
Sergueï Lavrov enchaîne trois capitales africaines cette semaine : Addis-Abeba les 6 et 7 juillet, Niamey le 8, puis Maputo, où il est arrivé jeudi 9 juillet pour deux jours. Le chef de la diplomatie russe y réaffirme le soutien militaire de Moscou à l’Alliance des États du Sahel et prépare le troisième sommet Russie-Afrique, prévu en octobre à Moscou.
En quatre jours, Sergueï Lavrov aura relié le siège de l’Union africaine, la capitale d’un Niger devenu pivot de l’Alliance des États du Sahel (AES) et le Mozambique, partenaire historique de Moscou sur la façade de l’océan Indien. Chaque étape a son dossier propre, avec une échéance commune en toile de fond la préparation du sommet Russie-Afrique que Vladimir Poutine accueillera à Moscou en octobre, le troisième du genre après Sotchi en 2019 et Saint-Pétersbourg en 2023.
À Addis-Abeba, Moscou soigne l’Union africaine
Arrivé dans la capitale éthiopienne le 6 juillet au soir, Lavrov s’est entretenu le lendemain avec son homologue Gedion Timothewos, puis avec le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, au siège de l’organisation. À l’issue de leurs échanges, les deux parties ont convenu de rendre annuelles leurs consultations politiques.
Le volet bilatéral éthiopien a occupé une large part des discussions. Moscou et Addis-Abeba ont signé en mars une feuille de route pour la construction d’une centrale nucléaire, et les deux capitales veulent élargir leur coopération aux secteurs minier et métallurgique. Depuis l’adhésion de l’Éthiopie aux BRICS, les échanges se sont intensifiés. La Russie s’est même dite prête à accompagner la reconstitution d’une marine éthiopienne, ambition sensible dans une Corne de l’Afrique où la question de l’accès à la mer nourrit les tensions avec l’Érythrée.
Devant la presse, le ministre russe a déroulé son argumentaire des « solutions africaines aux problèmes africains » et plaidé pour une place accrue du continent dans les instances internationales, Conseil de sécurité de l’ONU compris. L’antienne anticoloniale porte d’autant mieux qu’elle s’adresse à des gouvernements en quête de partenaires alternatifs, dans des régions où l’influence occidentale a reculé.
Niamey, l’étape la plus politique
Le 8 juillet, Lavrov a participé à Niamey à la deuxième session des consultations ministérielles entre la Russie et la confédération de l’AES, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger. La première s’était tenue à Moscou en avril 2025. Le format s’installe, avec ses rituels. Entretiens bilatéraux avec les chefs de la diplomatie malienne et burkinabè, Abdoulaye Diop et Karamoko Jean-Marie Traoré, aux côtés de l’hôte nigérien Bakary Yaou Sangaré, puis audience auprès du général Abdourahamane Tiani.
Le communiqué conjoint publié mercredi soir fixe le cap : la Russie « a confirmé sa volonté de poursuivre son soutien » militaire aux trois États sahéliens. Lavrov a également transmis aux dirigeants de l’AES l’invitation de Vladimir Poutine au sommet d’octobre, en précisant que le rendez-vous serait centré sur les questions économiques et commerciales, avec un forum économique et humanitaire organisé en marge.
Pour les trois régimes militaires sahéliens, sortis de la Cédéao et en rupture avec Paris, Moscou reste le partenaire de référence en matière sécuritaire. La Russie y trouve de son côté des soutiens fidèles dans les enceintes internationales et une vitrine pour son discours souverainiste.
À Maputo, la relance d’un vieux partenariat
Dernière étape, le Mozambique. Arrivé jeudi 9 juillet pour une visite de deux jours, Lavrov répond à l’invitation formulée par la ministre des Affaires étrangères Maria Manuela Lucas lors de son déplacement à Moscou en juillet 2025. Les liens entre les deux pays remontent au soutien soviétique au Frelimo pendant la lutte de libération, et le dialogue politique n’a jamais vraiment cessé depuis l’indépendance de 1975.
Le dossier mozambicain a ses propres ressorts. Le pays borde l’océan Indien, dispose d’immenses réserves gazières dans le bassin de Rovuma et affronte depuis 2017 une insurrection jihadiste au Cabo Delgado, dans le nord. Moscou a plusieurs fois proposé son appui en matière de lutte antiterroriste, et le russe Rosneft avait obtenu dès 2015 des licences d’exploration gazière dans la zone, en partenariat avec ExxonMobil.
Le sommet d’octobre comme juge de paix
Le rendez-vous de Moscou servira de test. La Russie veut y faire adopter un nouveau plan d’action de trois ans avec ses partenaires africains. Or, sur le terrain sahélien, sa crédibilité sécuritaire est mise à l’épreuve notamment au Mali où les hommes de l’Africa Corps sont en difficulté face à l’offensive conjointe du JNIM et du FLA, et au Niger, la garnison d’Inates a de nouveau été frappée à la mi-juin, sur les lieux mêmes de l’attaque meurtrière de décembre 2019.
Les partenaires africains de Moscou attendent désormais des retombées mesurables de cette relation, au-delà des déclarations d’intention. Rendez-vous dans trois mois, au Kremlin.




