Reprise de la guerre en Iran : quel impact pour l’Algérie, le Maroc et la Tunisie ?


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Ormuz, Bab el Mandeb et mer rouge
Ormuz, Bab el Mandeb et mer rouge

À peine un mois après la signature de l’accord qui devait mettre fin à la guerre en Iran, les hostilités ont repris entre Washington et Téhéran. Le détroit d’Ormuz est de nouveau bloqué et le baril se rapproche des 90 dollars. Pour l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, cette nouvelle escalade ravive les vulnérabilités que le premier choc pétrolier du printemps avait déjà mises au jour.

Le protocole d’accord signé le 17 juin à Versailles, en marge du G7 d’Évian, n’aura résisté que quelques semaines. Depuis le 9 juillet, les États-Unis et l’Iran échangent de nouveau des frappes, chacun accusant l’autre d’avoir violé les engagements destinés à garantir la réouverture durable du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.

Mardi 14 juillet, plusieurs explosions ont été signalées aux abords du détroit, tandis que Donald Trump annonçait le rétablissement du blocus naval américain. Les marchés ont immédiatement réagi : le prix du pétrole est reparti à la hausse et se rapproche désormais du seuil des 90 dollars. Il reste encore loin des sommets compris entre 128 et 140 dollars atteints en mars, au plus fort de la guerre déclenchée le 28 février, mais il est très au dessus de son cours habituel de 70-75 dollars.

Pour les trois principales économies du Maghreb, cette nouvelle crise rappelle celle du printemps. Entre mars et avril, la fermeture de fait du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole consommé dans le monde, avait provoqué ce que l’Agence internationale de l’énergie présentait alors comme le plus important choc d’approvisionnement en énergies fossiles depuis plusieurs décennies.

Le cessez-le-feu avait permis aux cours de refluer et aux gouvernements de reprendre leur souffle. La reprise des combats intervient cependant alors que les finances publiques du Maroc et de la Tunisie portent encore les traces du premier épisode.

L’Algérie, principale bénéficiaire régionale de la hausse

Alger occupe une position particulière. Exportatrice de pétrole et de gaz, l’Algérie voit mécaniquement ses recettes progresser lorsque les prix des hydrocarbures augmentent. Son gaz devient également plus attractif pour les pays européens, qui cherchent à limiter leur dépendance au gaz naturel liquéfié acheminé depuis le Golfe et exposé aux perturbations du trafic maritime.

À l’intérieur du pays, les consommateurs restent largement protégés des variations internationales. Grâce aux subventions publiques, le litre d’essence sans plomb est vendu depuis janvier à 47 dinars, soit environ 0,30 euro, un niveau qui demeure parmi les plus faibles au monde.

Pour l’Algérie, la reprise des hostilités prolonge donc une conjoncture favorable aux recettes budgétaires et aux réserves de change.

Le Maroc et la Tunisie sous pression budgétaire

La situation est radicalement différente au Maroc et en Tunisie. Rabat importe environ 94 % de ses besoins énergétiques. Toute remontée durable des cours alourdit donc sa facture pétrolière, dégrade sa balance commerciale et renchérit les coûts de production et de transport.

La Tunisie apparaît encore plus exposée. La loi de finances 2026 a été élaborée sur la base d’un baril à 63,3 dollars. Selon les estimations disponibles, chaque dollar supplémentaire représenterait un coût d’environ 160 millions de dinars pour le Trésor tunisien.

Lors du premier épisode de la guerre, alors que le brut oscillait entre 95 et 140 dollars, le surcoût potentiel avait été évalué jusqu’à 7 milliards de dinars. Une nouvelle flambée prolongée replacerait Tunis face à un choix difficile, augmenter les prix à la pompe, au risque d’alimenter les tensions sociales, ou absorber une partie du choc en creusant un déficit déjà étroitement surveillé par ses créanciers.

Le Maroc dispose de marges de financement plus importantes, mais il ne serait pas épargné. Une hausse des dépenses énergétiques pèserait sur les entreprises, les ménages et le budget de l’État, notamment si Rabat devait renforcer ses mécanismes de soutien pour limiter la transmission de l’inflation internationale aux prix intérieurs.

Un second semestre à haut risque

L’ampleur du choc dépendra avant tout de la durée du blocage du détroit d’Ormuz. Selon des estimations israéliennes rapportées le 14 juillet, Washington se préparerait à la possibilité d’un retour à un affrontement de grande ampleur dans les prochaines semaines.

Un conflit prolongé maintiendrait les cours du pétrole et du gaz à des niveaux élevés. Il provoquerait également une augmentation du coût du fret et des assurances maritimes, y compris en Méditerranée, tout en compliquant l’approvisionnement des raffineries de la région.

Après un printemps qui a déjà entamé les marges de manœuvre budgétaires de Rabat et de Tunis, le Maghreb aborde cette nouvelle phase de la guerre avec des protections affaiblies. L’Algérie peut espérer en tirer des revenus supplémentaires. Pour ses deux voisins, le retour du risque pétrolier annonce surtout un second semestre placé sous forte tension économique et sociale.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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