Akissa : une boîte à histoires africaine face aux géants Lunii et Tonies


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Honoré Essoh
Honoré Essoh

Après dix ans passés dans l’animation et l’édition jeunesse avec Studio 6, la structure lance Akissa, une boîte à histoires audio entièrement dédiée à l’Afrique. Comptines en plusieurs langues africaines, récits portés par des voix qui cherchent à recréer l’intimité d’une histoire du soir, ambition de rapprocher les enfants du livre, le projet veut combler un vide laissé par les acteurs européens et nord-américains du secteur. Entretien avec son porteur, Honoré Essoh, qui revient sur la genèse d’Akissa, ses choix éditoriaux et ses ambitions sur le continent.

Le marché des boîtes à histoires s’est imposé en quelques années comme un segment prisé de l’édition jeunesse, dominé par une poignée d’acteurs occidentaux, Lunii, Tonies, Yoto. Mais leurs catalogues ignorent presque entièrement les langues et les récits africains. C’est ce constat qui a nourri Akissa, projet mûri pendant quatre ans avant d’être rendu possible par la trésorerie de Studio 6. Comptines en wolof, malinké, peul, lingala ou baoulé, histoires issues notamment de la maison d’édition à but non lucratif Pratham Books  et d’un partenariat avec la productrice sénégalaise Aminata Khoussa. La boîte, vendue 25 000 francs CFA en Afrique francophone et bientôt 59 euros en Europe, mise sur une bibliothèque audio évolutive et sur une priorité assumée pour le continent.

Interview d’Honoré Essoh

Qu’est-ce qui a déclenché le projet Akissa précisément maintenant, après dix ans de Studio 6 dans l’animation et l’édition jeunesse ?

Honoré Essoh : C’est un projet qu’on porte depuis environ quatre ans. On envisageait une version plus tech, mais il est très difficile de faire financer les projets culturels dans le monde des start-ups. Maintenant, parce que notre trésorerie nous permet de lancer une première version d’Akissa, le temps de montrer son potentiel à d’éventuels partenaires.

Comment avez-vous sélectionné les neuf langues des comptines (wolof, malinké, peul, lobi, lingala, baoulé, zarma, sénoufo, yacouba) ? D’autres langues sont-elles prévues, et sur quels critères choisissez-vous les prochaines ?

Honoré Essoh : Nos moyens étant limités, on a dû faire le choix de les concentrer au niveau des histoires, la vraie innovation du projet. On a réutilisé quatre des chansons qui ont eu le plus de succès dans le projet Comptines Ivoiriennes en 2023, un livre musical accompagné de chansons audio. Et on a signé un partenariat avec le studio d’Aminata Khoussa, une productrice et artiste sénégalaise qui avait des comptines dans les cinq autres langues africaines. On a choisi celles qui couvraient le plus de pays de la sous-région ouest-africaine.

Quel est le prix de la boîte et prévoyez-vous un modèle d’abonnement ou de contenus complémentaires comme chez certains concurrents ?

Honoré Essoh :  Elle est à 25 000 francs CFA en Afrique francophone et bientôt en Europe à 59 euros. Les abonnements, les livres et autres faisaient partie des options de départ, on y arrivera. Mais la chose la plus sûre et qui se fera assez vite, ce sera d’enrichir le contenu.

« L’esprit Akissa », ou l’art de raconter sans surjouer

Comment travaillez-vous le choix des voix, des conteurs et des ambiances sonores pour recréer l’expérience d’une histoire racontée par un parent ? Qui sont les auteurs et créateurs derrière les histoires ?

Honoré Essoh : On a testé quelques artistes avec lesquels on a déjà collaboré et on a retenu ceux qui étaient dans « l’esprit Akissa ». C’est être aussi naturel que possible, être rassurant et lire le texte sans être ennuyant ni surjouer. On ne veut pas être dans une logique de conteur qui dit un texte ou de fiction radiophonique, d’où le fait qu’on ait peu de bruitage. On a des bruits de page qui tournent pour rappeler à l’enfant que c’est bien un livre qui est en train d’être lu, l’un des objectifs d’Akissa étant de rapprocher les enfants de la lecture.

Les auteurs des histoires sont de la maison d’édition Pratham Books, à l’exception de deux qui sont de notre partenaire sénégalaise Aminata Khoussa.

Face aux géants du secteur, le pari africain

Le marché des boîtes à histoires est dominé par des acteurs européens et nord-américains (Lunii, Tonies, Yoto). Comment Akissa compte-t-elle exister face à eux, et visez-vous une distribution au-delà du marché africain ?

Honoré Essoh : Akissa est entièrement dédiée à l’Afrique, qui n’est pas du tout ou très peu couverte par les contenus de ces acteurs. On a donc un immense chantier car il y a un besoin réel aussi bien en Afrique francophone qu’anglophone. Je l’ai réalisé encore plus en juin dernier à Accra, où je participais à un événement autour de l’éducation, eLearning Africa. On aura une distribution en Europe à partir d’août, mais notre priorité, c’est vraiment le continent, avec une version anglophone en préparation.

Vous parlez d’une « bibliothèque audio évolutive » appelée à s’enrichir avec des maisons d’édition et créateurs africains. Quels sont vos partenariats déjà engagés ou envisagés, et où voyez-vous Akissa dans deux ou trois ans ?

Honoré Essoh : Étant depuis cinq ans dans l’édition, je sais que les éditeurs ne sont pas fermés aux innovations, mais ils sont prudents. ils veulent voir pour croire. On a eu des échanges informels avec certains d’entre eux en Côte d’Ivoire et au Ghana et quand Akissa aura fait ses preuves d’ici un ou deux mois, on entamera des discussions plus concrètes avec eux et les acteurs pédagogiques.

On est conscients que plusieurs parents ne pourront pas offrir une Akissa à leurs enfants. J’ai moi-même eu à rebrousser chemin, il y a quelques années, alors que je voulais offrir une conteuse occidentale à une nièce. On projette donc une Akissa adaptée aux bibliothèques des écoles primaires, et on est heureux de compter déjà parmi les premiers acquéreurs deux dirigeantes d’écoles maternelles.

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