ONU : la Chine plaide pour l’Afrique, mais ferme la porte à l’Inde et au Japon


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Le Président chinois Xi Jinping
Le Président chinois Xi Jinping

Au Forum de Xiong’an sur la gouvernance mondiale, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a de nouveau défendu une réforme du Conseil de sécurité des Nations unies qui donnerait la priorité aux pays en développement, et d’abord à l’Afrique. Le continent ne dispose d’aucun siège permanent. La Chine se présente comme le porte-parole du Sud global. Les termes choisis par Pékin restent pourtant prudents. Le forum a réuni des participants venus de plus de 90 pays.

Le Forum de Xiong’an sur la gouvernance mondiale a servi de prétexte à Wang Yi pour porter la toge de l’avocat de l’Afrique. Le ministre chinois des Affaires étrangères a souhaité une réforme du Conseil de sécurité des Nations qui répond aux aspirations africaines par des « arrangements spéciaux ». La formule reste plus vague que la position commune africaine. Le consensus d’Ezulwini, adopté en Eswatini en 2005, puis la déclaration de Syrte réclament au moins deux sièges permanents pour l’Afrique.

Des « arrangements spéciaux » plutôt que des sièges

Si Wang Yi n’a cité aucun chiffre, il évoque les mêmes prérogatives que les membres actuels, y compris le droit de veto, ainsi que cinq sièges non permanents. Cette prudence s’explique en partie par un autre dossier. Quatre pays, l’Inde, le Japon, l’Allemagne et le Brésil, regroupés au sein du G4, réclament eux aussi des sièges permanents. Ils soutiennent officiellement la position commune africaine, ce qui leur permet de chercher l’appui des 54 États du continent. La Chine s’oppose à l’élargissement des membres permanents tel que le propose le G4, en particulier à l’entrée du Japon et de l’Inde, ses deux grands rivaux en Asie.

Les pays du G4 accusent régulièrement Pékin de freiner les négociations intergouvernementales sur la réforme, ouvertes depuis plus de quinze ans à l’Assemblée générale. Dans une lettre commune, ils ont dénoncé, sans citer la Chine, ceux qui se servent de ce processus comme d’un écran de fumée pour éviter toute réforme. En juin, le ministère chinois a écrit que l’injustice historique subie par l’Afrique devait être traitée en priorité, sans parler de sièges permanents ni de veto.

Le G4 dans le viseur

Pour Pékin, mettre l’Afrique en avant présente un double avantage. La Chine se pose en défenseur du continent, avec lequel elle entretient des liens économiques et politiques étroits. Elle peut aussi soutenir qu’une réforme doit d’abord régler la question africaine avant d’examiner les candidatures du Japon ou de l’Inde. Toute modification de la Charte des Nations unies exige en outre la ratification des cinq membres permanents, ce qui donne à la Chine un droit de blocage.

L’Afrique ne manque pas de soutiens déclarés. Le G4, la France et d’autres membres de l’ONU se disent eux aussi favorables à une meilleure représentation du continent. Pourtant, aucune réforme n’a abouti à l’Assemblée générale depuis l’adoption du consensus d’Ezulwini, il y a plus de vingt ans. À Xiong’an, Wang Yi n’a proposé aucun candidat africain. Il n’a pas non plus précisé quels pouvoirs seraient accordés aux nouveaux membres, ni s’ils disposeraient du droit de veto.

La sécurité, l’autre volet de l’offre chinoise

Ce discours s’ajoute à une présence chinoise grandissant dans le domaine de la sécurité. Le quatrième Forum Chine-Afrique sur la paix et la sécurité, achevé le 17 septembre à Pékin, a réuni des représentants de 41 pays. Le ministre de la Défense, Dong Jun, y a confirmé la feuille de route adoptée en 2024, avec un milliard de yuans (environ 130 millions d’euros) d’aide militaire, la formation de 6 000 soldats africains et l’accueil de 500 jeunes officiers.

La Chine dispose déjà d’une base militaire à Djibouti. L’Union africaine réclame de son côté des résultats concrets, notamment pour sa base logistique continentale de Douala, au Cameroun. L’instance rappelle que la sécurité africaine doit rester dirigée par les Africains. Sur la réforme de l’ONU, elle devra dire à terme si elle maintient son exigence de deux sièges permanents avec droit de veto, ou si elle accepte les « arrangements spéciaux » évoqués par Pékin.

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