plusieurs sources locales et des organisations de défense des droits humains pointent du doigt la responsabilité des Forces armées maliennes (FAMa), parfois accompagnées de leurs supplétifs russes de l’Africa Corps, dans la mort de sept civils.

Ces événements, qui se sont déroulés dans une région où les groupes jihadistes sont particulièrement actifs, n’ont pour l’heure fait l’objet d’aucune communication officielle de la part des autorités de Bamako.

Une série d’arrestations et d’exécutions présumées

Les témoignages recueillis décrivent des scènes de violence ciblée contre des populations civiles. Le 26 février dernier, dans la commune d’Aïté, une patrouille militaire aurait interpellé cinq commerçants possédant la double nationalité malienne et mauritanienne directement dans leurs boutiques. Le convoi se serait ensuite dirigé vers un site minier pour arrêter deux autres commerçants mauritaniens, tout en brûlant leurs marchandises. Les corps des sept hommes ont été retrouvés quelques heures plus tard à sept kilomètres du village, portant les stigmates d’une exécution sommaire.

Une autre tragédie similaire a été rapportée le vendredi 6 mars dans la zone d’Ahl El Kory, près de Nampala. Selon des survivants, deux véhicules venant de Mauritanie pour se rendre à une foire hebdomadaire ont été interceptés par un détachement composé de soldats maliens et d’éléments russes. Pris de panique, plusieurs passagers auraient tenté de s’enfuir avant d’être abattus à bout portant. Un septième homme aurait été égorgé. Les victimes appartiendraient toutes à la communauté peule et étaient, selon les proches, de simples civils non armés.

Le traumatisme des populations et l’exode vers la Mauritanie

La découverte des corps a plongé les localités frontalières dans un état de choc profond. À Aïté, les habitants ont dû attendre dix jours avant d’oser enterrer les dépouilles, par crainte que les cadavres ne soient piégés par des engins explosifs. Ce sentiment d’insécurité permanente et la peur de nouvelles représailles ont provoqué un mouvement de panique généralisé. De nombreuses familles, craignant pour leur vie, ont choisi de traverser la frontière pour se réfugier en Mauritanie voisine, située à seulement une dizaine de kilomètres des lieux du drame.

Ce climat de méfiance entre les populations civiles et les forces de défense et de sécurité fragilise davantage la cohésion sociale dans une zone déjà meurtrie par l’influence du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Les survivants rapportent avoir été passés à tabac et accusés de complicité avec les jihadistes avant d’être relâchés. Ces fait démontrent la difficulté pour les troupes au sol de distinguer les combattants des civils dans cette guerre asymétrique.

Un silence radio persistant des autorités de Bamako

Malgré la gravité des accusations et la circulation de vidéos amateurs montrant les corps des victimes, l’état-major malien n’a publié aucun communiqué pour livrer sa version des faits. Ce silence inquiète les observateurs internationaux ainsi que les organisations locales de défense des droits humains, comme la CD-DPA, qui dénoncent une culture de l’impunité. À l’intersection des régions de Ségou, Mopti et Tombouctou, la situation prend désormais la forme d’une crise humanitaire silencieuse. Dans cette zone stratégique, commerçants et éleveurs nomades voient leur droit à la vie devenir de plus en plus fragile.

Sidoine
Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
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