Washington : au Conseil de la paix de Trump, le Maroc s’isole du camp démocratique


Lecture 3 min.
Benyamin Netanyahou, Donald Trump et Mohammed VIBenyamin Netanyahou, Donald Trump et Mohammed VI
Benyamin Netanyahou, Donald Trump et Mohammed VI

Réunie à Washington pour sa toute première session, le « Conseil de la paix » voulu par Donald Trump révèle une réalité diplomatique crue : le Maroc et l’Égypte sont les seuls pays africains présents, au sein d’un aréopage largement boudé par les grandes démocraties occidentales et les 50 autres pays africains. Un choix qui confirme l’alignement assumé de Rabat sur Washington et Israël, au prix d’un isolement croissant vis-à-vis de ses partenaires naturels.

Une réunion clairsemée, loin du multilatéralisme

Annoncée comme fondatrice, la première réunion du Conseil de la paix se tient dans un format volontairement restreint. Ni la France, ni l’Allemagne, ni le Royaume-Uni n’ont souhaité s’y associer. Même au sein de l’Union européenne, la distance est manifeste : seules des capitales marginales ou politiquement contestées ont accepté de participer. Cette absence massive traduit la défiance des démocraties libérales à l’égard d’une initiative perçue comme un instrument politique personnel de Donald Trump, en concurrence directe avec les cadres onusiens traditionnels .

Le Maroc et l’Égypte, exception africaine

Le Maroc n’est pas seul côté africain : l’Égypte, qui dépend les États-Unis pour son armement, est également présente à Washington. Mais cette précision ne change pas l’équation politique. Aucun autre pays du continent n’a répondu à l’invitation, ni en Afrique subsaharienne ni au Maghreb. Là où Le Caire avance prudemment, en cohérence avec son rôle régional historique, Rabat assume une posture beaucoup plus politique : celle d’un soutien visible et constant à l’axe Trump-Israël-Golfe.

Le Maroc est officiellement représenté par Nasser Bourita, chef de la diplomatie du royaume, déjà présent lors de la signature initiale à Davos. Sa participation active confirme la volonté marocaine de s’inscrire dans le premier cercle diplomatique trumpien, indépendamment du regard critique porté par la plupart des pays africains.

Un cercle d’États peu exemplaires

La liste des pays présents à Washington éclaire la nature du projet : davantage un club politique affinitaire qu’une véritable initiative de paix multilatérale. On y retrouve des régimes autoritaires, des démocraties illibérales ou des États stratégiquement dépendants, loin des standards défendus par les Nations unies. Cette composition alimente les critiques sur la crédibilité internationale du Conseil et sur ses véritables objectifs .

La liste des pays présents à Washington pour la première réunion du Club de la Paix

  • Argentine
  • Bahreïn
  • Bulgarie
  • Égypte
  • Émirats arabes unis
  • Hongrie
  • Indonésie
  • Israël
  • Jordanie
  • Kazakhstan
  • Maroc
  • Mongolie
  • Pakistan
  • Paraguay
  • Qatar
  • Arabie saoudite
  • Turquie
  • Ouzbékistan

Un alignement qui ressemble à une mise sous tutelle

En acceptant de siéger dans ce cadre, le Maroc fait un choix clair : privilégier la relation bilatérale avec Washington et Tel-Aviv, quitte à apparaître comme un allié docile, voire et un relais régional de la diplomatie trumpienne. Ce positionnement, déjà visible depuis la normalisation avec Israël, franchit ici un nouveau cap symbolique.

À moyen terme, cette stratégie pourrait s’avérer coûteuse. Elle isole Rabat sur le continent africain, l’éloigne des positions européennes majoritaires et l’expose à de lourds revers si l’équilibre politique américain venait à changer. À Washington, le Maroc n’a pas seulement répondu présent : il s’est volontairement rangé dans un camp, en assumant le risque d’être perçu non plus comme un partenaire, mais comme un vassal diplomatique

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News