
L’année 2026 débute sous le signe de la violence dans l’est de la République démocratique du Congo. Malgré une intense activité diplomatique en 2025, les combats se poursuivent au Kivu et en Ituri, marqués par la chute stratégique d’Uvira. Les processus de paix engagés à Doha et à Washington apparaissent aujourd’hui paralysés, incapables d’imposer une désescalade durable. Sur le terrain, les civils restent les premières victimes d’un conflit qui s’enlise et s’étend.
2026 s’ouvre dans un fracas de bitume et de poudre pour l’est de la République démocratique du Congo. Alors que les capitales mondiales célébraient le passage à la nouvelle année, les populations du Kivu et de l’Ituri ont basculé dans un nouveau cycle d’incertitude. Malgré une année 2025 rythmée par une diplomatie intense et la signature de cinq textes fondamentaux, le constat sur le terrain est d’une sévérité glaçante : la paix est restée une promesse de papier, tandis que la guerre, elle, demeure une réalité territoriale brutale.
L’effondrement du front urbain et la chute d’Uvira
La fin de l’année 2025 a été marquée par un séisme stratégique : la chute d’Uvira. Après Goma et Bukavu, la prise de cette ville portuaire par le M23 (Mouvement du 23 mars) a achevé de déstabiliser le flanc est du pays. Cette avancée démontre l’impuissance de la coalition gouvernementale, mêlant l’armée régulière (FARDC), les milices Wazalendo et les troupes de la SADC, à freiner l’expansion rebelle. La chute d’Uvira n’est pas qu’une défaite militaire ; c’est un verrou stratégique vers le sud qui vient de sauter. Elle accentue la pression sur la souveraineté nationale.
Face à cette débâcle, le discours des belligérants s’est durci. Le 31 décembre, Corneille Nangaa, coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC-M23), a revendiqué avec fierté l’installation de sa « jeune administration » dans les zones conquises, qualifiant 2026 d’année de « lutte ». Quelques jours plus tôt, Sultani Makenga, le chef militaire du mouvement, promettait une victoire totale, balayant d’un revers de main les appels à la retenue.
L’impasse diplomatique entre Doha et Washington
Le contraste entre les bureaux feutrés des médiateurs et la boue des tranchées est saisissant. Les processus de paix de Doha et de Washington, censés encadrer une désescalade, semblent aujourd’hui à l’arrêt. Les accords signés sur le cessez-le-feu ou l’échange de prisonniers n’ont produit aucun effet concret. Le mécanisme de surveillance, pourtant vanté en octobre dernier, s’est révélé dépourvu de toute capacité de contrainte réelle sur les belligérants.
Un rapport récent du Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York souligne que les discussions piétinent sur des questions de procédure. Les points de friction majeurs (partage du pouvoir, amnistie et retour des réfugiés) n’ont toujours pas été abordés. Ce blocage est renforcé par une dépendance mutuelle : le succès de Doha est lié à celui de Washington, créant un nœud gordien que la diplomatie internationale ne parvient plus à trancher, malgré les pressions exercées par l’administration américaine.
Cinq scénarios pour une crise sans issue apparente
Pour tenter d’éclaircir l’horizon, les experts du CIC et du Groupe d’étude sur le Congo explorent cinq pistes possibles pour sortir de l’impasse. Ces scénarios vont du retrait total du soutien rwandais au M23 jusqu’à une proposition controversée d’autonomie élargie pour certaines provinces de l’est. Le rapport souligne toutefois une leçon amère des échecs passés (2002, 2009, 2013) : les dirigeants du M23 sont convaincus que l’accès au pouvoir par les urnes leur est impossible en raison de leur impopularité, ce qui les pousse à privilégier l’option militaire comme seul levier de survie politique.
L’option d’un retrait rwandais reste le scénario le plus espéré par Kinshasa, car il affaiblirait mécaniquement le M23. Cependant, sans un processus de paix « crédible » incluant des garanties sécuritaires régionales, cette alternative semble lointaine. En attendant, la belligérance se consolide et les déplacements massifs de population se poursuivent, laissant des millions de Congolais dans l’ombre d’une guerre qui ne finit jamais.
Une visibilité nulle pour les civils du Kivu
Alors que s’écoulent les premières heures de 2026, l’absence de visibilité sur la suite des opérations inquiète les organisations humanitaires. Aucun accord n’a réussi, à ce jour, à produire une désescalade durable. Au contraire, chaque texte signé semble avoir été utilisé par les groupes armés pour renforcer leurs positions ou réorganiser leurs lignes avant de nouvelles offensives.
Pour les populations de Goma, Bukavu ou Uvira, les vœux de nouvelle année résonnent avec amertume. La militarisation croissante de la société et l’incapacité de l’État à restaurer son autorité laissent un vide que les rébellions s’empressent de combler. 2026 commence ainsi sous une chape de plomb, où la seule certitude reste celle d’un conflit qui a déjà broyé trop de vies et qui défie, encore et toujours, la raison diplomatique.



