
À l’occasion du lancement de « Serial Bridges Accra », première initiative du Series Mania Institute en Afrique de l’Ouest, son directeur des programmes, Pierre Ziemniak, revient pour Afrik.com sur les ambitions de ce dispositif, ses modalités de mise en œuvre et les perspectives offertes aux créateurs africains. Structuration des projets, ouverture au marché international, développement de la coproduction… Une initiative qui s’inscrit dans une dynamique de coopération entre les écosystèmes audiovisuels africains et européens.
Entretien exclusif
Quelle est la genèse du programme « Serial Bridges Accra » et quels objectifs prioritaires poursuivez-vous avec cette initiative en Afrique de l’Ouest ?
Nous sommes très fiers et très heureux de lancer cette première initiative de Series Mania Institute sur le continent africain. Elle fait suite à d’autres ateliers Serial Bridges organisés ailleurs dans le monde, mais qui ont tous le même objectif : connecter des duos créatifs locaux de scénaristes et de producteurs avec le marché de co-production et de distribution européen. Notre ambition est de dynamiser le secteur des séries internationales en créant ces ponts financiers et artistiques, qui existent depuis des décennies pour les longs-métrages de cinéma.
Comme pour la majorité des ateliers Serial Bridges, nous travaillons sur celui-ci avec le soutien essentiel de l’Institut français de Paris et de partenaires locaux qui nous ont approchés pour concrétiser cette initiative ; en l’occurrence, l’Ambassade de France et le programme Création Africa Ghana, The Writers Room, et l’Institut français du Ghana.
Pourquoi avoir choisi Accra comme point d’ancrage pour cette nouvelle édition du programme ?
L’Afrique de l’Ouest est une région très dynamique en matière d’industries culturelles et créatives, et en particulier dans le domaine audiovisuel. Dans ce contexte, le Ghana présente une situation géographique idéale pour y organiser un atelier accueillant des professionnels aussi bien ghanéens qu’issus de pays environnants. C’est surtout le pays où sont implantés nos partenaires locaux, ce qui rend bien entendu l’installation de l’atelier plus aisée.
En quoi « Serial Bridges Accra » se distingue-t-il des précédentes éditions organisées dans d’autres régions du monde ?
La formule des ateliers Serial Bridges est désormais bien rôdée, mais nous l’adaptons systématiquement au contexte local. Ainsi, l’atelier aura lieu pendant cinq jours, faisant alterner des masterclasses et des sessions de mentorat individuel, mais ces modules seront adaptés aux projets sélectionnés et surtout aux possibilités de collaboration avec le marché européen, en analysant les opportunités financières disponibles. A titre d’exemple, le module que je présente la première journée de chaque atelier Serial Bridges sur le marché international des séries se focalisera ici sur des exemples de longs-métrages et de séries coproduites entre des pays africains et européens, en mettant en avant leur spécificité et les différences entre le marché du cinéma et celui de la télévision.
« Nous apportons à chaque duo de participants un accompagnement personnalisé, prenant en compte leur niveau de connaissance du marché européen, l’état d’avancement de leur projet et le type de partenaires français et européens que ce dernier pourrait attirer »
Quels sont les critères déterminants dans la sélection des projets et des binômes scénariste-producteur ?
Il est impératif que les projets sélectionnés, quel que soit leur genre, aient un format et un potentiel internationaux : ils doivent pouvoir être vendus et donc vus au-delà de leur pays d’origine et du continent africain. Les équipes porteuses de ces projets doivent, elles, être suffisamment expérimentées pour porter ces projets, convaincre de potentiels partenaires, et faire tout cela en anglais puisqu’il s’agit d’approcher le marché international.
Comment le programme accompagne-t-il concrètement les participants dans le développement et la structuration de leurs projets de séries ?
Nous apportons à chaque duo de participants un accompagnement personnalisé, prenant en compte leur niveau de connaissance du marché européen, l’état d’avancement de leur projet et le type de partenaires français et européens que ce dernier pourrait attirer. L’apport est à la fois théorique et pratique, avec des sessions sur la dramaturgie sérielle et le paysage international des séries mais également plusieurs rendez-vous individuels pour faire avancer les projets, leurs arches narratives, leurs personnages, leurs plans de financement, etc.
Accra, nouveau carrefour pour les créateurs de séries africains
Quelle place occupe la coproduction internationale dans le contenu pédagogique proposé aux participants ?
Pierre Ziemniak : Tout le contenu de l’atelier est tourné vers la dimension internationale des projets sélectionnés et en particulier sur les opportunités de co-production avec la France et d’autres pays européens. Pour être tout à fait clair, il ne s’agit pas uniquement de viser des co-productions « organiques » avec l’Europe, mais également d’approcher des distributeurs et de tisser des liens professionnels pour multiplier les opportunités de coopération entre les deux continents.
Comment s’organise la collaboration entre le Series Mania Institute, The Writers Room Ghana et l’Ambassade de France au Ghana dans la mise en œuvre du programme ?
Pierre Ziemniak : Nous sommes plus que ravis de travailler avec ces partenaires locaux, non seulement parce que nous avons l’habitude de travailler avec les équipes des Instituts français et de plusieurs Ambassades de France à travers le monde, mais aussi parce que la fondatrice de The Writers Room Ghana, Jessica Hagan, est déjà passée plusieurs fois par Series Mania en tant que scénariste ! Nous avons discuté pendant plusieurs mois avec ces partenaires afin de définir les contours de cet atelier Serial Bridges Accra et de pouvoir faire une première annonce sous forme de « teaser » lors de Series Mania Forum en mars 2026, suscitant l’intérêt de nombreux professionnels. D’un point de vue logistique, l’apport de ces partenaires est essentiel pour trouver les locaux qui accueilleront l’atelier à Accra et pour se coordonner avec l’ensemble des participants et des intervenants.
Quel rôle joueront les mentors Nicole Amarteifio et Arnaud Louvet dans l’accompagnement des participants ?
Pierre Ziemniak : Ce sont les deux personnes les plus importantes de l’atelier : deux professionnels aguerris, ayant de nombreux crédits à leur actif dans l’écriture, la réalisation et la production. Ils pourront accompagner au mieux chaque projet de série pour l’améliorer sur de nombreux plans – narration, personnages, thèmes, ton, présentation, etc. – et aider son équipe créative à approcher des partenaires.
Quels types de compétences ou de connaissances les participants sont-ils censés acquérir à l’issue de cette formation ?
Pierre Ziemniak : L’idée est que chaque duo de participants reparte de l’atelier en connaissant parfaitement les points forts et les points faibles de son projet de série, et qu’il puisse pitcher ce dernier en anglais de manière rapide et efficace afin de convaincre des partenaires européens qui auront été identifiés au préalable (sociétés de production, sociétés de distribution, diffuseurs, etc.)
Plus largement, l’état d’esprit avec lequel nous abordons chaque atelier et que nous faisons tout pour transmettre à nos participants est qu’il est possible d’allier le local à l’universel, de porter des projets de séries solidement ancrés dans une réalité géographique et sociale tout en construisant des personnages, des lignes narratives et des enjeux qui transcendent ces aspects pour atteindre une vérité humaine qui touchera des spectateurs indépendamment de leurs cultures respectives.
« L’ensemble des participants de l’atelier quitteront ce dernier avec des suggestions précises de sociétés à approcher, en fonction de leurs projets respectifs »
Comment évaluez-vous aujourd’hui le potentiel des industries des séries en Afrique de l’Ouest dans le paysage audiovisuel international ?
Pierre Ziemniak : Les séries d’Afrique de l’Ouest ne bénéficient, hélas, pas encore d’une reconnaissance internationale marquée en-dehors de TV5 Monde et des chaînes spécialisées de groupes comme Canal+, notamment celles consacrées aux productions de Nollywood. A Séries Mania, nous cherchons à changer cette perception et avons déjà sélectionné des œuvres marquantes au festival, à l’image de Wara en 2020 (coproduite entre la France, le Sénégal et le Niger) ou encore Black Santiago Club en 2023 (coproduite entre la France, le Sénégal et le Bénin). Notons un point positif : la distribution en Europe des séries ouest-africaines s’améliore depuis quelques années, grâce notamment à Canal+ qui investit dans les productions locales. L’atelier Serial Bridges Accra doit donner un coup d’accélérateur à cette dynamique.
Former, connecter, financer : les promesses de Serial Bridges
Le programme prévoit-il des passerelles concrètes vers des diffuseurs, des plateformes ou des partenaires financiers à l’issue de la formation ?
Pierre Ziemniak : Le dernier jour de l’atelier, le meilleur projet sera sélectionné à l’issue d’une séance de pitchs. Cela permettra à son équipe créative de se rendre à Séries Mania en mars 2027, afin de le présenter à des sociétés européennes, dont des diffuseurs. Plus généralement, l’ensemble des participants de l’atelier quitteront ce dernier avec des suggestions précises de sociétés à approcher, en fonction de leurs projets respectifs. Sans parler du label « Serial Bridges », qui gagne en importance et en visibilité d’année en année, donnant à tous ces participants un solide argument lorsqu’ils contacteront de potentiels partenaires.
Cette initiative à Accra intègre-t-elle une stratégie de développement du Series Mania Institute sur le continent africain ?
Pierre Ziemniak : Absolument ! Nous travaillons déjà avec le Realness Institute et The Storyboard Collective, à l’origine du programme AuthenticA Series Lab pour scénaristes africains que nous accueillons tous les ans à Series Mania ; et nous avons déjà reçu plusieurs sollicitations venus de différents pays africains depuis l’annonce de cet atelier Serial Bridges Accra. D’autres initiatives de Series Mania Institute sur le continent sont donc à prévoir.




