
L’Ibrahim Index of African Governance crédite l’Algérie d’une progression de 7,9 points en matière de lutte contre la corruption sur la décennie 2014-2023, l’une des plus fortes du continent. Une trajectoire qui recoupe, depuis 2020, la politique de moralisation de la vie publique engagée par Abdelmadjid Tebboune après les années Bouteflika.
Dans le tableau de la gouvernance algérienne, un indicateur se détache, celui de la lutte contre la corruption. Les données de l’édition 2024 de l’Ibrahim Index of African Governance (IIAG), qui couvrent la période 2014-2023, placent l’Algérie au 25e rang africain dans la sous-catégorie « Anti-Corruption », avec un score de 42,5 sur 100. Le niveau reste moyen à l’échelle du continent, mais le pays gagne 7,9 points en dix ans. Dans le profil pays établi par la Fondation Mo Ibrahim, l’anticorruption figure parmi les trois principaux moteurs de l’amélioration algérienne, derrière les infrastructures et la protection sociale.
Le détail des indicateurs montre que le mouvement dépasse les campagnes judiciaires ponctuelles. L’Algérie gagne 19,6 points sur l’absence de corruption dans le secteur privé entre 2014 et 2023, 12,5 points sur les mécanismes anticorruption et 10,6 points sur l’absence de corruption dans le secteur public, où elle se hisse au 14e rang africain. La progression touche donc aussi bien les dispositifs institutionnels que le fonctionnement de l’administration et l’environnement économique. Une progression qui devrait se poursuivre, la lutte contre la corruption ayant été encore renforcée dans le second mandat du président Tebboune.
Une priorité de tebboune
Cette trajectoire recoupe l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune au pouvoir. Élu fin 2019 dans le sillage du Hirak et de la chute d’Abdelaziz Bouteflika, le président algérien a présenté dès 2020 la lutte contre la corruption comme un pilier de la restauration de la confiance entre l’État et les citoyens, après les enquêtes de 2019 qui avaient conduit de hauts responsables de l’ancien système devant la justice.
La rupture voulue par Alger s’est d’abord traduite par un changement de cadre. La Constitution révisée de 2020 consacre la prévention et la répression de la corruption. La loi 22-08 du 5 mai 2022 fixe ensuite l’organisation, la composition et les attributions de la Haute autorité de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption, institution indépendante dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière. Ses missions couvrent le contrôle des déclarations de patrimoine, l’enquête administrative et financière sur les signes d’enrichissement illicite des fonctionnaires publics, l’évaluation des dispositifs juridiques, la coopération internationale et un rapport annuel adressé au président de la République.
Renforcement en 2022
L’année 2022 constitue le moment charnière de cette séquence. Salima Mousserati et les membres du Conseil de la Haute autorité sont nommés par décrets présidentiels du 17 juillet 2022, pour un mandat de cinq ans. Au-delà de l’affichage politique, Alger installe un outil permanent, distinct des seules procédures judiciaires.
Le 28 juin 2026, lors des consultations menées au titre de l’article IV, une délégation du FMI s’est vu présenter la Stratégie nationale de transparence, l’indice de performance d’intégrité (IPI) « Nazaha », les procédures de déclaration de patrimoine, les mécanismes de signalement des faits présumés de corruption et la transformation numérique de la Haute autorité, autant de réformes présentées comme conduites sous l’impulsion du chef de l’État.
L’actualité de ces derniers jours confirme cette montée en régime. Ainsi, samedi 11 juillet, Alger a accueilli une journée d’étude consacrée à l’indice « Nazaha », sous le haut patronage du président Tebboune, à l’occasion de la Journée africaine de lutte contre la corruption. Salima Mousserati y a expliqué que l’Algérie demeurait un partenaire actif des initiatives africaines pour le développement des systèmes d’intégrité et de gouvernance, rappelant au passage l’élection du pays à la deuxième vice-présidence de l’Association des autorités anti-corruption d’Afrique (AAACA), pour un mandat de quatre ans. Alger cherche désormais à peser sur la norme continentale en matière d’intégrité publique.
Les chiffres Mo Ibrahim sont une garantie d’indépendance
L’intérêt des chiffres Mo Ibrahim tient à leur caractère externe. L’IIAG agrège des données issues de dizaines de sources indépendantes et mesure les performances sur une décennie. Le cadrage continental renforce d’ailleurs la singularité du cas algérien car dans le data brief préliminaire du IIAG 2026 publié en juillet, la Fondation observe que la moyenne africaine de l’anticorruption a d’abord reculé jusqu’en 2020 avant de connaître une reprise durable, et que seuls 26 pays ont progressé sur la décennie. La moyenne continentale n’a gagné que 0,5 point entre 2016 et 2025, passant de 38,6 à 39,1, loin des 7,9 points engrangés par l’Algérie sur la période 2014-2023.
Les données détaillées par pays de l’édition 2024 s’arrêtent à 2023. Ainsi, elle ne couvrent pas le second mandat de Tebboune qui a vu une accélération de la politique de lutte contre la corruption. La progression sur dix ans inclut aussi une période antérieure à son arrivée au pouvoir.
En l’état, l’indice Mo Ibrahim fournit au pouvoir algérien un argument mesurable, validé par une source tierce, à l’appui de l’un des axes majeurs de sa politique depuis 2020 : la moralisation de la vie publique.




