Algérie : Tebboune poursuit le ménage, son ex-ministre Ali Aoun condamné à cinq ans pour corruption


Lecture 5 min.
Ali Aoun
Ali Aoun

Le pôle pénal économique et financier d’Alger a rendu son verdict lundi 20 avril 2026 dans l’affaire Imétal. Ali Aoun, ancien ministre de l’Industrie, a été condamné à cinq ans de prison ferme et placé immédiatement en détention. Une condamnation supplémentaire dans la série de procès pour corruption engagés depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune.

La troisième chambre du pôle pénal économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed a condamné Ali Aoun à cinq ans d’emprisonnement ferme, assortis d’une amende d’un million de dinars algériens, soit environ 6 500 euros. Celui qui comparaissait libre depuis l’ouverture du procès le 7 avril a été placé en détention dès la fin de l’audience. Le parquet avait requis douze ans de prison. Désormais, l’ancien ministre, âgé de 79 ans, dispose de dix jours pour faire appel. L’affaire avait connu quatre reports successifs depuis février 2026, à la demande des avocats de la défense.

Des contrats signés à Nouakchott, des commissions occultes présumées

L’affaire concerne le groupe public Imétal, spécialisé dans les industries métallurgiques et sidérurgiques, aujourd’hui rebaptisé Société nationale de sidérurgie. Selon les éléments de l’instruction, les prévenus ont manipulé des appels d’offres, conclu des contrats illégaux favorisant des opérateurs privés et géré de manière irrégulière des logements de fonction et des cessions d’actifs industriels, dont l’usine Kia Motors de Batna.

Au centre du dossier, un intermédiaire surnommé « Nounou Manita », identifié comme Abdelmoula Abdennour, homme d’affaires oranais présenté comme un ami d’Ali Aoun et de son fils Mehdi. Selon l’enquête, des responsables de filiales d’Imétal ont participé avec lui à un événement de l’Union arabe des mines et de l’acier à Nouakchott, en Mauritanie, où des contrats auraient été signés « en contrepartie de commissions ». Il lui est par ailleurs reproché d’avoir obtenu la réinstallation de l’ancien PDG de Fondal après son limogeage par la direction du groupe. Un homme d’affaires a reconnu à l’audience avoir versé des fonds au fils d’Ali Aoun pour faciliter des transactions avec des filiales d’Imétal.

« Je ne sais rien » : la défense d’Ali Aoun

Durant les audiences, Ali Aoun a rejeté l’ensemble des accusations. Il a affirmé à plusieurs reprises « ne rien savoir » des faits qui lui sont reprochés, notamment la mission en Mauritanie de septembre 2024. De même, interrogé sur les témoignages affirmant que « Nounou Manita » agissait en son nom, il a dénoncé des mensonges et contesté les accusations relatives au règlement des dettes de son fils par des tiers. Ses avocats ont plaidé l’innocence en arguant d’une absence de preuves matérielles et en soutenant la régularité des décisions administratives prises à l’époque des faits. Enfin, pour sa défense , Ali Aoun avait convoqué un proverbe arabe : « 3ach maksseb, mat ma klhella », littéralement « il a vécu sans posséder, il est mort sans rien laisser ».

Son fils condamné à six ans, Charaf-Eddine Amara acquitté

Le procès impliquait 26 accusés. Mehdi Aoun, fils de l’ex-ministre, a écopé de six ans de prison ferme. Abdelmoula Abdennour dit « Nounou Manita » et l’investisseur Sami Bouguetaya ont été condamnés à dix ans chacun. Le PDG du complexe d’El Hadjar, Karim Boulaioune, et le directeur général de la fonderie Fondal, Salah Nouredine, ont chacun reçu une peine de trois ans. En revanche, Charaf-Eddine Amara, ex-PDG du groupe Madar et ancien président de la Fédération algérienne de football, a été acquitté, tout comme d’autres gestionnaires publics poursuivis dans le même dossier.

Un passé judiciaire déjà chargé

Ce n’est pas la première fois qu’Ali Aoun se retrouve devant les tribunaux. Ingénieur formé en Belgique, ancien PDG de Saidal pendant douze ans (1995-2008), il avait été mis en cause dans l’affaire de la banque Khalifa au début des années 2000, condamné pour avoir déposé des fonds du groupe Saidal dans cette banque privée en contrepartie de véhicules de luxe. Condamné à deux ans ferme en 2007, rejugé et condamné avec sursis en 2020, il avait finalement été acquitté en 2022. Cette issue judiciaire lui avait permis de réintégrer les cercles du pouvoir économique et d’obtenir des responsabilités gouvernementales. La condamnation du 20 avril 2026 clôt un parcours judiciaire commencé près de vingt ans plus tôt.

Comment le verdict a été reçu

En Algérie, la couverture a été large mais sobre. TSA, El Khabar, Le Matin d’Algérie, Algérie Eco et Algérie 360 ont rendu compte des faits sans commentaire éditorial. Le Courrier d’Algérie, cité par des observateurs judiciaires, avait anticipé l’intérêt du dossier en notant que ce verdict était « particulièrement attendu car il traite de la gestion d’un fleuron de l’industrie nationale et des mécanismes de contrôle au sein des entreprises publiques ». Maghreb Émergent pour sa part, a mis en avant le parcours d’Ali Aoun dans un portrait intitulé « De Saidal au banc des accusés : fin de partie pour une figure du management public ».

À l’international, l’AFP a repris le verdict en le situant dans « la campagne anticorruption menée par les autorités » depuis 2019.

La lutte anticorruption, marqueur politique du régime Tebboune

Depuis 2019, les procès pour corruption se succèdent en Algérie à un rythme soutenu. Anciens Premiers ministres, oligarques, généraux, patrons de groupes publics, plusieurs centaines de personnalités ont été poursuivies et condamnées. Cette politique judiciaire constitue l’un des axes du régime Tebboune. Le Président algérien en a fait un argument de rupture avec les pratiques de la Issaba, terme désignant la clique de l’ère Bouteflika.

La condamnation d’Ali Aoun est la preuve que les poursuites ne s’arrêtent pas aux cercles prédécesseurs.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News