Corruption au Burkina : de lourdes peines pour des magistrats et des douaniers


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Justice, Tribunal
Tribunal (illustration)

La justice burkinabè a rendu un verdict lourd de symboles dans une affaire de corruption impliquant magistrats et douaniers. À Koupéla, quatre juges et trois agents des douanes ont été reconnus coupables de faits graves, dont corruption et blanchiment de capitaux. Ce procès très médiatisé s’inscrit dans la volonté affichée des autorités de lutter contre l’impunité au sommet de l’État. 

Le verdict est tombé mardi 24 février au tribunal de grande instance de Koupéla. Après des semaines de débats intenses entamés le 16 janvier dernier, la chambre correctionnelle a tranché dans une affaire qui ébranle les fondements de l’institution judiciaire et des services de l’État. Quatre hauts magistrats et trois agents des douanes ont été reconnus coupables de faits graves, notamment de corruption et de blanchiment de capitaux, dans un contexte national où la lutte contre l’impunité est affichée comme une priorité par les autorités actuelles.

Un pacte de corruption au cœur de l’État

L’affaire reposait sur un mécanisme de renvoi d’ascenseur illicite entre ceux censés dire le droit et ceux chargés de protéger l’économie nationale. Les magistrats étaient accusés d’avoir perçu des avantages indus en échange de la prononciation d’un non-lieu en faveur de douaniers, eux-mêmes initialement poursuivis pour concussion.

Ce dossier complexe a mis en lumière des réseaux d’influence où l’argent et les privilèges ont tenté de court-circuiter la justice. Les débats contradictoires ont révélé l’ampleur des manquements à la probité publique, transformant ce procès en un symbole de l’assainissement voulu par la junte dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré.

Le détail des condamnations et des relaxes

Parmi les prévenus, Alban Balanoë Somé écope de la peine la plus lourde avec 36 mois de prison, dont 18 mois ferme, pour corruption d’agent public et révélation illégale de l’identité d’un témoin protégé. Ses collègues Mohamed Traoré, Urbain Medah et Sandaogo Antoine Kaboré ont été condamnés à des peines allant de 2 à 12 mois de prison ferme. Ces sanctions sont assorties d’amendes significatives oscillant entre 2 et 3 millions de francs CFA.

Du côté des douaniers, Oumarou Yameogo, Jonas Yameogo et Zindi Nikiéma purgeront 15 mois de prison, dont 2 mois ferme. En revanche, le tribunal a prononcé la relaxe pour le magistrat Jean Jacques Wend-Panga Ouedraogo, l’avocat Arno Sampebré et le douanier Seydou Traoré.

Un procès marqué par des polémiques de procédure

Malgré la sévérité du verdict, l’audience a été ponctuée de déclarations chocs de la part de la défense. Les magistrats mis en cause ont profité de la barre pour dénoncer leurs conditions d’interpellation, parlant ouvertement d’enlèvement, de séquestration et de torture par les enquêteurs.

Leurs avocats ont fustigé tout au long des audiences de nombreuses irrégularités et un non-respect flagrant du droit, jetant une ombre sur la procédure. Ces allégations n’ont toutefois pas empêché le tribunal de Koupéla de conclure à la culpabilité des principaux acteurs dans ce dossier de corruption qui restera gravé dans les annales judiciaires du pays des Hommes intègres.

Sidoine
Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
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