Abdelmadjid Tebboune et Abdourahamane Tiani scellent à Alger la fin de la crise entre l’Algérie et le Niger


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Abdourahmane Tiani et Abdelmadjid Tebboune
Les Présidents Abdourahmane Tiani et Abdelmadjid Tebboune

Le Président algérien Abdelmadjid Tebboune et le chef de l’État nigérien Abdourahamane Tiani ont affiché, à Alger, leur volonté commune de relancer durablement les relations entre l’Algérie et le Niger. Cette visite officielle de deux jours marque un important tournant diplomatique après plusieurs mois de crispations entre les deux voisins sahélo-sahariens. Accueilli au palais présidentiel, le général Tiani était accompagné d’une importante délégation ministérielle.

Après plusieurs mois de gel diplomatique et de méfiance mutuelle, Abdelmadjid Tebboune et Abdourahamane Tiani ont choisi Alger pour afficher publiquement leur volonté de refermer la parenthèse des tensions entre l’Algérie et le Niger. Au-delà du symbole, cette rencontre consacre un repositionnement stratégique entre deux capitales clés du Sahel, déterminées à réactiver leurs canaux politiques, sécuritaires et énergétiques dans un contexte régional en profonde recomposition.

Entretiens en tête-à-tête, réunions élargies et déclarations publiques ont rythmé ce déplacement stratégique, présenté comme celui de la « normalisation » et du « renouveau » bilatéral. La crise avait éclaté en avril 2025 dans un contexte régional tendu, à la suite d’un incident sécuritaire à la frontière sud de l’Algérie impliquant un drone malien. Les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) avaient alors rappelé leurs ambassadeurs, provoquant une rupture diplomatique avec Alger.

Sécurité au Sahel : Tebboune et Tiani misent sur la coordination

Le retour simultané des représentants diplomatiques, acté début février, a ouvert la voie à cette rencontre au sommet. Au cœur des discussions figure la stabilité de l’espace sahélo-saharien. L’Algérie et le Niger partagent près de 950 kilomètres de frontière commune dans une zone exposée aux trafics transfrontaliers et aux groupes armés. Abdelmadjid Tebboune et Abdourahamane Tiani ont convenu de renforcer la coopération en matière de lutte antiterroriste, de renseignement et de surveillance des zones frontalières.

L’objectif est d’éviter toute escalade sécuritaire et consolider un cadre de coordination bilatéral durable. Pour Alger, la stabilisation de son voisin méridional constitue un impératif stratégique. L’Algérie privilégie traditionnellement une approche régionale fondée sur le dialogue et la coopération sécuritaire directe avec les États concernés. Pour Niamey, ce partenariat représente un appui régional important dans un contexte de recomposition des alliances au Sahel.

Gazoduc transsaharien : relance officielle d’un projet clé

La rencontre entre Tebboune et Tiani a également été marquée par des avancées significatives sur le plan énergétique. Les deux dirigeants ont confirmé la relance opérationnelle du gazoduc transsaharien (TSGP), projet destiné à acheminer le gaz nigérian vers l’Europe via le Niger et l’Algérie. Le groupe public Sonatrach pilotera la phase de déploiement sur le territoire nigérien. Les autorités algériennes ont indiqué que les travaux devraient débuter après le mois de ramadan.

Long de 4 200 kilomètres, le gazoduc transsaharien représente un investissement estimé à 13 milliards de dollars et une capacité annuelle prévue de 30 milliards de mètres cubes. Environ 60% du tracé serait déjà réalisé en Algérie et au Nigeria, faisant du Niger un maillon stratégique pour la concrétisation du projet. Pour Abdelmadjid Tebboune, ce chantier s’inscrit dans une vision de coopération énergétique continentale. Pour Abdourahamane Tiani, il constitue une opportunité majeure de désenclavement économique, de recettes de transit et de développement d’infrastructures nationales.

Coopération économique et formation : un partenariat élargi

Au-delà de l’énergie et de la sécurité, les discussions ont porté sur la formation universitaire, professionnelle et militaire. Alger s’est engagé à élargir ses programmes de bourses et à intensifier les échanges académiques avec le Niger. Les deux chefs d’État ont également évoqué le développement du bloc pétrolier de Kafra, situé dans le nord du Niger, ainsi que la relance des échanges commerciaux transfrontaliers. L’amélioration des infrastructures routières et logistiques figure parmi les priorités.

Cette approche traduit la volonté d’inscrire la relation algéro-nigérienne dans la durée, au-delà de la gestion immédiate de la crise diplomatique. La séquence diplomatique entre Abdelmadjid Tebboune et Abdourahamane Tiani envoie un signal politique à l’ensemble du Sahel : celui d’un dialogue rétabli et d’une coopération pragmatique entre deux acteurs majeurs de la région.

Deux pays historiquement liés

Dans un environnement sécuritaire instable et les incertitudes géopolitiques, l’axe Alger–Niamey pourrait jouer un rôle stabilisateur. L’Algérie consolide sa posture de puissance régionale attentive à ses frontières sud, tandis que le Niger diversifie ses partenariats stratégiques. La visite de Tiani à Alger scelle ainsi la fin d’une période de tensions inhabituelles entre deux pays historiquement liés.

Reste désormais à transformer les engagements politiques en réalisations concrètes sur le terrain, notamment sur le chantier du gazoduc transsaharien et la coordination sécuritaire. Avec cette rencontre, Abdelmadjid Tebboune et Abdourahamane Tiani ont posé les bases d’un nouveau chapitre diplomatique entre l’Algérie et le Niger, dans un Sahel en quête de stabilité et de perspectives économiques durables.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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