Drone au Niger : l’Algérie, futur bouclier aérien de Niamey ?


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L’attaque contestée survenue dans le nord du Niger donne une portée nouvelle au déploiement militaire algérien attendu à Madama. Au-delà des intérêts pétroliers, Alger pourrait fournir à son voisin les capacités de surveillance indispensables à la maîtrise de cet immense espace frontalier.

L’enquête internationale réclamée par Niamey, et à laquelle N’Djamena se dit favorable, devra établir qui a frappé, le 24 octobre, la zone d’Emiloulou, dans la région nigérienne d’Agadez. Le Niger accuse le Tchad d’avoir lancé un drone avec l’appui de la France, provoquant la mort de deux civils et plusieurs blessés. Le gouvernement tchadien dément catégoriquement et demande la publication des preuves avancées par les autorités nigériennes.

En attendant ces vérifications, l’incident rappelle que le Niger ne maîtrise pas encore complètement son immense espace aérien septentrional. C’est précisément dans cette région que l’Algérie s’apprête à déployer des unités de son armée.

Madama, un emplacement hautement stratégique

Le Parlement algérien a autorisé, le 25 octobre, l’envoi d’un détachement de l’Armée nationale populaire au Niger, en réponse à une notification présidentielle datée du 22 octobre.

Ces militaires doivent s’installer à Madama, dans l’extrême nord du pays. Ce sera, une fois effectif, le premier envoi officiel de troupes algériennes à l’étranger depuis la guerre israélo-arabe de 1973. Fin août, Alger avait déjà dépêché deux patrouilles d’avions de chasse au Niger, à la demande de Niamey.

Lire aussi : Pourquoi l’Algérie vise la base de Madama, à l’écart du futur gazoduc transsaharien

La mission annoncée porte sur la protection des intérêts énergétiques et économiques communs. Sonatrach développe notamment le bloc pétrolier de Kafra et participe au projet de gazoduc transsaharien devant relier le Nigeria à l’Algérie en traversant le Niger. Mais la localisation pressentie donne au déploiement une dimension dépassant largement la sécurité de quelques installations industrielles.

Madama se trouve à proximité de la passe de Salvador, un carrefour emprunté par des trafiquants, des groupes armés et des réseaux circulant entre le Niger, la Libye et l’Algérie. L’armée française y avait aménagé en 2014 une base avancée de l’opération Barkhane, chargée de surveiller les itinéraires venus du sud libyen, avant de la quitter en 2023.

Or, selon plusieurs comptes rendus, la frappe attribuée par Niamey au Tchad aurait précisément touché le secteur de la passe de Salvador. Cette proximité transforme ainsi l’incident en premier test grandeur nature de la future présence algérienne.

Des moyens qui manquent encore à Niamey

Le Niger a annoncé le renforcement de sa surveillance aérienne et de ses frontières. Encore faut-il disposer de radars, de moyens de renseignement, de drones d’observation et d’appareils capables d’intervenir rapidement dans un territoire désertique plus vaste que plusieurs pays européens réunis.

L’Algérie possède justement cette profondeur opérationnelle. Son aviation, déjà engagée au Niger depuis la fin de l’été, s’appuie sur une longue pratique de la surveillance saharienne, et ses services connaissent de près les réseaux actifs entre la Libye, le Mali et le Niger. Son soutien pourrait d’abord porter sur le renseignement, en donnant à l’armée nigérienne les moyens de repérer les menaces avant qu’elles ne se concrétisent, sans se substituer à elle sur le terrain.

Alger pourrait ainsi combler une partie du vide laissé par le retrait français et américain, sans reproduire le modèle d’intervention occidentale.

En se portant au-devant de cette menace, l’Algérie adapte sa doctrine défensive à une réalité géographique, la sécurité de son grand Sud se jouant désormais aussi dans le nord du Niger.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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