
Le premier tour de la Coupe du monde 2026 a livré son verdict. Pour l’Afrique, le sentiment dominant est celui de la satisfaction. Jamais le continent n’avait affiché une telle présence au moment d’aborder la phase à élimination directe d’un Mondial. Sur les dix sélections africaines engagées dans cette édition organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, neuf ont réussi à franchir l’obstacle de la phase de groupes ; ce qui confirme les progrès constants du football africain sur la scène internationale.
On connaît désormais toutes les trente-deux équipes qualifiées pour les seizièmes de finale. Parmi elles, neuf représentants africains sur les dix qui étaient sur la ligne de départ. Mais au-delà des chiffres, c’est surtout la qualité des prestations des ambassadeurs du continent qui nourrit l’optimisme. Si aucune équipe n’a véritablement survolé son groupe, plusieurs ont démontré qu’elles étaient désormais capables de rivaliser avec les meilleures nations du monde, non plus sur un match isolé, mais sur la durée d’une compétition.
Une Afrique plus présente que jamais
Le Maroc, demi-finaliste historique de la Coupe du monde 2022, a confirmé qu’il était devenu une valeur sûre du football mondial. Solides défensivement et toujours aussi disciplinés tactiquement, les Lions de l’Atlas abordent leur seizième de finale face aux Pays-Bas avec de réelles ambitions. Le Sénégal a également répondu présent. Fidèles à leur réputation d’équipe physique et expérimentée, les Lions de la Teranga ont décroché leur qualification, même si cela n’a pas été de la meilleure manière. Ils devront désormais faire beaucoup mieux que ce qu’ils ont fait en phase de poule pour espérer relever le défi de la Belgique.
L’Algérie, dont la dernière participation à une coupe du monde remonte à 2014 où elle avait, pour la première fois réussi à atteindre les huitièmes de finale, retrouve en 2026 les phases à élimination directe et affrontera une solide équipe suisse. L’Égypte, portée par son expérience internationale, s’est également hissée parmi les 32 meilleures nations du tournoi et tentera de poursuivre son parcours face à l’Australie.
La Côte d’Ivoire, de son côté, poursuit sa montée en puissance. Les Éléphants auront toutefois fort à faire contre la Norvège et son redoutable Erling Haaland. La République démocratique du Congo, qui signe l’un des retours les plus remarqués du football africain, 52 ans après sa première participation à une coupe du monde, s’est offert une qualification historique et défiera l’Angleterre d’Harry Kane dans un duel qui s’annonce particulièrement exigeant. Le Ghana complète cette impressionnante liste des qualifiés. Les Black Stars retrouveront la Colombie dans une rencontre ouverte où l’expérience des grandes compétitions pourrait faire la différence. L’Afrique du Sud, longtemps absente des grands rendez-vous internationaux – sa dernière participation à une coupe du monde remonte à l’édition 2010 qu’elle avait organisée –, a également retrouvé des couleurs. Les Bafana Bafana auront l’occasion de poursuivre leur aventure face au Canada.
Enfin, le Cap-Vert est sans doute la plus belle surprise de cette phase de groupes. Pour sa toute première participation à une Coupe du monde, l’archipel a réussi l’exploit de décrocher une qualification historique grâce à trois matches nuls, démontrant une remarquable solidité collective. Son rendez-vous avec l’Argentine de Lionel Messi constitue déjà l’un des moments forts de cette coupe du monde. Seule une sélection africaine n’a pas réussi à franchir le premier tour, preuve que le continent a globalement répondu aux attentes dans ce Mondial élargi à 48 équipes.
La phase à élimination directe, un tout autre défi
Cette réussite collective traduit une évolution engagée depuis plusieurs années. Les sélections africaines arrivent désormais mieux préparées sur les plans tactique, physique et mental. Plusieurs d’entre elles disposent d’ossatures stables, d’entraîneurs expérimentés et de joueurs évoluant régulièrement dans les plus grands championnats européens. Le Maroc a ouvert la voie avec sa demi-finale historique au Qatar en 2022. Depuis, plusieurs nations africaines semblent avoir pris conscience qu’elles peuvent désormais viser autre chose qu’une simple participation honorable. Le premier tour de cette coupe du monde confirme que l’écart avec les grandes puissances traditionnelles continue de se réduire.
Le plus difficile commence toutefois maintenant. Les affiches des seizièmes de finale – déjà présentées ci-dessus – illustrent parfaitement le niveau d’exigence qui attend les représentants africains. Ces confrontations montrent que le football africain a encore une étape à franchir : transformer ses bonnes phases de groupes en véritables parcours jusqu’aux huitièmes de finale, voire au-delà.
Le défi de la régularité
Malgré ces performances encourageantes, plusieurs axes de progression demeurent. Certaines équipes ont encore souffert d’un manque d’efficacité offensive ; sur cette liste, on peut ranger le Sénégal qui s’est qualifié in extremis. D’autres ont laissé échapper des points précieux dans les dernières minutes. Le match du Ghana contre la Croatie est l’illustration parfaite de ce cas de figure ; les Black Stars ont, en effet, encaissé le but de la défaite à la 83 minute de jeu, seulement dix minutes après avoir mis le but égalisateur. La gestion des temps faibles, la maîtrise émotionnelle des grands rendez-vous et la capacité à concrétiser les occasions restent des domaines dans lesquels les sélections africaines peuvent encore progresser. Puisque dans les matches à élimination directe, le moindre détail peut faire basculer une rencontre.
Quoi qu’on dise, une chose semble désormais certaine : l’Afrique n’aborde plus la coupe du monde avec le simple objectif de participer. Ses équipes veulent dorénavant compter parmi les grandes nations du football mondial. Le Mondial 2026 confirme cette montée en puissance. Les neuf qualifications obtenues au premier tour traduisent le développement des championnats, l’émergence de nouvelles générations de joueurs et une meilleure structuration des sélections nationales. Le véritable défi consiste désormais à prolonger cette dynamique dans les matches couperets. Si plusieurs représentants africains parviennent à franchir les seizièmes de finale, cette édition pourrait devenir l’une des plus marquantes de l’histoire du football africain et confirmer que le continent n’est plus un simple outsider, mais un acteur incontournable des grandes compétitions internationales.





