
Après des mois de crispations diplomatiques, la visite à Alger du ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez marque une évolution discrète mais significative dans les relations entre la France et l’Algérie. Au-delà des annonces techniques, ce déplacement acte une reprise du dialogue sécuritaire, dans un contexte régional où l’Algérie réaffirme sa centralité stratégique, notamment à la lumière de son récent rapprochement avec le Niger. Un signal aussi bien adressé à l’Afrique de l’Ouest qu’à l’Europe.
Un dégel sécuritaire après une longue période de tensions
À Alger, le message a été clair : la coopération sécuritaire entre la France et l’Algérie est relancée. Sans emphase ni effets d’annonce spectaculaires, les deux parties ont convenu de remettre en marche des mécanismes de coordination longtemps gelés, échanges d’informations, coopération policière et canaux de dialogue entre services.
Côté algérien, la tonalité est volontairement apaisée. La presse met en avant le retour à une relation « fonctionnelle », débarrassée de la surenchère politique, et insiste sur la reconnaissance implicite du rôle incontournable de l’Algérie dans les équilibres sécuritaires régionaux. La réception de Laurent Nuñez au plus haut niveau de l’État est interprétée comme un signe de respect mutuel et de normalisation progressive.
En France, les commentaires sont plus prudents, mais convergent sur un point : après des mois de blocage, la reprise du dialogue était devenue une nécessité opérationnelle, notamment face à la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel. Signe del’importance de ce déplacment, la visite de Laurent Nuñez à Alger s’est déroulée sans aucun préalable de Paris. Une façon d’acter l’échec de la stratégie du rapport de force défendue par son prédécesseur Bruno Retailleau.
L’Algérie, pivot sécuritaire entre Sahel et Méditerranée
Cette relance franco-algérienne intervient dans un contexte régional en pleine recomposition. Le récent rapprochement stratégique entre Algérie et Niger redonne à Alger une place centrale dans la surveillance et la stabilisation de l’Afrique de l’Ouest.
Forte de son expérience en matière de lutte antiterroriste et de contrôle des frontières sahariennes, l’Algérie entend réinvestir son rôle historique de puissance de sécurité régionale. Pour Alger, il s’agit de contenir les groupes armés dans la bande sahélo-saharienne, mais aussi d’empêcher leur projection vers le nord, en direction de la Méditerranée et de l’Europe.
Une Algérie stable, écoutée et pleinement engagée dans son environnement sahélien constitue un rempart essentiel contre la recomposition des réseaux jihadistes. C’est indispensable pour la sécurité dans la zone méditérannéenne.
Une Algérie forte, un enjeu direct pour l’Europe
En filigrane de la visite de Laurent Nuñez, une évidence s’impose : l’Europe a besoin d’une Algérie forte. Face à l’affaiblissement des dispositifs sécuritaires occidentaux au Sahel, Alger apparaît comme l’un des rares acteurs capables d’articuler connaissance du terrain, légitimité régionale et capacités opérationnelles.
La coopération sécuritaire relancée avec la France s’inscrit ainsi dans un nécessaire continuum entre sécurité sahélienne et sécurité européenne. La lutte contre le terrorisme islamiste ne s’arrête pas aux frontières sud de l’Europe ; elle commence bien plus au sud, dans le désert et les zones grises du Sahel.
Un pas pragmatique, aux effets potentiellement durables
Sans résoudre les différends politiques de fond, la visite du ministre français de l’Intérieur ouvre une séquence nouvelle : plus pragmatique, moins idéologique, recentrée sur les intérêts sécuritaires partagés. Du point de vue algérien, cette dynamique confirme le retour d’Alger comme acteur incontournable, à la fois en Afrique de l’Ouest et dans la protection indirecte du continent européen.
Un premier pas, certes mesuré, mais qui rappelle une réalité stratégique souvent oubliée : sans l’Algérie, aucune architecture de sécurité crédible ne peut durablement tenir entre le Sahel et l’Europe.



