Détroit d’Ormuz : la réouverture ne suffira pas à effacer le choc pour les pays vulnérables


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Réouverture du Détroit d'Ormuz et conséquences pour l'Afrique
Réouverture du Détroit d'Ormuz et conséquences pour l'Afrique

La réouverture du détroit d’Ormuz constitue une bonne nouvelle pour le commerce mondial. Elle ne referme pas pour autant la crise ouverte par plusieurs mois de perturbations sur l’une des routes maritimes les plus sensibles de la planète.

Dans une nouvelle analyse publiée mardi, la CNUCED avertit que les économies les plus fragiles continueront de payer la facture : carburants encore chers, engrais d’accès incertain, transport renchéri et pression sur des budgets publics déjà tendus.

Un passage étroit, un choc mondial

Le détroit d’Ormuz occupe une place à part dans la géographie du commerce maritime. La CNUCED rappelle qu’il concentre environ un quart du commerce mondial de pétrole transporté par mer, ainsi que des volumes importants de gaz naturel liquéfié et d’engrais. Une perturbation locale s’y propage donc vite à l’échelle mondiale, touchant l’énergie, le fret, l’agriculture et les chaînes d’approvisionnement.

La réouverture écarte le scénario le plus brutal, celui d’un blocage durable du trafic. L’organisation onusienne insiste néanmoins sur un point : les effets ne se dissipent pas du jour au lendemain dès que les navires repassent. Les systèmes alimentaires et de transport mettront probablement plus de temps à se rétablir que les marchés de l’énergie, les chaînes d’approvisionnement perturbées ayant besoin de davantage de temps pour se réorganiser après plus de cent jours de perturbations sévères.

Les pays pauvres en première ligne

Dans son rapport, la CNUCED a identifié 61 économies vulnérables exposées aux chocs sur les importations de pétrole et de céréales liés à la perturbation du détroit. Pour ces pays, une hausse du baril ne se résume pas à la facture énergétique : elle renchérit aussi les transports, l’alimentation, l’électricité, les importations et parfois le service de la dette. L’agence souligne un effet particulièrement alarmant : une hausse de 5 % des prix alimentaires peut accroître sensiblement le risque d’émaciation infantile.

L’Afrique figure parmi les régions directement concernées. Plusieurs pays du continent cumulent dépendance aux carburants importés, marges budgétaires étroites et forte sensibilité des ménages aux prix alimentaires. La CNUCED cite notamment le Cap-Vert, qui dépend largement des carburants importés et connaît une hausse des coûts de l’électricité, des transports et de l’alimentation susceptible de persister même après la stabilisation des marchés de l’énergie.

L’autre risque : les engrais et l’alimentation

Le rapport met aussi en avant un angle souvent moins visible, celui des engrais. Jusqu’à 30 % des engrais échangés au niveau international transitent normalement par le détroit d’Ormuz. Lorsque le gaz et le fret maritime augmentent, le coût des engrais suit généralement, ce qui pèse à terme sur les rendements agricoles puis sur les prix alimentaires.

Pour la CNUCED, le détroit d’Ormuz met en évidence la fragilité d’un commerce mondial suspendu à quelques points de passage critiques. Sa réouverture soulage les marchés sans réparer les vulnérabilités structurelles : dépendance énergétique, dette élevée, faible capacité d’absorption des chocs et exposition aux importations alimentaires. La phase aiguë de la crise d’Ormuz s’éloigne peut-être, mais ses répercussions sociales et économiques, elles, peuvent s’installer dans la durée.

Dans plusieurs pays africains vulnérables, les importations de céréales représentent une part significative du PIB, rendant les ménages très sensibles aux hausses de prix alimentaires.
Dans plusieurs pays africains vulnérables, les importations de céréales représentent une part significative du PIB, rendant les ménages très sensibles aux hausses de prix alimentaires.
Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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