
De la Libye au Soudan en passant par le Sahel, l’Algérie dénonce l’ingérence croissante des Émirats arabes unis, qu’elle accuse d’alimenter l’instabilité régionale. Fidèle à sa doctrine de non‑ingérence et de règlement pacifique des conflits, Alger refuse désormais de fermer les yeux face à ce qu’elle considère comme une politique déstabilisatrice.
Selon des sources proches du gouvernement, l’Algérie envisagerait une rupture diplomatique avec Abou Dhabi, après des années d’accusations d’activités hostiles. Pour Alger, cette décision serait l’aboutissement logique d’une relation bilatérale devenue toxique, marquée par une série de provocations et d’actes jugés inamicaux.
Le président Abdelmadjid Tebboune n’a cessé d’alerter sur les agissements d’un « pays frère » qui a manifestement cessé de l’être. En mars 2024, il déclarait sans ambiguïté : « Partout où il y a des conflits, l’argent de cet État est présent, que ce soit au Mali, en Libye ou au Soudan. » Un constat que les événements récents n’ont fait que confirmer.
Soudan : la guerre attisée par l’argent émirati
C’est au Soudan que le rôle déstabilisateur des Émirats apparaît d’abord le plus clairement. En finançant et en armant des milices, Abou Dhabi figure parmi les principaux acteurs extérieurs de l’escalade du conflit, responsable d’un bilan humain dramatique et de millions de déplacés.
Des enquêtes ont mis en lumière le soutien économique et militaire apporté au chef des Forces de soutien rapide, dans le but d’accroître l’influence émiratie dans la Corne de l’Afrique.
Face à ces ingérences, le gouvernement soudanais a mis fin à plusieurs accords bilatéraux, jugeant ces pratiques contraires à sa souveraineté nationale.
Soudan du Sud : le pillage organisé des ressources pétrolières
Le cas du Soudan du Sud illustre une autre facette de cette influence : la captation des ressources au détriment des populations locales. Derrière l’embargo sur Port‑Soudan se cache une stratégie plus large de contrôle des flux pétroliers, via des réseaux opaques opérant depuis Dubaï.
Tandis que l’économie sud‑soudanaise s’effondre, des hauts responsables multiplient les séjours dans les Émirats, où circulent d’importants flux financiers transitant par des comptes offshore. Pendant ce temps, des millions de citoyens vivent dans une insécurité alimentaire chronique alimenté par le détournement des revenus pétroliers.
Libye : Haftar, l’allié encombrant d’Abou Dhabi
En Libye, les Émirats ont choisi leur camp depuis longtemps : celui du maréchal Khalifa Haftar. Leur soutien financier et militaire a directement contribué à prolonger le conflit et à saper les efforts de réconciliation nationale.
Pour l’Algérie, cette politique représente une menace directe. En partageant une large frontière avec la Libye, Alger subit les retombées sécuritaires des ambitions du maréchal, dont les forces se déploient vers le sud‑ouest pour contrôler les zones riches en or, pétrole et gaz.
Sahel : une stratégie d’influence ambiguë
L’expansion émiratie au Sahel suscite également la méfiance. Officiellement axée sur la coopération économique et humanitaire, elle s’accompagne pourtant de zones d’ombre sur les circuits d’armement et de financement de certains groupes armés. L’absence de transparence alimente les soupçons sur les véritables objectifs de cette présence.
Certains observateurs évoquent une stratégie d’influence visant à s’imposer comme acteur incontournable dans la lutte contre le terrorisme tout en consolidant des positions économiques privilégiées dans la région.
L’Algérie, rempart contre le chaos
Face à cet interventionnisme, l’Algérie maintient une ligne constante : dialogue, diplomatie et respect de la souveraineté des États. Alger a multiplié les initiatives pour favoriser une solution politique inclusive en Libye et appeler à la paix au Soudan, tout en mettant en garde contre la militarisation des crises africaines.
Cette approche contraste fortement avec celle d’Abou Dhabi, dont la politique étrangère repose sur l’usage de la puissance financière et l’ingérence dans les affaires internes des États fragiles.
Des échanges diplomatiques auraient eu lieu en 2025 pour apaiser les tensions, sans succès. Depuis, les relations bilatérales se sont dégradées à une vitesse inédite.
L’axe Émirats‑Maroc‑Israël : un encerclement stratégique
La normalisation des relations entre Abou Dhabi et Tel‑Aviv dans le cadre des accords d’Abraham a profondément reconfiguré la géopolitique régionale. L’alliance tripartite entre les Émirats, le Maroc et Israël est perçue à Alger comme un encerclement stratégique visant à affaiblir son influence au Maghreb et au Sahel.
L’ouverture d’un consulat émirati à Laâyoune, en territoire occupé du Sahara occidental, a été dénoncé par Alger comme une violation du droit international.
Une prise de conscience régionale
Longtemps isolée dans ses mises en garde, l’Algérie n’est plus seule à dénoncer la politique expansionniste d’Abou Dhabi. D’autres puissances régionales, et en premier lieu l’Arabie Saoudite, commencent à percevoir le coût géopolitique de cette stratégie d’influence sans limites.
Le président Tebboune a rappelé que l’Algérie « souhaite la cohabitation pacifique avec toutes les nations », mais que « la patience a ses limites ». Pour un pays né d’une lutte libératrice, la souveraineté nationale n’est pas négociable.




