Burkina Faso : le régime militaire dissout l’ensemble des partis politiques


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Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso
Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso

Les autorités de transition burkinabè ont acté la dissolution de tous les partis et formations politiques du pays. La décision, prise par décret en Conseil des ministres, s’inscrit dans la volonté affichée de « refonder l’État » après des années de crise politique et sécuritaire. Le cadre juridique encadrant l’activité partisane est également supprimé.

Une mesure lourde de conséquences pour la vie politique burkinabè.

Une décision actée par décret

Le gouvernement de transition du Burkina Faso a annoncé, jeudi, la dissolution de l’ensemble des partis politiques ainsi que l’abrogation des textes régissant leur fonctionnement et leur financement. La mesure a été entérinée par un décret adopté en Conseil des ministres, sous l’autorité du président de la transition, le capitaine Ibrahim Traoré.

Selon le ministre de l’Administration territoriale, Émile Zerbo, cette décision découle d’un diagnostic approfondi du système partisan. Les autorités estiment que la multiplication des partis politiques a favorisé des dérives, accentué les divisions et contribué à l’affaiblissement de la cohésion sociale.

La « refondation de l’État » comme justification

Le gouvernement présente cette mesure comme une étape centrale de la « refondation de l’État », concept mis en avant depuis l’arrivée des militaires au pouvoir en septembre 2022. Selon l’exécutif, le modèle multipartite en vigueur avant le coup d’État ne répondait plus aux aspirations du pays ni aux enjeux stratégiques, en particulier sur le plan sécuritaire.

Avant la prise de pouvoir des militaires, le Burkina Faso comptait plus d’une centaine de partis politiques enregistrés. Quinze d’entre eux étaient représentés à l’Assemblée nationale issue des élections générales de 2020. Depuis le coup d’État, les activités partisanes avaient été suspendues de facto, sans interdiction formelle jusqu’à l’adoption de ce décret.

Transfert des patrimoines à l’État

Le texte adopté prévoit également le transfert à l’État de l’ensemble des biens et actifs appartenant aux partis et formations politiques dissous. En parallèle, un projet de loi abrogeant le statut du chef de file de l’opposition ainsi que les mécanismes de financement public des partis a été préparé. Ces textes doivent être soumis à l’Assemblée législative de transition, dont les membres ont été désignés par les autorités militaires.

Pour le gouvernement, ces dispositions doivent permettre de renforcer la cohérence de l’action publique et d’ouvrir la voie à une réforme en profondeur du mode de gouvernance politique.

Un contexte sécuritaire toujours dégradé

Le Burkina Faso traverse depuis plusieurs années une grave crise sécuritaire, marquée par des attaques régulières de groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique. Les autorités de transition invoquent cette situation pour justifier le report à plusieurs reprises des élections, initialement prévues en juillet 2024.

Dans ce contexte, la dissolution des partis politiques renforce la concentration du pouvoir entre les mains du régime militaire. Les autorités affirment vouloir reconstruire l’État et préserver l’unité nationale. Toutefois, la décision suscite de fortes interrogations sur l’avenir du pluralisme politique et du processus de retour à l’ordre constitutionnel.

Sidoine
Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
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