Burkina Faso et Niger : l’Union africaine tente de reprendre pied dans les transitions du Sahel


Lecture 4 min.
Siege de l'Union Africaine à Addis Abeba
Siege de l'Union Africaine à Addis Abeba

Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine examine, le 27 juillet 2026, l’évolution des transitions politiques au Burkina Faso et au Niger. Derrière ce rendez-vous, l’UA cherche à renouer un dialogue difficile avec deux régimes militaires engagés dans une refonte durable de leurs institutions.

Lors de la réunion du 27 juillet, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) doit entendre Rebecca Amuge Otengo, représentante permanente de l’Ouganda et présidente du Conseil pour juillet, ainsi que Bankole Adeoye, commissaire de l’UA aux Affaires politiques, à la Paix et à la Sécurité. Mamadou Tangara, représentant spécial de la Commission pour le Mali et le Sahel et chef de la MISAHEL, doit également présenter son évaluation.

Une doctrine africaine mise à l’épreuve

Le Burkina Faso et le Niger restent suspendus des instances de l’Union africaine après les prises de pouvoir militaires de septembre 2022 à Ouagadougou et de juillet 2023 à Niamey. La ligne de l’organisation demeure officiellement inchangée avec refus des changements anticonstitutionnels, retour à l’ordre constitutionnel et transitions inclusives. En mai 2024, le CPS s’était déjà inquiété de l’allongement des périodes de transition et du recul de l’espace politique et civique.

Au Burkina Faso, une loi adoptée le 9 février 2026 a abrogé le cadre juridique des partis politiques, après un décret de dissolution pris fin janvier. Le 27 mars 2026, l’Assemblée législative de transition a adopté à l’unanimité la Charte de la Révolution, qui remplace la Charte de la transition. Le texte consacre juridiquement la « Révolution progressiste populaire » proclamée par le capitaine Ibrahim Traoré le 1er avril 2025 et transforme l’organe législatif en Assemblée législative du peuple, sans fixer d’échéance électorale rapprochée.

Au Niger, la Charte de la refondation, promulguée le 26 mars 2025, a accordé au général Abdourahamane Tiani un mandat de cinq ans, susceptible d’être prolongé selon la situation sécuritaire. Elle a également consacré la dissolution des partis politiques.

La sécurité au cœur du dialogue

Le CPS avait abordé pour la dernière fois les deux pays dans un cadre formel le 30 septembre 2025, lors d’une réunion ministérielle consacrée au Sahel. Il avait alors demandé la création d’un groupe de travail chargé d’aider les États sahéliens à combattre le terrorisme, tout en intégrant les dimensions humanitaires, économiques et sociales de la crise. Le Conseil avait aussi soutenu le principe d’un sommet de l’UA consacré à la région.

Les consultations informelles de février 2026 avec les États en transition n’ont pas rapproché les calendriers politiques des exigences de l’Union africaine. L’urgence sécuritaire a depuis réduit l’espace du débat institutionnel.

Les groupes liés au JNIM et à l’État islamique continuent d’opérer dans les deux pays, avec une dégradation particulièrement marquée au Niger. Dans le Sahel central, quelque 2,8 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur de leur pays, dont environ 2,1 millions au Burkina Faso et 283 000 au Niger. Plus de 11 millions de personnes ont également besoin d’une assistance alimentaire.

L’UA face au bloc de l’AES

La difficulté pour Addis-Abeba est de maintenir la pression sur le retour au pouvoir civil sans rompre avec les membres de l’Alliance des États du Sahel. En effet, le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO a renforcé leur trajectoire autonome et réduit l’influence des mécanismes régionaux traditionnels.

La réunion devrait donc mesurer les résultats de la politique d’« engagement constructif » privilégiée par la Commission de l’UA. Le CPS pourrait demander des avancées sur le groupe de travail pour le Sahel, renforcer le rôle de la MISAHEL et appeler à une meilleure coordination entre l’UA, la CEDEAO et l’AES.

L’enjeu central reste politique. Il s’agit de déterminer si l’Union africaine peut encore accompagner ces régimes vers une normalisation institutionnelle, ou si elle devra composer durablement avec des pouvoirs militaires installés pour plusieurs années.

Afrik
Des articles rédigés par des chroniqueurs de passages, des plumes discrètes, des psudos dispaus... Mais une qualité toujours préservée !
Newsletter Source préférée