Crise diplomatique à Niamey : le ministre des Affaires étrangères recadre l’UE


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Abdourahamane Tiani, le chef de la junte nigerienne
Abdourahamane Tiani, le chef de la junte nigerienne

Les relations entre le Niger et l’Union européenne connaissent un nouvel épisode de tensions diplomatiques. Les autorités de transition à Niamey ont convoqué la représentante de l’UE pour protester contre une résolution du Parlement européen demandant la libération de l’ancien président Mohamed Bazoum. Le gouvernement nigérien dénonce une ingérence dans ses affaires intérieures.

Le ton monte d’un cran entre le Niger et l’Union européenne. Ce jeudi, le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a convoqué la chargée d’affaires de la délégation de l’UE à Niamey pour lui signifier le vif mécontentement des autorités de transition. Cette rencontre formelle s’est soldée par la remise d’une lettre de protestation officielle, marquant un nouveau point de rupture dans une relation bilatérale déjà particulièrement fragile.

La résolution de la discorde

Au cœur de cette convocation se trouve une récente initiative du Parlement européen. Les députés de Strasbourg ont en effet adopté une résolution exigeant la libération immédiate de l’ancien président Mohamed Bazoum et de son épouse, tous deux retenus à la résidence présidentielle depuis le changement de régime intervenu le 26 juillet 2023.

Pour Niamey, cette prise de position est perçue comme une ingérence inacceptable dans ses affaires intérieures, exacerbant les tensions nées dès le lendemain du coup d’État.

Une diplomatie en mode dégradé

L’absence d’ambassadeur de l’UE au Niger complique davantage le dialogue. Depuis un an et demi, le poste est vacant suite à une demande d’expulsion formulée par Niamey, qui accusait alors la représentation européenne de mauvaise gestion d’un fonds humanitaire.

Ce climat de méfiance réciproque a déjà conduit, fin 2023, à la dénonciation de plusieurs accords de défense et de sécurité, mettant un terme aux missions Eucap Sahel. La découverte ultérieure d’armes au siège de cette mission par les autorités nigériennes n’a fait qu’ajouter de l’huile sur le feu.

Entre rupture actée et désir de normalisation

Au-delà des questions sécuritaires, la rupture est aussi législative. En abrogeant la loi de 2015 sur la criminalisation du trafic de migrants, le Niger a mis fin à un pilier de sa coopération avec l’Europe sur la gestion des frontières. Pourtant, malgré cette série de désaccords, des signaux contradictoires apparaissent.

Fin janvier, le représentant spécial de l’UE pour le Sahel, Joao Cravinho, avait été reçu par le Premier ministre nigérien dans l’espoir de normaliser les échanges. Cette dernière convocation prouve toutefois que le chemin vers un renforcement du dialogue reste semé d’embûches et de contentieux politiques profonds.

Sidoine
Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
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