Golfe de Guinée : le Ghana porte son différend maritime avec le Togo devant la justice internationale


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Image d'illustration pêche
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Après huit ans de négociations sans issue, Accra privilégie désormais la voie judiciaire. Le Ghana a saisit le Tribunal international du droit de la mer pour trancher son différend maritime avec le Togo. Au cœur du litige : une zone stratégique du Golfe de Guinée riche en ressources halieutiques et énergétiques. 

Le dialogue bilatéral cède la place à la robe noire. Après huit années de discussions infructueuses pour délimiter leur frontière maritime commune, le Ghana a officiellement annoncé, ce vendredi 20 février 2026, sa décision de porter le litige devant le Tribunal international du droit de la mer. Cette initiative d’Accra met fin à une série de tentatives de résolution à l’amiable qui n’ont jamais réussi à accorder les positions des deux voisins ouest-africains.

L’échec de huit ans de diplomatie de proximité

Depuis 2018, les comités techniques et les rencontres au sommet s’étaient multipliés entre Lomé et Accra pour tenter de stabiliser une frontière héritée de l’époque coloniale, dont la légitimité est contestée par le Togo. Malgré la création de commissions mixtes et l’implication directe des chefs d’État, les points de friction sont restés insurmontables.

En 2021, le refus de Lomé d’accepter une frontière provisoire proposée par le Ghana, qui exploite déjà certaines zones contestées, avait déjà laissé entrevoir l’impasse actuelle. Pour les autorités ghanéennes, le constat est désormais clair : la négociation directe a atteint ses limites.

Un recours juridique pour éviter l’escalade

Dans un communiqué publié par la présidence ghanéenne, le gouvernement explique que ce recours à l’arbitrage international, conforme à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS), est avant tout un acte de prévention. Accra souhaite ainsi éviter une dégradation des relations institutionnelles provoquée par des incidents récurrents dans la zone disputée.

En confiant le dossier à une instance neutre et contraignante, le Ghana espère désamorcer les tensions opérationnelles en mer et substituer la force du droit aux rapports de force politiques ou économiques qui parasitent la région.

Des enjeux économiques et énergétiques colossaux

Derrière la bataille des tracés cartographiques se cache une réalité économique de premier plan. La zone maritime en question est située dans une partie stratégique du Golfe de Guinée, riche en ressources halieutiques mais surtout prometteuse en gisements d’hydrocarbures offshore. Pour le Ghana, déjà producteur de pétrole, et pour le Togo, en pleine expansion portuaire et énergétique, la définition exacte de la souveraineté sur ces eaux est un préalable indispensable pour attirer les investissements internationaux et sécuriser l’exploitation des ressources naturelles sur le long terme.

Maintenir la fraternité malgré le litige judiciaire

Malgré la fermeté de cette démarche judiciaire, Accra multiplie les signaux d’apaisement envers son voisin. Le porte-parole de la présidence, Felix Kwakye Ofosu, a insisté sur le fait que cette procédure ne remet pas en cause les relations historiques et fraternelles entre les deux nations, toutes deux membres influents de la CEDEAO. Le Ghana semble vouloir suivre la jurisprudence de 2017, où un différend similaire l’opposant à la Côte d’Ivoire avait été tranché en sa faveur par le Tribunal international, sans pour autant briser les liens diplomatiques entre les deux pays.

Lomé, de son côté, n’a pas encore réagi officiellement à cette annonce qui place désormais l’avenir de sa frontière maritime entre les mains des juges de Hambourg.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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