
Selon les données préliminaires 2026 de l’Ibrahim Index of African Governance (IIAG), publiées avant la Journée africaine de lutte contre la corruption du 11 juillet, le score anticorruption du continent remonte depuis 2020. En Afrique subsaharienne, l’amélioration reste très inégale. Le Rwanda et les Seychelles dominent le classement, quand le Soudan du Sud, le Liberia ou les Comores continuent de décrocher.
Le dernier brief de la Fondation Mo Ibrahim consacré à la lutte contre la corruption, publié début juillet à partir des données préliminaires 2026 de l’IIAG, fait état d’une amélioration modeste à l’échelle du continent. Ainsi, le score moyen africain est passé de 38,6 en 2016 à 39,1 en 2025. Cette hausse de 0,5 point recouvre une décennie heurtée. Le score a d’abord chuté jusqu’à un point bas de 37,7 en 2020, avant de regagner 1,4 point au cours des cinq dernières années. Ce rythme de progression plus rapide en seconde moitié de décennie vaut au continent le classement de sa trajectoire en « amélioration croissante ».
Dans le haut du tableau, les écarts avec la moyenne continentale restent considérables. Le Rwanda, en tête du classement depuis 2016, affiche 76,6 points en 2025. Les Seychelles le rejoignent à la première place au terme de la progression la plus forte de la décennie : +26,3 points et douze rangs gagnés depuis 2016. Maurice (65,7), le Sénégal (64,0), le Bénin (58,7), le Botswana, la Namibie, le Cap-Vert et le Burkina Faso figurent également dans le top 10 continental.
Le Soudan du Sud bon dernier
À l’autre extrémité, le Soudan du Sud demeure dernier, avec un score de 6,9 en 2025 contre 11,6 en 2016, soit 69,7 points d’écart avec les deux premiers. Sur la décennie, les plus fortes détériorations concernent les Comores, le Liberia, l’Afrique du Sud, le Niger et le Botswana. Le cas sud-africain retient l’attention. En effet, le pays occupe encore la 15e place, dans la première moitié du classement, alors même que son score s’érode depuis dix ans. À l’échelle du continent, les 28 pays en détérioration abritent près de 59 % de la population africaine alors que les 26 pays en progression n’en représentent qu’un peu plus de 40 %.
Le découpage par communautés économiques régionales confirme ces disparités. La SADC affiche le meilleur score moyen (44,5 en 2025), en léger recul sur dix ans, avec onze États membres en détérioration. La CEDEAO suit à 43,6, également en repli. La CEEAC gagne 4,2 points, deuxième plus forte progression régionale derrière l’Union du Maghreb arabe (+4,6), mais partait d’un niveau nettement plus bas (31,6 en 2025). L’IGAD, qui regroupe les pays de la Corne de l’Afrique et du bassin du Nil, ferme la marche avec un score moyen de 26,9.
L’examen des six indicateurs de la sous-catégorie éclaire le décalage entre les chiffres et le ressenti des populations. Le principal progrès continental concerne l’absence de corruption dans le secteur privé, en hausse de 4,7 points depuis 2016. L’absence de corruption dans le secteur public retombe en revanche en 2025 à son niveau exact de 2016 (40,6), après une remontée interrompue en 2023. Quant à la perception publique de la lutte contre la corruption, elle perd 4 points sur la décennie mais elle remonte toutefois depuis son point bas de 2022.
La ceinture des coups d’Etat
La Fondation consacre enfin une analyse spécifique à la « ceinture des coups d’État ». Au Tchad, au Gabon, en Guinée et au Soudan, les évolutions anticorruption sont moins bonnes depuis la prise du pouvoir par les militaires que sur l’ensemble de la décennie. Le Mali et le Burkina Faso font figure d’exceptions. Au Mali, le score progresse de 13,7 points depuis le coup d’État de 2020, contre 5,8 sur dix ans. Une amélioration portée pour l’essentiel par la perception publique (+45,4 depuis le putsch), un indicateur déclaratif que la Fondation invite à manier avec prudence. Au Burkina Faso, la tendance s’est inversée depuis 2022 (+1,7, contre -3,7 sur la décennie), tirée cette fois par l’absence de corruption dans les institutions étatiques (+11,3) et les mécanismes anticorruption (+6,3).
Le tableau d’ensemble décrit ainsi une reprise réelle en Afrique subsaharienne, portée par le secteur privé et certains cadres réglementaires, tandis que la corruption dans la sphère publique, des marchés publics au fonctionnement de la justice, reste le principal point de blocage. Les données complètes de l’IIAG 2026, couvrant les 54 pays du continent, seront publiées le 31 octobre.




