
Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont franchi un nouveau cap dans leur communication sur la guerre à l’est du pays. Ce samedi 3 janvier 2026, à Kinshasa, l’armée congolaise a présenté à la presse sept militaires rwandais, identifiés comme membres des Forces de défense rwandaises (RDF), ainsi que huit civils étrangers, arrêtés lors des récents combats contre la rébellion de l’AFC/M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
La sortie médiatique qui s’est tenue au siège du Collège des hautes études de stratégie et de défense (CHESD), vise à renforcer la thèse de Kinshasa selon laquelle la RDC ferait face à une agression militaire directe du Rwanda, en violation des accords diplomatiques en vigueur.
Des arrestations présentées comme des « preuves irréfutables »
Selon le lieutenant-colonel Mak Hazukay Mongba, commandant adjoint du service de communication et d’information des FARDC, chargé des opérations et du renseignement, ces arrestations constituent des éléments matériels attestant de l’implication militaire rwandaise sur le sol congolais. « Depuis le début de cette guerre, la République démocratique du Congo a toujours affirmé, preuves à l’appui, qu’elle est agressée par le Rwanda », a-t-il déclaré, avant d’insister sur la localisation des interpellations, notamment à Uvira, une ville du Sud-Kivu située à bonne distance de la frontière rwandaise.
Pour l’armée congolaise, cette présence en profondeur sur le territoire national invalide les justifications sécuritaires régulièrement avancées par Kigali, qui évoque des opérations défensives destinées à neutraliser des groupes armés hostiles opérant depuis la RDC. « L’occupation jusqu’à aujourd’hui d’Uvira, très éloignée des frontières rwandaises, prouve que la thèse des mesures défensives avancées par Kigali est un pur mensonge », a martelé le lieutenant-colonel Hazukay.
Civils étrangers et soupçons de régionalisation de la crise
Au-delà des militaires interpellés, la présentation de huit civils ressortissants de pays de la sous-région a retenu l’attention. Parmi eux figurent des Burundais, des Tanzaniens et des Ougandais, arrêtés pour des faits présumés d’espionnage, de connivence ou d’apologie du terrorisme au profit du M23 et du groupe armé burundais Red-Tabara. Les FARDC affirment notamment qu’un Burundais a été interpellé à Uvira pour propagande en faveur du M23/Red-Tabara, tandis qu’un autre est accusé d’activités d’espionnage. Une arrestation similaire aurait également eu lieu à Kinshasa.
Pour l’état-major congolais, ces éléments témoignent d’une stratégie plus large du Rwanda visant à impliquer des ressortissants étrangers et des groupes armés régionaux, dans le but de régionaliser le conflit et de complexifier davantage une crise déjà multidimensionnelle.
Accords diplomatiques sous tension
Ces révélations surviennent dans un contexte diplomatique particulièrement tendu entre Kinshasa et Kigali, marqué par des accusations réciproques de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives de paix. Malgré l’adoption de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies et la signature de l’Accord de Washington, sous l’impulsion du Président américain, Donald Trump, la RDC affirme que le Rwanda maintient toujours des troupes sur son territoire.
Sur le plan politique, si le processus de Washington a permis un rapprochement formel entre les Présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, les négociations parallèles de Doha, censées impliquer directement la rébellion de l’AFC/M23, peinent à produire des résultats concrets. Plusieurs mesures prévues dans le communiqué conjoint d’avril dernier, notamment sur la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des combattants, restent lettre morte.
Une reprise des combats sur fond d’impasse politique
Cette stagnation diplomatique a favorisé une recrudescence des affrontements sur plusieurs fronts au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, opposant les FARDC, appuyées par des milices locales, aux rebelles de l’AFC/M23, que Kinshasa accuse d’être soutenus logistiquement et militairement par le Rwanda. En exhibant des soldats capturés qu’elle présente comme des Rwandais, l’armée congolaise entend non seulement délégitimer le discours sécuritaire de Kigali, mais aussi mobiliser la communauté internationale, à un moment où les mécanismes de médiation semblent fragilisés.
La question est maintenant de savoir si ces nouvelles accusations conduiront à une pression diplomatique accrue sur le Rwanda ou si elles contribueront, au contraire, à durcir davantage un conflit dont l’issue demeure incertaine, malgré les multiples initiatives de paix engagées ces derniers mois.




