Diaspora scientifique : l’Algérie veut reconnecter ses cerveaux au pays de l’innovation


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illustration diaspora scientifique algérienne
illustration diaspora scientifique algérienne

Longtemps réduite à la question de la « fuite des cerveaux », la diaspora scientifique algérienne revient dans l’actualité sous un jour plus constructif. En installant le Haut conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger, Alger tente de transformer ses chercheurs expatriés en relais durables de son économie de la connaissance.

En quelques semaines, plusieurs signaux ont montré la volonté des autorités algériennes de mieux articuler l’université, la recherche et le financement de l’innovation. Le 28 juin, la réunion constitutive du Haut conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger s’est tenue au pôle scientifique et technologique Chahid Abdelhafid-Ihaddaden de Sidi Abdellah, près d’Alger, en présence de 31 chercheurs et experts algériens installés dans différents pays, dont 24 sur place et 7 en visioconférence. Deux semaines plus tard, le 14 juillet, CRAPC Expertise, filiale économique d’un centre national de recherche, faisait son entrée à la Bourse d’Alger. Entre les deux, le Conseil des ministres du 12 juillet a remis l’écosystème des start-up au centre de la stratégie économique, avec un appel à associer davantage le secteur privé au financement des projets innovants.

Ces événements montrent que l’Algérie cherche désormais à les connecter à une économie de la connaissance en construction.

Un conseil rattaché directement à la Présidence

Créé sur décision du Conseil des ministres du 21 juin, le Haut conseil est un organe consultatif placé sous l’autorité de la Présidence de la République, doté de l’autonomie financière et administrative. Ce rattachement confère à l’instance un poids politique que n’aurait pas une simple structure ministérielle, et le ministre de l’Enseignement supérieur, Kamel Baddari, y a vu à l’ouverture des travaux la marque d’une reconnaissance officielle de la valeur des scientifiques algériens établis à travers le monde.

Parmi les 31 membres figurent des personnalités de premier plan : le professeur Elias Zerhouni, ancien directeur des National Institutes of Health américains, désigné coordinateur du comité constitutif, l’inventeur Belgacem Haba, figure de l’industrie des semi-conducteurs, ou encore le physicien Noureddine Melikechi. Des chercheurs venus des États-Unis, de France, de Suède et d’Australie ont pris part à la réunion.

L’objectif est de bâtir un canal durable entre ces compétences et les priorités nationales, de l’intelligence artificielle à la cybersécurité, en passant par la santé, les énergies renouvelables et la valorisation de la recherche publique. La feuille de route esquissée par le ministre tient en deux missions : relier les scientifiques de l’étranger aux universités et centres de recherche du pays, et mettre en place un dispositif de veille scientifique et technologique sur lequel l’Algérie pourra s’appuyer.

L’expertise plutôt que le retour

Pendant longtemps, les pays du Sud ont posé la question de la diaspora scientifique en termes de retour physique. Comment faire revenir ceux qui sont partis ? Aujourd’hui l’Algérie adopte une approche plus réaliste. Beaucoup de chercheurs ont construit ailleurs leurs carrières et leurs réseaux. Leur expertise, en revanche, peut circuler et leurs apports peuvent être décisifs avec un encadrement de doctorants, la codirection de projets, des partenariats universitaires, du mentorat de start-up ou un appui à la valorisation industrielle des brevets.

Cette approche rejoint le chantier de l’intelligence artificielle. Le 8 juillet, le ministère de l’Enseignement supérieur a présenté une offre universitaire tournée vers les métiers de demain, avec 13 nouvelles spécialités, dont un cursus d’ingénieur d’État en intelligence artificielle destiné à former 30 000 spécialistes à l’horizon 2030, ainsi que des masters en technologies quantiques ou en mécanique des systèmes spatiaux. Pour atteindre une telle ambition, les universités algériennes auront besoin de moyens, mais aussi de réseaux internationaux. C’est là que la diaspora peut jouer un rôle d’accélérateur.

La recherche publique entre en Bourse

L’introduction de CRAPC Expertise à la Bourse d’Alger donne un autre relief à cette stratégie. Créée en 2013, cette filiale du Centre de recherche scientifique et technique en analyses physico-chimiques (CRAPC) est la première entreprise issue d’un centre national de recherche à accéder au marché financier algérien. L’opération, réservée aux filiales des établissements publics scientifiques, des universités et des centres de recherche, a porté sur 39 000 actions nouvelles au prix unitaire de 1 600 dinars, soit une levée de 62,4 millions de dinars, avec une demande supérieure de 4,55 % à l’offre. Avec cette cotation, suivie le lendemain de celle de la société technologique Ayrade, la Bourse d’Alger compte désormais dix sociétés.

Les montants restent modestes, mais la recherche publique devient aussi un actif économique. Si cette dynamique se confirme, elle peut ouvrir la voie à d’autres passerelles entre laboratoires, investisseurs et marchés.

L’actualité de ce mois de juillet indique en tout cas une direction. En reliant ses chercheurs de l’étranger, ses universités et ses instruments financiers, l’Algérie déplace le débat. Désormais la question n’est plus de savoir combien de cerveaux sont partis, mais comment les associer, depuis leurs laboratoires de Baltimore, de Rennes ou de Melbourne, au développement du pays.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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