
La suspension soudaine des réseaux sociaux au Gabon a plongé le pays dans une crise sans précédent. Entrepreneurs, créateurs de contenus, élèves et acteurs politiques dénoncent une mesure jugée arbitraire, qui paralyse l’économie numérique, fragilise les libertés fondamentales et accentue les tensions sociales déjà vives.
La décision est tombée comme un couperet, plongeant les internautes gabonais dans une profonde incertitude. En suspendant l’accès aux réseaux sociaux « jusqu’à nouvel ordre », la Haute Autorité de la Communication (HAC) a déclenché une vague d’indignation qui dépasse désormais le simple cadre numérique pour devenir une crise constitutionnelle et économique majeure.
Un coup d’arrêt brutal pour l’économie numérique
Pour de nombreux Gabonais, cette coupure n’est pas qu’un désagrément technique, c’est une menace directe sur leur survie quotidienne. Des milliers de jeunes entrepreneurs, de commerçants et de créateurs de contenus se retrouvent privés de leur seul outil de travail.
La chanteuse Créol, figure emblématique suivie par plus de deux millions d’abonnés, a exprimé sa détresse en expliquant qu’elle dépend de Facebook et TikTok pour promouvoir sa musique et vendre ses produits. Elle déplore une punition collective injustifiée où l’ensemble de la population paie pour les dérives isolées de quelques-uns.
Cette amertume est partagée par Mister Wils, créateur de contenus, qui souligne l’impossibilité de respecter ses engagements contractuels, notamment avec des partenaires étrangers. Pour ces travailleurs de la « gig economy », l’absence de visibilité numérique signifie une absence de revenus immédiate, aggravant une situation économique déjà fragile pour les petites et moyennes entreprises du pays.
Une violation dénoncée de la loi fondamentale
Sur le terrain politique, la riposte ne s’est pas fait attendre. L’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze a fermement condamné cette mesure, la qualifiant de violation flagrante de la Constitution gabonaise. Selon lui, la HAC outrepasse ses prérogatives en privant les citoyens de leur liberté d’expression de manière disproportionnée. Il pointe du doigt une décision « incongrue » et contre-productive pour un pays dont le budget traverse déjà des zones de turbulences.
L’opposition politique s’est engouffrée dans la brèche, dénonçant un « excès destructeur de liberté ». Elle appelle désormais les organisations de la société civile et les citoyens à se mobiliser pour faire barrage à ce qu’elle considère comme une dérive autoritaire. Pour les détracteurs du régime, cette restriction n’a aucun fondement juridique solide et fragilise les fondements démocratiques de la nation.
L’éducation et la connectivité dans l’impasse
Au-delà de l’économie et de la politique, c’est le secteur social qui est touché de plein fouet. Dans un contexte de grèves enseignantes répétées, de nombreux élèves utilisaient internet comme un palliatif pour rattraper leurs cours et maintenir un lien avec l’apprentissage. La suspension des plateformes coupe ce dernier fil d’Ariane pour la jeunesse scolaire.
L’observatoire NetBlocks a confirmé mercredi des restrictions sévères touchant plusieurs plateformes en ligne, validant techniquement le ressenti des populations. Alors que le mécontentement grandit, le gouvernement est interpellé de toutes parts pour rétablir l’accès aux réseaux, sous peine de voir la frustration numérique se transformer en une contestation physique dans les rues de Libreville.




