
Au Cameroun, les enfants autistes et leurs familles restent confrontés aux préjugés, au manque de structures adaptées et aux difficultés d’accès à l’éducation. Charles Nombot, président fondateur de l’association Hope For Autism Cameroun et lui-même père d’un enfant autiste, se bat pour faire évoluer les mentalités.
À l’approche de la sixième édition de la Caravane de Noël pour l’inclusion, qui prévoit de distribuer 500 jeux éducatifs dans six villes du pays, il revient sur les obstacles rencontrés par les familles et les progrès encore nécessaires.
Au Cameroun, l’autisme est parfois associé à la sorcellerie. Quelles conséquences pour les enfants ?
Charles Nombot : Malheureusement, certaines croyances conduisent encore des familles à considérer l’autisme comme une malédiction ou une manifestation de la sorcellerie. Ces préjugés entraînent la stigmatisation, le rejet, parfois des violences, et surtout un retard dans le diagnostic et l’accompagnement des enfants. En tant que parent d’un enfant autiste, je sais combien le regard des autres peut être difficile à supporter. Il est essentiel de rappeler que l’autisme est un trouble du neurodéveloppement, et non une malédiction. Nos enfants ont besoin d’amour, de compréhension, d’un accompagnement adapté et de possibilités de s’épanouir pleinement.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les familles d’enfants autistes ?
Charles Nombot : Les familles font face à plusieurs difficultés : le manque de spécialistes et de structures adaptées, le coût élevé des consultations et des prises en charge, les difficultés d’accès à une éducation inclusive, mais aussi l’isolement et le regard parfois blessant de la société. Beaucoup de parents manquent d’informations et de soutien. Certains doivent se battre quotidiennement pour que leur enfant soit accepté à l’école et dans la communauté. Il est donc indispensable d’accompagner les parents, de former les professionnels et de rendre les services spécialisés plus accessibles.
Qu’est-ce qui vous a poussé à créer Hope For Autism Cameroun ?
Charles Nombot : C’est d’abord mon vécu de père d’un enfant autiste qui m’a poussé à agir. Face aux difficultés rencontrées par nos familles, j’ai compris que nous ne pouvions pas rester seuls face aux préjugés, au manque d’informations et à l’insuffisance de solutions d’accompagnement. J’ai créé Hope For Autism Cameroun en décembre 2021 avec la conviction que nos enfants méritent les mêmes chances que les autres. Notre association rassemble des parents et des professionnels pour sensibiliser, former, accompagner les familles et promouvoir l’autonomie et l’inclusion des personnes autistes. Mon combat est aussi un engagement pour les générations futures : je veux contribuer à bâtir une société où aucun enfant ne sera condamné à l’exclusion à cause de sa différence.
Comment les 500 jeux d’éveil distribués vont-ils aider les enfants et leurs familles ?
Charles Nombot : Ces 500 jeux d’éveil et éducatifs représentent bien plus que de simples cadeaux de Noël. Ils constituent des outils pour favoriser les apprentissages, la communication, la motricité, la créativité et les interactions sociales des enfants, selon leurs besoins et leurs capacités. Ils permettront également aux parents de partager des moments de jeu avec leurs enfants et de mieux comprendre leurs façons d’apprendre et de communiquer.
À travers la 6ᵉ édition de notre Caravane de Noël pour l’inclusion, organisée du 8 au 18 décembre 2026 dans six villes du Cameroun, nous voulons toucher 500 enfants et rappeler que chaque enfant mérite de jouer, d’apprendre, d’être accompagné et de participer à la vie de sa communauté.
Le regard sur l’autisme évolue-t-il au Cameroun ? Que faudrait-il changer en priorité ?
Charles Nombot : Oui, je constate une évolution progressive grâce aux efforts des associations, des familles, des professionnels et des médias. La parole se libère et l’autisme devient plus visible. Mais beaucoup reste à faire. La priorité est de renforcer la sensibilisation pour combattre les croyances et les préjugés, de faciliter le diagnostic précoce, de former davantage de spécialistes et d’enseignants, et de rendre l’éducation ainsi que l’accompagnement accessibles à toutes les familles, y compris les plus modestes. Nous avons aussi besoin d’un engagement plus fort des pouvoirs publics et des entreprises.
L’inclusion ne doit pas se limiter aux discours : elle doit se traduire par des actions concrètes. Ensemble, faisons de la différence une richesse et construisons un monde où chaque enfant a sa place.

Charles Nombot Président fondateur de Hope For Autism Cameroun « Accepter l’autisme, c’est accepter la différence. »





