
Nouvelle étape dans l’affaire qui secoue Madagascar : le pôle anti-corruption a lancé un mandat d’arrêt international supplémentaire contre l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga, déjà détenu à Maurice. Au cœur du dossier, des soupçons de monopole et de blanchiment liés à la lucrative filière des litchis, un secteur stratégique pour l’économie malgache et les exportations vers l’Europe.
La justice de Madagascar accélère dans le dossier visant l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga, considéré comme l’un des magnats les plus influents de la Grande Île et proche de l’ancien président Andry Rajoelina. Le Pôle Anti-Corruption d’Antananarivo a annoncé l’émission d’un nouveau mandat d’arrêt international à son encontre, dans le cadre d’une enquête portant sur un système présumé de monopole et de blanchiment d’argent dans la filière d’exportation des litchis.
Filière litchis : un monopole présumé au cœur de l’enquête
Déjà détenu à Maurice pour des faits distincts de blanchiment et d’entente délictueuse, le milliardaire malgache fait désormais face à une procédure judiciaire élargie, impliquant plusieurs entreprises et personnalités. Selon les magistrats malgaches, l’enquête porte sur un mécanisme de contrôle exclusif des exportations de litchis, produit phare de Madagascar sur le marché européen. Chaque année, la Grande Île figure parmi les principaux fournisseurs mondiaux de litchis. Notamment à destination de la France et d’autres pays de l’Union européenne durant les fêtes de fin d’année.
D’après le Pôle Anti-Corruption, une société basée à Maurice aurait servi d’intermédiaire pour acheter la production malgache à des prix jugés anormalement bas avant de la revendre à l’international à des tarifs bien supérieurs. Les bénéfices générés auraient ensuite transité par différentes entités liées au groupe SODIAT, conglomérat fondé par Mamy Ravatomanga. Au total, huit personnes physiques et douze entreprises sont visées pour des chefs d’accusation incluant blanchiment d’argent, corruption, trafic d’influence et favoritisme.
Détention à Maurice : une coopération judiciaire sous tension
Quatre juges d’instruction ont été mobilisés pour traiter ce dossier sensible, signe de l’ampleur et de la complexité de l’affaire. Arrêté le 24 octobre à Maurice, le PDG de Sodiat est poursuivi par la justice mauricienne pour transfert présumé illégal de fonds entre Madagascar et l’île Maurice. La Commission des crimes financiers du pays a refusé sa remise en liberté sous caution, évoquant des risques de fuite et d’entrave à l’enquête.
Son état de santé, marqué par des troubles cardiaques diagnostiqués comme une angine de poitrine spastique, a conduit à son hospitalisation sous surveillance policière. Malgré les arguments de la défense dénonçant une arrestation irrégulière, la détention reste en vigueur, soussurveillance médicale. Les autorités malgaches et mauriciennes coopèrent dans le cadre de procédures distinctes. Conformément au droit international, une éventuelle extradition vers Madagascar ne pourra intervenir qu’après la conclusion du procès en cours à Maurice.
Corruption et filières stratégiques : un phénomène récurrent en Afrique
L’affaire Ravatomanga s’inscrit dans un contexte continental où la gouvernance des filières d’exportation stratégiques fait régulièrement l’objet d’enquêtes judiciaires. En République Démocratique du Congo, plusieurs dossiers liés à l’exploitation minière, notamment dans le secteur du cobalt et du cuivre, ont conduit à des investigations pour détournement de fonds et corruption ces dernières années. L’Inspection générale des finances congolaise a mis en lumière des irrégularités dans la gestion de contrats publics, révélant des circuits financiers opaques.
Au Nigeria, des scandales à répétition ont touché le secteur pétrolier, pilier de l’économie nationale. Des responsables de compagnies publiques ont été poursuivis pour des malversations liées aux exportations de brut et à la gestion des subventions. Même en Afrique du Sud, la commission Zondo sur la « capture de l’État » a mis en évidence l’influence d’hommes d’affaires sur des décisions politiques et économiques majeures, avec des ramifications dans plusieurs entreprises publiques.
Source importante de revenus
Ces précédents montrent que les secteurs générateurs de devises, mines, hydrocarbures, agriculture d’exportation, sont particulièrement exposés aux risques de corruption et de blanchiment. À Madagascar, la filière litchis représente une source importante de revenus pour des milliers de producteurs locaux. Toute perturbation du système d’exportation peut avoir des répercussions directes sur l’économie rurale et les recettes en devises du pays.
Au-delà des aspects économiques, l’affaire Ravatomanga revêt une dimension politique. Proche de l’ancien pouvoir, le milliardaire symbolise les liens étroits entre élites économiques et sphère politique. La coopération judiciaire entre Madagascar et Maurice est suivie de près dans la région de l’océan Indien, où les flux financiers transfrontaliers sont fréquents.




