
Le groupe industriel Mark Cables FZE, basé à Dubaï, a inauguré ce lundi une centrale électrique de 200 mégawatts au Burkina Faso, un investissement majeur estimé à 180 millions d’euros.
Annoncé comme un projet « structurant » par ses promoteurs, l’investissement illustre l’ancrage croissant des Émirats arabes unis (EAU) dans les économies sahéliennes, au moment où les États de l’Alliance des États du Sahel (AES) redéfinissent leurs partenariats internationaux. L’influence de Dubaï, largement critiquée en Libye, Soudan du Sud et Soudan se déploie désormais au Mali ou au Burkina Faso.
Un déficit énergétique structurel
Au Burkina Faso, l’accès à l’électricité demeure l’un des principaux freins au développement économique et social. Selon les données de la Banque mondiale, moins de 22 % de la population disposent d’un accès régulier à l’électricité, un taux encore plus faible en zone rurale. La production nationale reste insuffisante, dépendante d’importations coûteuses depuis les pays voisins et de centrales thermiques fonctionnant aux hydrocarbures.
Dans ce contexte, l’ajout de 200 MW représente un saut quantitatif significatif. Mark Cables FZE affirme que la centrale, achevée en seulement six mois, contribuera à stabiliser le réseau national et à réduire les délestages récurrents qui affectent aussi bien les ménages que les entreprises. Pour le régime de transition, qui a fait de la « souveraineté nationale » un pilier de son discours, le projet est présenté comme un symbole de reconquête économique.
Une souveraineté énergétique sous contrainte
Si les autorités burkinabè saluent un « tournant », plusieurs experts soulignent néanmoins les limites du concept de souveraineté énergétique dans un pays dont les infrastructures, le financement et la technologie restent largement dépendants de partenaires étrangers. Le Burkina Faso, dirigé par une transition militaire depuis 2022, fait face à un double défi : sécuritaire, avec la persistance des violences armées, et économique, dans un contexte de retrait progressif de certains partenaires occidentaux. Pour de nombreux pays africains, les investissements émiratis sont souvent synonyme de dépendance politique.
Dans ce cadre, l’arrivée d’un investisseur émirati peuvent apparaître comme une opportunité pragmatique mais dangereuse. Cependant, les EAU offrent des financements rapides et massifs, répondant aux besoins urgents des régimes sahéliens.
Les Émirats, nouveaux acteurs majeurs en Afrique
Le projet burkinabè s’inscrit dans une stratégie plus large. Selon des données compilées par le Trésor français, les Émirats arabes unis ont investi près de 110 milliards de dollars en Afrique entre 2019 et 2023, devenant le premier investisseur étranger sur le continent, devant la Chine. Cette présence se traduit par des investissements ciblés dans l’énergie, les ports, les mines, l’agriculture et, plus récemment, les nouvelles technologies.
Lors du dernier sommet du G20, Abou Dhabi a annoncé un milliard de dollars destiné au développement de l’intelligence artificielle en Afrique. Parallèlement, les EAU ont multiplié les accords bilatéraux : plus de 6 milliards de dollars avec le Tchad, pays clé de la région sahélienne, et 6,5 milliards avec l’Angola, riche en ressources énergétiques.
Le Sahel, nouveau terrain d’influence
Pour les analystes, l’intérêt des Émirats pour le Burkina Faso et, plus largement, pour l’espace AES, répond à plusieurs objectifs : sécuriser l’accès aux matières premières, renforcer leur influence diplomatique face aux puissances traditionnelles et s’imposer comme un partenaire incontournable des États en rupture avec l’Occident.
Dans un Sahel marqué par la recomposition des alliances, l’investissement énergétique devient un outil d’influence. « L’électricité, c’est la base de l’État moderne », souligne un économiste ouest-africain. « Celui qui contribue à la fournir s’assure un levier politique durable ».
Entre opportunité et dépendance
Reste la question de la durabilité. La centrale inaugurée à Ouagadougou permettra-t-elle une baisse durable des coûts de l’électricité ? Contribuera-t-elle à l’industrialisation du pays ou restera-t-elle cantonnée à une logique de rattrapage minimal ? Sans réformes structurelles du secteur énergétique et sans diversification du mix, le risque d’une nouvelle dépendance demeure.
Pour le Burkina Faso, comme pour ses partenaires de l’AES, le défi consiste désormais à transformer ces investissements étrangers en leviers de développement endogène. L’inauguration de la centrale de Mark Cables FZE apparaît ainsi à la fois comme une avancée tangible et comme un révélateur : celui d’un Sahel en quête d’énergie, mais aussi d’alliés capables de combler le vide laissé par la reconfiguration géopolitique en cours.




