
Une nuit de tension extrême, des alertes sécuritaires et une mobilisation populaire ont ravivé les craintes d’une nouvelle déstabilisation du pouvoir militaire à Ouagadougou. Retour détaillé sur les faits, les acteurs et les enjeux.
Alors que le Burkina Faso est dirigé par une junte militaire depuis 2022, une nouvelle séquence d’instabilité est venue ébranler le pays durant le premier week-end de janvier. Des signaux sécuritaires inquiétants, relayés par des sources locales et des réseaux proches du pouvoir, ont fait craindre une tentative de renversement interne. Arrestations présumées, rumeurs de complot, déploiements militaires et réactions populaires témoignent d’un climat politique et sécuritaire toujours extrêmement fragile à Ouagadougou et dans les grandes villes.
Une alerte sécuritaire dans la nuit à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso
Le Burkina Faso a vécu une nuit sous haute tension entre le samedi 3 et le dimanche 4 janvier. Dans plusieurs quartiers stratégiques de Ouagadougou, mais aussi à Bobo-Dioulasso, deuxième ville du pays, des mouvements inhabituels de populations et de forces de sécurité ont été observés. Des associations proches de la Veille citoyenne, connues pour leur soutien au régime militaire, ont appelé les habitants à se rassembler pour contrer ce qu’elles présentaient comme une tentative de coup d’État imminente.
Des témoins évoquent des barrages spontanés, des rassemblements nocturnes et une atmosphère lourde, marquée par la crainte d’affrontements. Plusieurs casernes auraient été placées en état d’alerte maximale, sans communication officielle détaillée de la part des autorités militaires.
Déploiement militaire autour des sites stratégiques
Au petit matin, des habitants de la capitale ont signalé un renforcement visible de la sécurité autour du camp militaire Général Baba-Sy, au sud de Ouagadougou. Véhicules militaires, contrôles accrus et présence de soldats armés ont confirmé que la situation restait sensible. Selon des sources sécuritaires, la vigilance aurait été étendue à d’autres installations clés, dans un contexte où les autorités cherchent à prévenir toute action coordonnée au sein des forces armées.
Des médias favorables au pouvoir en place ont fait état de plusieurs arrestations au sein de l’armée. Certains officiers et soldats seraient soupçonnés d’avoir participé à un projet de déstabilisation des institutions. Dans ces mêmes cercles médiatiques, le nom de l’ancien président de Transition, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, a été cité comme possible instigateur à distance, depuis son lieu d’exil au Togo.
Mobilisation des partisans du capitaine Ibrahim Traoré
Ces accusations s’inscrivent dans une série de mises aux arrêts intervenues ces derniers mois, notamment à la fin du mois de septembre, lorsque des militaires avaient déjà été interpellés pour atteinte présumée à la sûreté de l’État. Face à ces rumeurs de coup de force, les soutiens du capitaine Ibrahim Traoré, souvent appelés les « Wayignans », se sont massivement mobilisés.
Durant la nuit, des centaines de personnes ont occupé des ronds-points et des places publiques, affirmant vouloir former un rempart populaire contre toute tentative de renversement du pouvoir. Sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, plusieurs pages pro-régime ont diffusé des messages alarmistes évoquant un plan de déstabilisation qui aurait inclus des menaces contre des soldats réputés fidèles au chef de la junte.
Un climat de méfiance au sein de l’armée
Fin avril 2025 déjà, des observateurs avaient relevé des divergences profondes au sein de la hiérarchie militaire, notamment sur la conduite de la lutte contre les groupes armés terroristes. D’importantes réunions à l’état-major avaient été reportées ou annulées, certains officiers ne s’y étant jamais présentés. Parallèlement, le palais du Mogho Naaba, plus haute autorité traditionnelle mossi, aurait accueilli discrètement plusieurs personnalités militaires et civiles.
Le roi des Mossi joue régulièrement un rôle de médiateur lors des crises politiques majeures du pays. Cette nouvelle alerte intervient dans un contexte de fortes tensions diplomatiques. Fin avril, une manifestation de soutien à la junte avait été organisée pour dénoncer ce que ses initiateurs qualifient d’« ingérences occidentales », après des déclarations critiques de responsables militaires étrangers. Entre insécurité, divisions internes et pression internationale, le Burkina Faso reste exposé à des risques de déstabilisation.





