
Au Cameroun, l’autisme reste entouré de préjugés qui peuvent conduire à l’exclusion des enfants et à l’isolement des familles. Pour contribuer à changer les mentalités, l’association française DNA sans frontières s’associe à Hope For Autism Cameroun. Ensemble, elles préparent une opération de solidarité qui permettra de distribuer 500 jeux d’éveil aux familles, tout en sensibilisant les parents à l’accompagnement de leurs enfants.
Quelle est la réalité du quotidien pour une famille confrontée à l’autisme au Cameroun aujourd’hui ? Quels sont les principaux obstacles entre le diagnostic, la prise en charge et le regard de la société ?
Cédric Barbiero : Je parle avec prudence, parce que ce sont Charles Nombot et son équipe qui vivent cette réalité tous les jours. Ce qu’ils nous racontent est dur. L’autisme y est encore souvent attribué à un mauvais sort ou à « l’esprit de l’eau ». Des enfants sont cachés, d’autres abandonnés au bord des rivières. Beaucoup de parents n’ont jamais eu la moindre explication sur ce que vit leur enfant. Le premier obstacle n’est donc pas médical, c’est le regard. Et quand un jeu d’éveil coûte une dizaine d’euros pour un salaire d’environ 100 euros par mois, l’accompagnement à la maison devient vite un luxe.
Comment s’est faite la connexion entre DNA et Hope For Autism Cameroun, et qu’est-ce qui vous a convaincu de vous engager ensemble sur ce projet ?
Cédric Barbiero : Nous nous sommes rencontrés, Charles Nombot et moi, à la fin de l’année dernière, lors d’un colloque organisé par Didier Moguelet, vice-président de l’Agefiph. Charles m’a parlé de sa Caravane de Noël, chaque fin d’année, son équipe va à la rencontre des familles, dans le sud du Cameroun, pour leur expliquer ce qu’est l’autisme. J’ai trouvé ça tellement juste que j’ai voulu absolument les aider. À Oullins-Pierre-Bénite, nous sensibilisons le grand public aux handicaps depuis 2022. Nous partageons la même conviction : avant les moyens, il faut changer le regard.
500 jeux d’éveil pour aider les familles à accompagner leurs enfants
Vous prévoyez d’acheminer 500 jeux d’éveil adaptés. Concrètement, comment ces outils vont-ils être intégrés sur place et comment allez-vous former les équipes locales à leur utilisation ?
Cédric Barbiero : Les jeux seront remis directement aux familles rencontrées pendant la caravane, par l’équipe de Hope For Autism, qui connaît ces familles. Comme le dit Charles, quand on explique ce qu’est l’autisme et qu’on montre aux parents comment jouer avec leur enfant, leur regard change. Le jeu sert de point d’entrée : c’est souvent le premier moyen de communiquer et d’apprendre.
Sur quels critères allez-vous cibler et accompagner les familles qui bénéficieront directement de cette caravane ?
Cédric Barbiero : C’est Hope For Autism qui connaît le terrain : ce sont les familles que la caravane rencontre sur son parcours, dans le sud du pays, qui recevront les jeux. Nous ne venons pas avec nos propres critères. Nous venons en appui d’une équipe qui fait ce travail toute l’année.
Au-delà de Noël, construire une solidarité durable autour de l’autisme
Pouvez-vous raconter une rencontre où votre intervention a changé le regard d’une famille sur son enfant ?
Cédric Barbiero : Nous ne sommes pas encore partis, alors je laisse la parole à Charles : « Beaucoup de familles pensent encore que leur enfant est puni ou possédé. Dans beaucoup de familles que nous rencontrons, l’enfant n’a jamais eu de jeu à lui. » C’est exactement ce que nous voulons changer, et ce que nous vous raconterons à notre retour.
S’agit-il d’un coup de projecteur ponctuel pour les fêtes de fin d’année, ou posez-vous là les bases d’un partenariat durable sur plusieurs années et d’une opération à renouveler dans un autre pays ?
Cédric Barbiero : Nous voulons construire dans la durée. « DNA sans frontières » a été pensé pour revenir chaque année. Si cette première édition réussit, nous continuerons avec Hope For Autism. Et nous ramènerons de Douala un documentaire, pour que le sujet continue d’exister ici une fois les fêtes passées. Le handicap n’a pas de frontières. Notre solidarité non plus.




