
Au SIA, Fert, Intercéréales et Arvalis organisent une rencontre-débat dédiée à la recherche participative au service des agriculteurs africains. Madagascar, Kenya, Côte d’Ivoire : trois terrains, une même conviction.
Le Salon International de l’Agriculture, qui ouvrira ses portes du 21 février au 1ᵉʳ mars 2026 à Paris, mettra cette année la Côte d’Ivoire à l’honneur. C’est dans ce contexte que l’association Fert, aux côtés d’Intercéréales et d’Arvalis, propose une rencontre-débat au titre évocateur : « La recherche par et pour les agriculteurs : un outil de développement ». Un rendez-vous qui place l’Afrique au cœur de la réflexion sur les modèles agricoles de demain.
L’Afrique, terre de recherche paysanne
En Afrique subsaharienne, l’agriculture reste faiblement productive et peine à nourrir une population en croissance rapide. La baisse de fertilité des sols, les effets du changement climatique, la vulnérabilité face aux marchés internationaux et l’affaiblissement des services agricoles de proximité constituent autant de défis structurels. C’est précisément dans ce contexte que la recherche participative, conçue avec et pour les paysans, prend tout son sens.
Depuis plus de quarante ans, l’agri-agence Fert accompagne les agriculteurs africains dans la création et le renforcement de leurs propres organisations : groupements de producteurs, coopératives, caisses de crédit agricole, centres de formation. Née en 1981 à l’initiative des organisations céréalières françaises, Fert intervient aujourd’hui dans huit pays d’Afrique et touche directement près de 60 000 familles. Sa philosophie tient en une conviction : l’agriculteur africain est un entrepreneur responsable, capable de raisonner ses décisions, à condition de disposer des outils collectifs pour le faire.
De Madagascar au Kenya, des résultats concrets
Le débat s’appuiera sur des exemples issus de quatre pays où Fert est engagée de longue date. À Madagascar, où plus de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et où l’agriculture emploie 75 % des actifs, Fert accompagne depuis les années 1980 le Groupe Fifata et ses treize organisations régionales membres. Le partenariat a permis la création de collèges agricoles fédérés au sein de Fekama, qui forment chaque année des jeunes agricultrices et agriculteurs, ainsi que la mise en place d’un réseau de conseil agricole autonome, Cap Malagasy. Cette dynamique d’autonomisation est au cœur de la démarche de l’association.
Au Kenya, Fert collabore depuis 2013 avec la Cereal Growers Association (CGA) pour développer des services pérennes aux producteurs céréaliers, du conseil technique à la commercialisation.
En Côte d’Ivoire, pays invité d’honneur du SIA 2026, l’association travaille avec l’Urmag – Union Régionale des Maraîchers du Gbêkê – et l’Ufacoci – Union Faîtière des Coopératives de coton – entre autres partenaires, pour structurer les filières et renforcer les capacités des organisations de producteurs.
Enfin, le programme TransAgri, soutenu par l’Agence Française de Développement, illustre cette approche multi-pays : en Côte d’Ivoire, au Kenya, à Madagascar et au Malawi, il soutient 47 organisations nationales et régionales et plus de 3 200 organisations locales, avec un objectif d’amélioration des performances des exploitations familiales et une attention particulière portée à la place des femmes et des jeunes.
Des voix africaines au micro

Parmi les intervenantes attendues, Santatra Ravelomanantsoa incarne cette recherche ancrée dans le terrain africain. Chercheuse au Centre national de recherches appliquées pour le développement rural (FOFIFA) de Madagascar, spécialiste en amélioration des plantes et en phytopathologie, elle collabore étroitement avec les organisations de producteurs partenaires de Fert sur la Grande Île. Ses travaux, qui relient science fondamentale et besoins paysans concrets, lui valent de figurer parmi les candidates au Prix de la Fondation FARM, une distinction dotée de 5 000 euros qui récompense les chercheurs du Sud engagés au service du développement agricole durable.
Katja Vuori, directrice générale d’AgriCord, apportera un éclairage international sur les coopérations entre chercheurs et organisations paysannes. Alliance mondiale de treize agri-agences dont Fert est membre fondateur, AgriCord porte notamment le programme FORI, qui documente des initiatives de recherche participative en agroécologie menées par des organisations paysannes à Madagascar, en RDC, au Sénégal ou encore aux Philippines. « Ce qui unit nos membres, c’est un objectif commun : renforcer les organisations de producteurs de manière durable et structurelle, dans une approche de pair à pair », résumait récemment Katja Vuori.
Cette rencontre-débat au Salon de l’Agriculture témoigne d’une conviction partagée entre la France et l’Afrique : face aux défis alimentaires, climatiques et démographiques du continent, la recherche ne vaut que si elle part du terrain et y retourne, portée par des paysans organisés et reconnus.



